‹ Victor Hugo devant l'opinion presse française-presse étrangèreChapitre 72 sur 127 · H. A. MARTIN · texte numérisé non relu

H. A. MARTIN

La Dépêche de Toulouse :

La terre va recouvrir le corps de celui qui fut Victor Hu^o, mais Victor Hugo n*est pas mort. La civilisation grecque a disparu, les dieux du paganisme se sont évanouis ; l'Iliade et l'Odyssée sont encore debout. Les sociétés modernes se transformeront, les dogmes de la catholicité s'écrouleront ; Tœuvre de Victor Hugo, toujours jeune et vivante, resplendira à travers la fuite des siècles. On a dit de lui qu'il était entré, vivant dans l'immortalité ; rien de plus exact, et, comme Voltaire, il aura assisté vivant à son apothéose : lé siècle précédent porte le nom de Voltaire, Victor Hugo donnera son nom au siècle que domine son génie, et il est assuré de cette immortalité — en est-il d'autre que cette survivance des clioses de l'esprit — qui s'attache aux créateurs et aux puissants artisans de la pensée.

Non, Victor Hugo n'est pas mort ; non, le chantre surhumain de la Légende des Siècles^ le poète étincelant des Orientales, le patriote vengeur des Châtiments et de Y Année terrible, le vfhilo^oi^he plein de pitié des Misérables^ le styliste impeccable ae Notre-Dame de Paris et des Travailleurs de la Mer^ le grandpère adoré das petits enfants n'a pas disparu. Sans doute, son enveloppe périssable est détruite, et, dans quelques jours, elle ne tiendra pas plus de place que celle du plus

humble... quot libras in duce summo?....

mais ses œuvres illumineront d'un éclat radieux le temps présent et les siècles h venir.

Victor Hugo n'est pas mort, son immortalité continue.

Le Nouvelliste de Bordeaux ;

Victor Hugo est mort !

C'est un grand poète qui s'éteint ; c'est une gloire nationale qui disparaît.

Il n'est pas un Français qui puisse rester indifférent à ce deuil cruel.

Mais plus profonde et plus* amère sera la douleur de la France chrétienne qui avait salué avec tant d'enthousiasme le poète adolescent et qui, demain, n'aura point de place derrière le cercueil du vieillard.

Silence devant sa tombe !

Que d'autres, exploitant les défaillances de son génie, se fassent une réclame sacrilège de sa dépouille. .Nous n'oublierons pas, nous chrétiens, qu'il n'a jamais été plus di\inement inspiré que lorsqu'il a chanté Dieu et l'âme immortelle !

A eux, l'homme de parti : à nous le poète!

Que Dieu ait pitié de lui !

Lyon Républicain :

La douloureuse nouvelle que tout faisait malheureusement pressentir, depuis trois jours, est arrivée. Victor Hugo est mort.

C'est un deuil national ; c'est même un deuil

universel, car cet incomparable génie avait autant d'admirateurs passionnés et respectueux qu'il y a d'esprits d'élite dans le monde entier. C'est à cette source inépuisable de toutes les grandes pensées, de tous les nobles sentiments et de toutes les inspirations généreuses que s'est retrempée, regénérée et Fécondée, depuis un demi-siècIe, notre littérature et celle de tous les peuples.

Le Journal de Roanne :

Quant à l'homme politique...., la postérité s'en souciera-t-elle ? Et se souviendra-t-on. dans cinquante ans, que l'auteur de la Prière pour tous fût variable en religion comme en politique ?

Celui que la France pleurera, ce n'est pas.

je suppose, le collègue de M. Labordère. Non, c'est l'incomparable poète, c'est le merveilleux écrivain, c'est l'homme ^ussi bon, aussi généreux que fort, qu'aucune infortune rie laissa insensible, et qui aima sa patrie jusqu'à l'adoration ! Les lettres françaises sont frappées du deuil le plus grand qui puisse les atteindre : leur plus illustre représentant, leur orgueil, le génie qui a dominé tout ce siècle, disparaît. Une lumière, déjà vacillante, mais puissante encore, s'éteint tout à coup.

Peut-on éprouver d'autre sentiment qu'un deuil patriotique, quand meurt un si grand Français?

Le Radical de Marseille :

La France entière, depuis hier, est plongée dans le deuil le plus profond.

Victor Hugo, notre grand poète national Victor Hugo, qui défendit si bien le faible contre le fort, celui qui écrivit les belles pages indignées de « Napoléon-le-Petit », vient de mourir, entouré des siens, et pleuré de tous ceux qui connurent son cœur et sa belle âme.

A côté du grand patriote, qui paya de Texil sa révolte contre 1 Empire, à côté du grand écrivain, du fécond, du charmant et du puissant poète, Victor Hugo incarnait tout ce dix-neuvième siècle dont il fut la lumière.

Le Normand (Lisieux) :

La Libre-Pensée, la Franc-Maçonnerie, la République vont s'emparer de la dépouille mortelle du grand écrivain, de l'illustre poète e( en faire l'objet de démonstrations bruyantes.

Pendant ce temps, la France religieuse et chrétienne, la vraie France, en proie à la douleur, priera pour celui qui a méconnu à ses derniers instants la main qui l'avait si largement comblé des dons les plus beaux de l'intelligence et du génie.

Le Progrès de la Somme :

Si la patrie en larmes se prépare à faire

APRKS LA MORT ' 189

aux dépouilles de celui qui vient de s'éteindre des funérailles comme on n'en vit jamais, c'est que Victor Hugo fut quelque chose de plus qu'un puissant écrivain.

Derrière l'homme de lettres, il y avait un grand cœur, toujours prêt à embrasser les causes justes, à élever la voix — fût-il seul — en faveur des malheureux ; il y avait aussi un grand caractère, celui de l'homme qui sacrifie tout à ses convictions ; qui ne se met jamais du côté de l'oppresseur, mais qu'une générosité instinctive pousse toujours vers les opprimés qui souffrent.

C'est grâce à cette alliance des plus nobles qualités du cœur avec les dons les plus éblouissants de la plus splendide imagination que Victor Hugo est devenu l'idole du peuple ; c'est grâce à l'action encore plus gu'au génie littéraire qu'il s'est élev^, de son vivant, aune royauté intellectuelle que nul ne songeait plus à contester, et qu'à la nouvelle de sa mort une acclamation unanime le déclare digne des honneurs du Panthéon.

Le Progrès National :

Victor Hugo est mort; il est mort sans

au'un prêtre vint consoler et sanctifier sa ernière heure, et les obsèques de cet homme dont le génie a rayonné sur la première moitié de ce siècle, aura les funérailles du premier communard venu.

Funérailles nationales, dit-on! Oh. quj non pas, car il a trop outragé et vilipendé tout ce que nous respectons et aimons, ii a trop blas-

190 • VICTOR HUÔO DEVANT L'OPIKION

phémé, il à trop bavé sur les saintes choses pour que nous puissions nous associer sans arrière-pensée à ce deuil auquel nous convie un gouvernement que nous méprisons et que Victor Hugo n'a pas dédaigné de servir.

Il avait le génie, il avait la gloire, il avait le respect et l'admiration de tous ceux qui sont capables de respecter et d'admirer le génie, mais son orgueil insatiable a trouvé que ce n'était pas assez, il fallait à son ambition l'approbation de la canaille, et le poète est volontairement descendu des régions sereines de la poésie pour se jeter — lutteur obscure et incapable — dans cette misérable arène politique où luttent, dans la fange et la boue, des ambitions déchaînées.

Le Journal de Bordeaux :

Une grande existence vient de s'éteiiidre.

Victor Hugo est mort.

Il y avait en lui deux hommes : le i)Oète national, le grand poète, et l'homme politique, ambitieux démesuré, turbulent et pamphlétaire.

Poète, il n'a pas été égalé. Le monde entier nous l'envie. Vastes pensées, forme harmonieuse, éblouissante toujours, parfois sublime. Du génie partout.

Le Journal de Roubaix :

Victor Hugo est mort I

Voici que tout est fini et qu'une fois de plus

le néant de tout ce qpi est humain s'affirme devant le corps sans vie de ce souverain littéraire, qui a tenu tant de place dans Fart, créé tant de chefs-d'œirvre, remué tant d'intelligences, entendu son nom voltiger sur les lèvres de tant de millions d'hommes.

Les amis , les sectaires qui gardaient k grand poète, qui ont écarté de son lit de mort les consolations de la religion, nous montreront bientôt ce que valait léur.attachemeiit.

La foule, à laquelle Victor Hugo a tout sacrifié, l'abandonnera bien vite ; il n'existe déjà presque plus, de conformité d'idées entre le poète et son parti, et l'on a déjà interdit dans les écoles les volumes dans lesquels l'auteur des Feuilles d'automne parlait de Dieu.

C'est nous qui recueillerons cette figure immortelle lorsque ceux qui s'en sont servis comme d'une réclame et d'un drapeau auront cherché d'autres idoles. C'est nous qui nous souviendrons que Victor Hugo a été, pendant les meilleures années de sa vie, le représentant des nobles traditions de l'Humanité, le chantre des gloires de la France.

Le Patriote des Pyrénées-Orientales (Perpignan) :

Victor Hugo laissera une place considérable dans l'histoire de la littérature française comme créateur d'une école littéraire funeste dont les Goncourt et les Zola sont les produits.

Doué de dons merveilleux et d'un orgueil

plus merveilleux encore, Victor Hugo n'a jamais eu Tesprit bien équilibré.

, Tour à tour, légitimiste, bonapartiste, républicain, il n'a été en réalité qu'un poète, mais surtout un poète lyrique; son nom restera dans la poésie contemporaine à côté, mais point au-dessus de Lamartine.

Le Progrès de la Gharente-In* férieure (Saintes) :

Au moment où la tombe s'ouvre sur le spectre de cet homme (car, à nos yeux, l'écrivain de génie est mort depuis longtemps), nous voulons rendre hommage à celui qui célébra, dans des vers immortels, les épopées napoléoniennes.

L'Empire, en effet, n'eut pas de chantre plus inspiré, d'admirateur plus fervent que le grand poète qui s'éteint aujourd'hui pour la seconde fois.

Nous ne voulons mêler à notre admiration ni acrimonie, ni amertume.

Et pour le renom de Victor Hugo, nous soutenons qu'il est mort, il y a bien des années, et qu'il ne restait, depuis longtemps, de l'ancien grand homme que M. Vacquerie!!

Le Petit Bouennais :

La France vient de perdre son plus grand homme, celui dont la gloire balance la gloire des plus grands noms de l'antiquité. L*immor-

talité, dont il a connu, de son vivant, les douceurs, lui est définitivement acquise, et Victor Hugo, désormais, est au rang d'Homère, d'Eschyle, de Shakespeare, de Molière et de Corneille. Le grand poète national est mort, et Ton peut d'autant mieux lui donner ce beau titre que tous les partis le pleureront et lui tresseront des couronnes. Victor Hugo n'est pas l'homme d'une école ou d'une coterie, mais le grand poète de la France entière. Sa mort cause une émotion plus profonde que celle d'un souverain, et demain, le pays lui fera de plus superbes funérailles que jamais rois -ou empereurs n'en ont (Mies.

Le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire :

Le plus grand poète des temps modernes, celui que l'univers s'était habitué à appeler le « Maître » et devant qui nulle rivalité n'avait osé élever génie contre génie, gloire contre gloire, est descendu, hier, dans le néant du tombeau, après avoir empli de l'éclat de son nom et du bruit de sa renommée, le dix-neuvième siècle presque tout entier.

Victor Hugo fut, jusqu'à soixante ans, un croyant convaincu. Les plus magnifiques de ses vers ont été inspirés par le sentiment religieux et la foi catholique. Il s'en est allé de ce monde, prosaïquement, comme un vulgaire libre-penseur, qui n'aurait nul souci des destinées de l'âme immortelle.

Petite fin d'une grande existenee.

Le Courrier Républicain de l'Aveyron (Rodez) :

Poète, Victor Hugo a transfiguré le vers français par une révolution féconde; fait vibrer toutes les cordes de la lyre ; rajeuni les thèmes éternels de la passion humaine ; personnifié en images éblouissantes de grâce et de force les abstractions de la philosophie et de la science; créé un monde dans le monde.

Citoyen, il a fait, comme Chateaubriand, Lamartine, Lamennais, son ascension vers la lumière en se dégageant des préjugés monarchiques et cléricaux auxquels semblaient le river sa naissance et ses premier» écrits ; il s'est montré, à la tribune et dans le livre, Tavocat de toutes les libertés et de toutes les clémences ; il a été, sur la terre d*exil, la vertu qui ne fléchit pas devant le crime qui triompne.

Les républicains admiraient en lui le flagellateur du césarisme, l'apôtre des revendi cations démocratiques, le prophète de la fra ternité des peuples. Mais ce ne sont pas seulement les républicains, ce sont tous les êtres pensants qui doivent s'unir dans le deuil de cette immense personnalité. Victor Hugo ne fut pas Thomme d'un parti : il fut Thomme do rhumanité.

JOSEPH FABBE.

La Guienne (Bordeaux) :

Pour une fois le présidenf du Sénat s'est fait l'interprète du sentiment national en

disant hier, au sujet de la mort de Victor Hugo: « Sa gloire n'appartient à aucun parti, à aucune camion. C'est Tapanage et Phéritage de tous. »

. Oui, (quelques efforts que fasse un parti, disons-mieux, une secte qui se fait une triste habitude de Texploitation des cadavres, on a pu, profitant de rancunes séniles et d'un orgueil sans bornes, soigneusement encensé, njous confisquer les dernières années du grand poète et Ton pourra demain faire servir sa dépouille à de scandaleuses manifestations d'impiété ; ce que l'on ne pourra jamais nous

{^rendre, c'est sa gloire, qui est une gloire rançaise, c'est son œuvre dont la meilleure S art, la plus pure et la plus belle, est celle ans laquelle il se glorifie lui-même de demeurer fidèle

... Au sang qu'ont versé dans aa veine Son père, vieux soldat, sa mère Vendéenne !

Pauvre sublime poète! Malgré ses erreurs, malgré ses palinodies, malgré tout et malgré tous, sa mort nous met en deuil parce qu'elle est un deuil réel pour tous ceux qui admirent le génie et qui aiment la France, dont il devait accroître le trésor de gloire.

Ij6 Petit Marseillais :

On a dit de Victor Hugo qu'il était entré vivant dans l'immortalité, qu il avait pu voir de ses yeux sa propre apothéose. C'est vrai.

Sa gloire a reçu, lui vivant, cette consécration suprême, qui ne luit d'ordinaire que pour les morts. L Europe entière l'a reconnu

comme un de ces eénies universels dont il avait, dans son William Shakespeare^ groupé tous les noms, en oubliant le sien- naturellement, mais en le faisant entrevoir.

La Revue Bourguignonne :

Dans les innombrables chefs-d'œuvre que Técrivain sans rival a semés sur son passage, on retrouve la fécondité et la diversité, ces signes les plus essentiels du génie.

Mais malgré son prodigieux génie, Victor Hugo n'a exercé que très peu d'influence sur les idées de son temps.

La politique, qui a fait tant de victimes parmi les illustrations contemporaines, lui a été fatale.

Le Courrier du Pas-de-Calais :

Il y a jdeux hommes parfaitement distincts et parfaitement dissemblables en Victor Hugo. Nous saluons, nous, le grand et généreux écrivain, celui dont de légitimes admirateurs perpétueront le grand souvenir, mais nous nous détournons de l'Ombre, qu'on veut élever sur les autels d'un culte nouveau, dans la résurrection d'un paganisme q^ui n'a même pas, comme celui des anciens, 1 excuse d'une poétique mythologie.

. Victor Hugo n a été qu'un homme. Un

homme justement illustre, mais un homme comme tant d'autres , poursuivant le secret des grandes vérités politiques et morales, et succombant à la peme, sans Tavoir découvert.

Le Progrès de l'Est :

. La mort de notre grand poète national est un deuil pour tous les membres de la famille française. Elle provoque à la . frontière une impression particulièrement douloureuse.

La Lorraine saluait dans l'auteur de L'année terrible un patriote incomparable.

Elle lui devait les rares heures de joie qu'elle avait goûtées sous l'empire, en lisant : Les Châtiments.

Elle était fière de sa gloire. Elle lui savait gré d'avoir donné à la langue française un prestige renouvelé qui étendait hors de nos frontières le rayonnement de nos idées.

Nancy le pleure comme Metz et Strasbourg le pleureront, mais en faisant serment de le relire.

L'Ai^jou

Même nous voyions toujours en lui, nous autres catholiques et royalistes, le chantre inspiré des fêtes et des deuils de la Monarchie, alors que les républicains célébraient en Hugo le Juvénal des Châtiments ou l'auteur des Misérables,

Et, aujourd'hui encore, devant ce cercueil

•que n'accompagneront pas au ^champ du repos les prières de FEglise, nous*ne voulons pas désespérer du salut éternel de cette âme que Dieu se plut à enrichir des dons les plus merveilleux.

L'Echo Rochelais :

Nous eussions voulu, devant cette mort, ne nous occuper que du poète magnifique,

Génie entré vivant dans Timmortalité

oui a jeté quelques rayons d'or sur les boues ae ce XIX* siècle. Les politiciens qui ont exploité plus encore Je nom que Tesprit de Victor Hugo, ne nous le permettent pas. Ils laissent de côté les Odes, les Feuilles d'automne, le créateur dramatique, puissant entre tous, d'Hemani, de Rtiy-BlaSy de Marion Delorme^ de Marie Tudor^ à'Esmeralda ^ pour mettre en scène le bonze politique qui ne s'est guère affirmé que par des maximes solennelles, solennellement démenties par ses propres écrits. Summa injuria.

Nous avons plus de respect de la mort et voulons oublier devant cette tombe qui s'ouvre les contradictions, les défaillances, les inconséquences de lliomme politique, pour ne nous rappeler que le poète magique.

La Petite Gironde :

La France, les lettres et, on peut le dire,

rhumanité tout entière viennent de faire une perte irréparable : Victor Hugo est mort aujourd'hui, après une maladie de quelques jours à peine, alors que sa verte vieillesse semblait lui promettre encore de longues années de vie neureuse et honorée.

Son. génie littéraire incomparable rayonnait sur le monde entier ; il était pour sa patrie un légitime sujet d'orgueil. Son Cœur était à la hauteur de son génie. Nul plus que Victor Hugo ne fut épris des nobles causes ; nul ne mit au service d'idées, parfois utopiques, mais toujours généreuses, une foi plus ardente, un talent plus puissant.

Républicain, Victor Hugo Tétait avec passion depuis la maturité de son âge, et lorsque son esprit se fut dégagé des liens de sa première éducation, ce fut pour toujours ; nul converti ne resta plus fidèle à la cause démocratique, nul ne la servit avec plus d'éclat et de ténacité, nul plus que lui n'aima la Patrie et la République dont il ne séparait plus les noms.

Tous les républicains, tous ceux aui honorent les lettres, tous les patriotes pleureront donc comme une calamité publique la mort de Victor Huffo, qui est dans toute la force du terme un deuil national.

Tous adresseront comme nous à la famille qu'il aimait tant,. et qui entourait sa vieillesse de tant de respect et de piété filiale, l'expression de leur douleur et l'assurance de la part bien vive qu'ils prennent au coup qui la frappe.

La Rédaction.

Le Ralliement (Montauban) :

Que les francs - maçons se saississent demain du cadavre de ce grand homme pour faire, autour de cette dépouille sacrée d'un chrétien, odieusement parade de leur impiété.

Le Victor Hugo de nos grands jours ne leur appartient pas.

Il est à nous le Victor Hugo de génie, l'auteur des Odes et Ballades^ des Feuilles d'àutomne, des Chants du crépuscule^ etc.

Avec nous il a adoré Dieu, avec nous il a honoré et aimé la royauté, avec nous il a détesté la révolution et ses bourreaux.

A vous républicains, Francs- maçons et impies, le Victor Hugo de la décadence.

Fauteur des Travailleurs de la mer et de l'Homme qui rit !

Et maintenant, gardons, malgré toutes les apparences, Tespoir que Dieu, dont la miséricorde est infinie, aura au dernier moment triomphé dans le cœur de cet homme que le démon de l'orgueil avait séparé de lui.

Le Courrier de TEure :

Son éclat eût été sans égal si, à côté du poète des Rayons et des Ombres, il n'y avait eu le politicien dévoué à une secte intolérante et haineuse, et dévoué uniquement pour pouvoir donner satisfaction à ses rancunes.

Car l'auteur de TOde à la Colonne et de la Prière pour tous ne fût pas devenu le solen-

nel gâteux que nous avons eu la tristesse de voir en ces dernières années, si, en 1849, celui qui devait bientôt être l'Empereur avait voulu lui confier le portefeuille de l'instruction publique.

Mais il ne nous nlaît pas d'insister autrement à ce sujet, oî graves qu'aient été les fautes de Victor Hugo, quelgues critiques qu'on puisse porter contre celui qui, dans son âge mur, a brisé d'un cœur si léger les dieux qu'avait adorés sa jeunesse. Victor Hugo n'en reste pas moins une des gloires littéraires les plus belles de la France.

L'Autunois :

Les journaux républicains sont en deuil ; cela se conçoit. Victor Hugo, qui avait successivement encensé tous les régimes, devait naturellement, au déclin de sa vie, verser dans rornière républicaine.

Ses dernières œuvres littéraires trahissent un déplorable affaiblissement du cerveau.

Depuis longtemps le poète était mort, l'homme seul avait survécu.

Le Petit Bprdelais :

Hugo a été. il est Homère, Eschyle, Juvénal, Dante ; il est l'incarnation la plus complète de la poésie. Il a connu toutes les joies, d a connu toutes les douleurs. Il a été le défenseur du faible, à l'égal de Voltaire. Il a eu ses Calas.

Le Conservateur du Gers(Auch) :

Celui qui fut un illustre poète, le chaiitre inspiré de la Vérité religieuse et du Droit monarchique, est mort hier, vers deux heures de Taprès-midi, comn;ie un païen, après avmr souillé, dans la seconde partie de sa viCr l'auréole glorieuse que lui avaient value les premiers accents de sa lyre.

Le Nouvelliste de Rouen :

Victor Hugo est mort. Quoique prévue depuis huit jours, cette nouvelle causera non seulement en France, mais ' dans le monde entier, une vive et légitime émotion. Le poète des Odes et Ballades et de la Légendes des siècles était, en effet, le plus brillant et le plus glorieux représentant des lettres françaises au XIX* siècle. Sa royauté littéraire, longtemps contestée, était maintenant tacitement reconnue, et, ceux-là mêmes dont ils ne craignit pas de froisser les convictions et de blesser les consciences, en ces derniers ouvrages, se condamnaient par déférence à un silence attristé. Comme homme politique, en effet, si V. Hugo appartient à un parti, comme poète, la France entière â le droit de le revendiquer comme nn des siens.

Le Journal du Loiret :

Homme d'imagination, Victor Hugo lefu^»

certainement au suprême degré. Chez lui la faculté d^imaginer, c'est-à-dire de voir et de traduire l'idéal n*a point de limites. On peut dire de lui qu'il était tout imagination. Au poète dont le nom marquera un siècle, à Técrivain, au littérateur qui illustrera le pays qui Ta vu naître, le Créateur a dévolu des trésors inépuisables d'imagination ; il a chargé sa palette des couleurs les plus variées ; mais il lui refusa cette faculté indispensable à l'homme ordinaire pour marcher dans la vie :

le jugement. N'est-on point tenté de voir, dans ce contraste, comme un effet de la loi naturelle des compensations ?

Le Courrier de la Vienne (Poitiers) :

aient à

dias rae nombreuses défaillances.

Pourquoi* faut-il que les catholiques ai< regretter qu'une fin chrétienne n ait pai

L'Espérance de Nancy :

Victor Hugo était l'homme des couleurs et des images, de la sensibilité plutôt que du sentiment. Il éblouit, il étonné, il entraîne parfois, mais n'émeut pas. Nous doutons qu'il ait jamais fait pleurer, depuis qu'il a versé dans l'impiété.

Des doctrines fixes et fermes, on ne lui en a point connu. Chez lui, la forme remplaçait le lond, et le mot les idées ; et quand désormais

on sondera ses œuvres, celles principalement qui ont fait le plus de bruit, on sera tout étonné d'y trouver le vide au lieu de la profondeur.

Grand écrivain, assurément, et poète incomparable ; grand homme auquel manqua la véritable grandeur, celle qui sait embrasser la vérité et s'humilier devant Dieu !

Le Journal du Midi (Nimes) :

Ce fut dans ses années florissantes, en pleine possession de sa raison et de son génie, qu'il se fit le chantre des saintes vérités et de la beauté céleste.

Plus tard ses facultés se troublèrent et s'il abandonna ses premières croyances, il le dut à Tafifaiblissement de Tâge, il le dut encore à l'influence néfaste de la politique et d'une philosophie malsaine qui en pervertissant son esprit, faussèrent son talent.

Est-ce la blanche muse de sa jeunesse, est-ce la muse flétrie de sa vieillesse qui viendra le chercher sur le seuil de l'^jbernité ?

C'est le secret de Dieu.

Le Journal de la Marne :

. La postérité accueillera-t-elle toutes les productions de son génie? Ne distinguerat-elle pas entre les pages touchantes ou superbes des Voix intérieures ^ des Feuilles d'automne^ des Contemplations, de la Legende des siècles, — et les œuvres confuses de la vieillesse du poète?

APRÈS LA xMORT 205

Si elle admire presque sans réserve le poète lyrique qui a donné une vigueur nouvelle au vers français, sera-t-elle aussi indulgente pour Tauteur dramatique? Dans ses drames, Victor Hugo a rencontré le faux plus souvent que le vrai. Il voulut imposer une théorie qui était la réhabilitation du laid, du grotesque, Tabus perpétuel de Tantithèse.

Pour son théâtre, l'auteur d'Hernani pouvait puiser dans le passé glorieux de la France; il a malheureusement préféré chercher ses sujets en Espagne, en Angleterre, en Italie. Enfin, dans le Roi s'amuse^ il a odieusement travesti sur la scène François •*', le roi chevalier, le vainqueur de Marignan.

Nous, les vaincus de 1870, ne devons-nous pas regretter que la plus belle œuvre dramatique de Victor Hugo, les Burgraves, soit précisément une sorte d'apothéose de l'empire d'Allemagne? Quand donc viendra le poète qui consacrera son génie à chanter la France,

3ui créera le drame vraiment patriotique, ce rame que l'Angleterre possède, que Schiller et Gœthe ont donné à l'Allemagne ; qui nous apportera cette poésie nationale, saisissant l'âme du peuple par tous ses fibres? Une telle tâche n'était pas au-dessus du génie de Victor Hugo.

Le Messager de Valence et Gazette de

Le dieu va passer une fois encore en triomphateur sur le boulevard qui a vu défiler bien d'autres idoles oubliées : républicains, libres-

penseurs, renégats, badauds surtout qui vous êtes extasiés sur les « torchons radieux » de la lessiveuse plus que sur Fode des Vierges de Verdun ou celle de la naissance du duc de Bordeaux, saluez avec Témotion dont vo\is êtes capables, et acclamez bien fort. Pour nous, catholiques et royalistes, nous n^arons qu'un soupir de tristesse en voyant un tel homme, dont le prêtre n'a pu approcher la couche funèbre, aller rendre compte au juge souverain de sa vie et de Tusage de son géme, et nous répétons ces mots que Ton gravait autrefois sur la tombe des plus illustres personnçtffes comme conclusion d'une pompeuse épitaphe : Priez pour lui pauvre pécneur.

La Gazette de Cambrai :

Victor Hugo est mort. On ignore tout de la mort d'Homère, et la tradition ne nous dit pas si la Rome impériale fit à Virgile des obsèques dignes de son génie. Mais sous ce rapf)ort, les esprits soucieux de la gloire des ettres peuvent se rassurer. La France entière oubliera pour un jour ses divisions, pour accompagner de ses regrets, pour charger d'honneurs et pour combler d'nommages la dépouille du Poète qui a enrichi sa littérature, déjà si riche au commencement du dix-neuvième siècle, de chefs-d'œuvre impérissables. Si l'on peut craindre quelque cnose, à cet égard, c'est même que le concert d'éloges qui s'élèvera de la presse, en cette occurence, ne tourne à l'apothéose. Il s'était formé, dans ces derniers temps, autour de Victor Hugo, une sorte d'association de thuriféraires, dont

les excès peuvent faire plus de tort à sa mémoire que les écarts de 6on génie. Le nuage d'encens qui enveloppait le Poète lui cachait les contours et la couleur de la réalité ; et Ton peut sans crainte affirmer que, s'il avait été moins étroitement investi par les courtisans intéressés de sa gloire, les élans de son cœur et la pénétrante lucidité de son génie l'eussent préservé de bien des fautes. Peut-on, pour n'en citer qu'un exemple, mettre sur le compte de son libre arbitre ce refus des consolations religieuses au lit de mort et cet enterrement civil qu'on lui prépare ? Non ! non ! ce sont là des faiblesses imputables au parti politique qui, depuis 1849, a exploité l'illustration du poète. L'homme qui, il y a un an à peine, osait renouveler une profession de foi spiritualiste sur la tombe d'un républicain, n'est pas mort athée ; l'auteur du Crucifix et de vingt autres pièces traversées par le souffle de la foi catholique la plus ardente, est mort chrétien.

Le Journal de Saint-Quentin :

Victor Hugo est mort hier à 1 heure 35 minutes de l'après-midi, après une longue et douloureuse agonie.

Gardé à vue par les sectaires qui entouraient son lit de souffrances, il n'a même pas eu connaissance de la belle lettre que lui adressait, la veille de sa mort, un autre vieillard, aussi grand par son caractère que parla dignité dont il est revêtu: le cardinal-archevêque de Paris.

L'illustre poète ' sera enterré civilement et

ses obsèquçs donneront lieu à une manifestation athée, lui qui, toute sa vie, a affirmé sa profonde croyance en un Dieu juste et bon.

M. Lockroy Ta voulu ainsi. Il nous sera permis de regretter (ni'une telle fin amoindrisse une vie si glorieuse. Le chantre, inspiré du crucifix, celui qui écrivait ces beaux vers :

Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure. Vous qui souffrez, vçnez à Lui, car il guérit, Vous qui tremblez, venez à Lui, car il sourit. Vous qui passez, venez à Lui, car il demeure.

ne verra pas la croix présider à ses pompeuses funérailles, qui, cependant,* seront froides et n'iront pas à l'âme.

Les ennemis de la gloire de Victor Hugo ont trouvé moyen de le mettre au niveau de Gambetta.

C'est triste pour ce grand homme, dont le nom est désormais immortel.

Le Journal de

Ce qu'il faut lui dire devant le cercueil sans croix de Victor Hugo, c'est que là dort un admirable poète, mais qu'on peut être tel sans avoir la santé ni du caractère ni de la raison. Un autre de nos grands poètes, qui eut tout cela, lui, notre noble André Chénier, s'est écrié lin jour douloureusement :

Ah ! j'atteste les cieux que j*ai voulu le croire ; Mais non ! il n'est pas vrai. ■.

il n'est pas vrai que l'âme vaille toujours le génie. Et peut-être l'excuse antique devient-

elle exacte aussi; nuUum ingénium sine mixtura dementise.

Voilà ce qu'il faudrait dire, par toutes les voix de la presse, à' ce peuple. On ne lui dira

f)as, bien au contraire. A deux genoux devant es Idoles nouvelles ! Un homme de talent exquis écrivait hier :

te mot mort prononcé en parlant de Victor Hugo trouble comme une invraisemblance, épouvante comme un crime. C'est donc vrai que tout meurt, même les dieux? Il meurt, lui l infini génie^ lui Vinfinie bonié, lui qui est tout ce que notre siècle a eu de doux et de sublim,e !

Ah ! pour ne parler que de poésie immortelle, le 2 mai 1857 avez vous enseveli dans ces. apothéoses Alfred de Musset, ou le mars 1869 Lamartine?

» er

Xie Réveil des Landes :

Victor Hugo a succombé hier, vendredi, à une heure et demie, à une courte, mais douloureuse maladie.

C'est un grand poète qui s'éteint ; c'est une gloire nationale qui disparait.

Dans tout l'épanouissement de son admirable talent, brisé par la douleur que lui avait, occasionnée la mort de sa fille, \ictorHugo avait composé les vers suivants :

Je viens à vous. Seigneur, père auquel il faut croire ;

Je vous porte apaise, Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire,

Que vous avez brisé !

Je viens à vous. Seigneur, confessant que vous êtes

Bon. clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant!

Je conviens que vous seul sayez ce que vous faites,

Et que riiommc n'est rien qu'un jonc qui tremble au venl.

La veille de sa mort, il refusait les secours de la Religion et mercredi le grand poète qui a chanté Dieu et l'âme immortelle, sera enterré civilement !

Son génie fut si grand qu'il ne nous appartient pas à nous, humble journaliste, déjuger ses défîiillnnces.

La France du Nord (Boulognesur-Mer) :

On peut dire de l'homme (jui vient de s éteindre qu'il a rempli son siècle : ce siècle portera son nom ; né avec lui, Victor Hugo Ta accompagné presque jusqu'à sa fin; il Fa. fécondé, l'a fait pleurer, palpiter, soupirer, et, après en avoir illuminé 1 aurore, il en a éclairé radieusement le déclin.

Le Mémorial du Poitou :

Le monde civilisé tout entier a été atteint du coup qui nous frappe, car un génie tel que Victor Hugo appartient autant à Thumamté qu'à sa propre patrie.

Le Républicain du Gers :

La France est en deuil, elle vient de perdre le plus grand poète qui ait surgi depuis la Ré-

solution et le plus grand écrivain des temps modernes.

Cette mort sera une grande douleur pour les poètes, pour les littérateurs, pour tous les hommes qui placent Tintelligence humaine au-dessus des privilèges de la fortune.

Cette mort frappera au cœur tous ceux qui, comme lui, sont par les entrailles les enfants de la Révolution.

L'Avenir Lozérien de Florac :

Victor Huffo, c'est le grand poète de notre siècle, c'est le grand patriote, le grand républicain : c'est mieux encore, c'est le géi\éreux défenseur du droit opprimé; c'est la grande voix qui s*est toujours élevée pour protéger le faible contre l'oppresseur; c'est le vengeur impitoyable de toutes les injustices, de toutes les iniquités.

Gloire à Victor Hugo!

Le Petit Méridional (Montpellier) :

Un deuil immense vient de frapper la France : Victor Hugo n'est plus !

Le grand poète, en qui s'mcarnait le génie du dix-neuvième siècle, et qui semblait, dans sa verte vieillesse, défier les années, vient d'être emporté, en quelques jours, par une maladie implacable.

Son souvenir restera vivant parmi nous, et il nous semblera toujours entendre la voix de notre grand poète national, chanter la gloire de cette patrie qu'il a tant aimée.

Journal de rAveyron :

Quels qu'aient été les défauts de Victor Hugo, il est incontestable qu'il tiendra dans l'histoire de la littérature française une grande place, et il est incontestable que, en trance surtout, il n'est pas possible de méconnaître l'illu-stration qui s'attache à son nom.

Mais du moment où les républicains ne veulent plus exalter gue l'homme politique, l'adversaire de la religion et des prêtres, nous n'avons plus qu'à nous abstenir.

L'Union Républicaine de Fontenay :

Victor Hugo est mort.

Cett^ mort est un voile jeté sur le monde :

c'est un rayon disparu; c'est la civilisation un moment arrêtée.

La France entière inclhie son front sous le coup funeste qu'une verte et vaillante vieillesse rendait imprévu.

La disparition de ce géant fait hésiter l'humanité qui regarde ce vide immense arec effroi.

APRÈS LA MOBT , 213

Le Moniteur de l'Indre :

Qu'on conmare Victor Hugo à Homère, à Virgile, au Dante, à Shakespeare ; qu'on le mette au-dessus de Voltaire, en tant qu*influence sur son siècle, on reste, selon nous, autant au-delà qu'en deçà de la vérité. Victor Hugo poète, prosateur, pamphlétaire épique même, malgré ses scories, obscurités et défaillances, est incomparable, extraordinaire, selon le mot de M. Renan. Il domine et de très haut tout ce XIX^ siècle, dont le début Ta vu naître, et le décHn le voit mourir. A ce titre, mais à ce titre seul, sa mort est non seulement un deuil pour la France, dont il est la gloire, mais pour l'humanité entière qu'il honore.

Le Populaire (Nantes) :

Notre grand poète national vient de mourir.

Le penseur sublime a interrompu sa noble tâche. Qui sait pourtant combien de chefs d*œuvre il portait encore en lui ?

Son œuvre grandiose, et devant qui l'esprit reste confondu, est un long plaidoyer en faveur de l'humanité. Le philosophe sincère et désintéressé aura plaidé jusqu à son dernier jour, et ce sera sa gloire.

L'Avey rennais :

Entre ceux qui prétendent confisquer au profit de leurs passions la mémoire de Victor

Hugo, rapetisser cette, figure colossale aux mesquines proportions d'un parti, et ne retenir de ses œuvres que celles qui Bervirent leur parti ou leur secte ;

Et ceux qui, embrassant toute la carrière «t toutes les œuvres de Victor Hugo, et passant par dessus ses erreurs et ses défaillances, saluent en lui un grand poète national et humanitaire ;

Quels sont les plus équitables, les plus impartiaux, les plus sincèrement respectueux du génie et de la mémoire du glorieux défont, les plus patriotes?...

, Le Montmédy-Journal :

Tous les partis peuvent revendiquer Victor Hugo homme politique. Décoré par Louis XVIII, pensionné par Charles X, créé pair de France par Louis Philippe, partisan du Prince Louis-Bonaparte, chantre inspiré de Napoléon 1®"" et adversaire implacable du second Empire; depuis républicain iusgu'à sa mort; tour à tour conservateur, catholique, révolutionnaire : ces opinions diverses, ces changements d'attitude tiennent en réalité une bien ]}Qtlto f lace dans la vie de Victor Hugo : ce sont los taches du soleil.

Le Messager de la Marne :

Poète, historien, orateur, Victor Hugo marqua d'un cachet ineffaçable tous les sujets

APnÉS LA MORT 215

qu'il traita. Guidé par l'amour du bien, des fiombles, compatissant aux misérables, il revêt sa pensée de formes diverses, d'où se dégagent toujours la douceur, la bonté, la hame de llnjustice et de la tyrannie.

L'Eîcho du Poitou :

Victor Hugo a exalté Napoléon, notre grand Empereur, qui avait enfin trouvé un barde à sa taille, de même qu'il a célébré en vers magnifiques tout ce qui est sublime, comme tout ce qui fut glorieux. Il est le génie incomparable, il est le Maître.

Victor Hugo doit être pleuré aujourd'hui, par tous ceux qui aiment la France pour la France elle-même, et non pour la basse vanité d'un parti égoïste et aux idées étroites. Napoléoniens et Royalistes, catholiques et spiritualistes, républicains et radicaux, tous doivent s'incliner devant cette grande ombre qui vient de s'envoler vers sa véritable patrie, celle de tous les grands génies, de tous les grands esprits : l'immortalité !

Le Courrier de Gournay :

Le nom de Victor Hugo répété dans l'univers entier était le nom français par excellence. Il était respecté et honoré partout ; on nous l'enviait tout en l'aimant ; tiers de lui, nous étions unis aux autres peuples dans un sentiment de commune admiration.

Le Courrier du Pas-de-Calais :

Que Ton rende à ses dépouilles des honneurs semblables à ceux que Tltalie prodigua à celles du Taése, avec lequel il a plus d un point de ressemblance, ce ne serait que justice. Mais au'on l'élève sur un pavois politi- Sue, et qu on veuille en faire le génie de la république et de la libre-pensée, c'est contre quoi son œuvre littéraire, celle que la postérité respectera, proteste avec énergie.

Le Salut Public de Lyon :

Qu'on étudie Victor Hugo, depuis l'enfant sublime jusqu'au vieillard déifié, on retrouvera, dans cette puissante physionomie, toutes les fortes impressions du siècle qui s'achève : les ardeurs de la foi religieuse et patriotique, les nobles aspirations vers la justice ; puis, des déviations soudaines du sens moral, les attractions d'en bas faussant les grands essors de ce génie. A la fin, l'aigle ne plane plus, bien qu'il ait encore des ailes ; il les étend par habitude dans la cage où on l'apprivoise . en lui persuadant que c'est un sanctuaire. II a de la fange aux serres et l'on affirme que c'est de l'azur !

Le Courrier de Dreux :

Les hommes de cette envergure, après avoir plané pendant de longues années, laissent

derrière eux un sillon interminable. Longtemps après leur mort, on cherche la trace de leurs ailes, qui tenaient une si grande place, et, dans le moment même, on ne sent guère autre chose que l'impression d'un vide immense.

Le Mémorial. Arlésien :

Ce grand poète, ce psychologue si profond, ce prodigieux remueur d'idées croyait à Taffranchissement de l'humanité. Et qui donc pourrait douter de cet affranchissement quand. on le voit prédit par Victor Hugo dans trente chefs-d'œuvre incontestés ? Oui, il faut bien le dire, les peuples travaillent à leur affranchissement définitif; et comme Victor Hugo était, avant tout, l'homme du peuple il s'était

J 'été avec enthousiasme dans les bras delà République. Aussi la démocratie perd-elle en lui le plus radieux, le plus génial de ses défenseurs.

L'Impartial du Nord :

Oui, il vous a instruits, il nous a instruits tous, enseignant à tout le monde ses droits et ses devoirs, faisant pénétrer dans les âmes la bonté et l'humanité, ennoblissant l'homme, répandant dans les cœurs des torrents de lumière. Le vaste flot de sa poésie — le plus vaste, suivant nous qui ait jamais jailli d une

218 VICTOR HUGO DEVANT l'OPIKION

poitrine humaine — continuera à désaltérer pendant des siècles les esprits assoiffés d'idéal, à porter dans les âmes la joie ou l'apaisement. Victor Hugo, homme, va reposer dans la tombe, le front couronné de lauriers, le corps enveloppé dans un linceul de pourpre ! Mais Victor Hugo, poète, se dressera à jamais audessus de cette tombe, radieux et sublime, dans Timmortalité.

L'Union Savoisienne :

Si la France littéraire ne peut rester indifférente à cette mort, la France chrétienne doit éprouver une profonde douleur en présence des funérailles politiques et antireligieuses qui sont réservées à un homme dont elle avait salué avec tant d'enthousiasme et une si légitime fierté les premières productions poétiques chantant Dieu et l'âme immortelle.

L'Echo de la Dordogne :

Le grand deuil produit par la mort de Victor Hugo est ressenti, on peut le dire , dans toute la France, sans distinction d'opinions. La gloire de l'illustre poète fait partie du patrimoine national, et chacun sent que, lui disparu, c'est une irréparable perte non seulement pour le pays, mais pour l'humanité, dont

il aura été un des plus prodigieux phénomènes.

Le Progrès de Hisiute^Mame :

Victor Hugo a été un de ces hommes qui honorent à la fois leur patrie et Thumanité.

Le jour où de tels hommes viennent à disparaître, une grande lumière s'éteint pour le monde entier. Aussi la mort du « grand poète » est-elle un deuil pour la Fraijce, pour l'Europe, pour Tunivers qui' honoraient en lui le représentant le plus illustre de la pensée humaine.

Journal d'Alençon:

Plus heureux que Virgile, plus heureux qu'Homère, que Dante, que Corneille, le grand poète national a, de son vivant, assisté à son apothéose.

L*homme politique disparaît devant le poète, en Victor Hugo. Et à cette heure, où son nom est sur toutes les lèvres, nous ne voulons voir en lui, pour verser aussi nos regrets sur sa tombe, que le chantre de l'Epopée Impériale, des grandeurs de la royauté, le défenseur des humbles, qui incarnait le génie même de la Patrie, et celui-là vivra éternellement dans la mémoire de tous.

Courrier des Ar demies:

Plus heureux que Sophocle et que Corneille, dont les vieux jours furent longtemps si chargés d'amertume, Victor Hugo a vécu entouré de la pieuse admiration des homme^^

aui fermeront le siècle, et pour qui il était éjà un ancêtre immortel vivant au milieu de de sa gloire.

Avec lui, c'est une part lumineuse de notre époque que nous allons mettre au tombeau.

Et c'est aussi une partie de la France, une partie de nous-mêmes.

L'Éclaireur de Lunéville

On s'était accoutumé à juger, par Victor Hugo, les tendances de la France moderne, et tjuand il prenait la plume pour flétrir une iniquité ou faire cesser une injustice, il semblait à Londres, à Vienne et à New- York, qu'on entendît les battements du cœur de la France.

C'est que Victor Hugo appartenait à l'admirable race des créateurs et des initiateurs. Génie fait d'un rayonnement et d'un sourire il avait pour lui l'immense, l'ineffable amour de l'humanité.

Vivant, Victor Hugo a connu toutes es gloires humaines, il a joui de tous les triompnes. Les républicains perdent en lui le plus chaleureux défenseur, l'apôtre le plus fervent, le plus désintéressé. Mais la gloire de cet homme prodigieux ne fera que grandir : la France et

le monde n'ont-ils pas à louer en lui la plus belle personnification du génie et de la bonté?

Le Progrès de la Gôte-d'Or:

De tous le^points de la France les adresses exprimant l'admiration et la douleur publiques, arrivent par centaines : dans les départements comme à Paris, beaucoup de journaux républicains ont paru encadrés de noir et, il faut le constater aussi, à l'honneur de la presse française, la plupart des organes de toutes nuances s'associent au deuil national — prouvant ainsi la vérité de cette parole -^u président du Sénat : « La gloire de Victor Hugo est l'apanage et l'héritage de tous. »

A l'étranger, l'impression causée par la mort de ce grand soldat de la civilisation n'a pas été moins profonde. Comme l'a dit, aux applaudissements de ses collègues, M. Crispi, président de la Chambre italienne, « la douleur de la France est commune à toutes les nations ».

Et c'est le monde entier qui, en contemplant aujourd'hui dans toute la grandeur de son œuvre, celui qui vient de mourir, est prêt à répéter le vers fameux :

Va, nous te ferons de belles funérailles .

Journal d'IUe-et-Vilaine :

L'œuvre lyrique et l'œuvre dramatique ne

222 VICTOR HU(M) DEVANT t'OPINION

sont cependant pas les seules qui concourent à la gloire du grand homme qui vient de mourir. Quelle puissance dans Notre-Dame-de-PariSy quelle merveilleuse fécgndité dans les. Misérables ? On comprend qu'en face de ces productions innombrables et également splendides, on ait pu dire à la Chambre des députés d'Italie : « Le génie de Victor Hueo n'il: lustre pas seulement la France, mais honore rhumanité tout entière. » ♦

Le Petit Comtois :

La nouvelle de la mort de Victor Hugo aura un douloureux retentissement dans le monde entier.

En France, elle sera, comme l'a dit le président du conseil à la séance du Sénat, un véritable deuil national.

C'est giie l'œuvre du grand poète qui \âent de mourir plein de jours et de gloire, est une œuvre avant tout humaine. La magie du style, la splendeur de la forme qui caractérisent les œuvres de Victor Hugo, ne tiennent que la seconde -place dans ce neuve de poésie où le monde entier s'est largement abreuvé.

Victor Hugo, qui a chanté toutes les gloires de la France, qui a fait puissamment vibrer toutes les cordes du cœur humain, est surtout le chantre des pauvres, des humbles, des malheureux. Tous ceux qui souffrent ont trouvé en lui un puissant défenseur, un éloquent interprète.

Nous ne saurions entrer ici dans Ténumératron de l'œuvre colossale du plus grand génie du siècle. Qu'il nous suffise de dire que

APaàa LA MORT 223

la France vient de perdre le poète qui a le plus contribue à élever la di^ité humaine^ à

Sronager l'amour de la patne, de la justice, 6 la liberté, à répandre, les nobles sentiments sans lesquels il n'est poiçt de grande nation.

Non, Victor Hugo n'est pas mort. Son oeuvre est là, vivante, impérissable. Elle continuera à porter aux jeunes générations les généreuses pensées du Maître, et à leur enseigner, en même temps aue le sacrifice et le dévouement à la patrie, l'ardent amour de l'humanité.

Au moment où la France pleure le grand homme qui, suivant l'expression du président du Sénat, était l'honneur du pays, la ville de Besançon, qui s'enorgueillit de l'avoir vu naître, tiendra à aflBrmer sa douleur. '»

Elle voudra certainement prendre part aux funérailles nationales que la nation prépare au plus grand poète des temps modernes.

L'Ere Nouvelle (Tarn) :

Ce n'est pas le moment de juger l'homme politique qui vient de disparaître. En Victor Hugo s'éteint une gloire bien réellement nationale, puisque chaque parti a encore présents à la mémoire les chants que lui inspira son génie poétique.

Les regrets de la France accompagneront donc le convoi de Victor Hugo, mort dans les idées spiritualistes, croyant à Dieu, mais rejetant, peut-être par un dernier reste d'orgueil, les consolations spirituelles de l'Eglise.

Devant le cercueil de celui dont le nom a retenti dans tous les mondes, il convient de s'incliner et de ne garder que le souvenir de l'auteur des Ode^ et Bsillades, des Feuilles (Vautomne, et de la Légende des Siècles.

Le Phare des Gharentes :

Ce merveilleux génie a saisi tour à tour, dans ses bras titanesques, tous les sujets et tous les genres, et il n'est pas une branche de Tesprit humain où il n'ait fait pousser sa fleur.

Sous ses doigts prestigieux, toutes les cordes de la lyre ont vibré. Odes, idylles, élégies, épopées, tout ce qui chante, tout ce qui pleure^ tout ce qui sourit, tout ce qui rugit; il a tout connu, tout rendu, tout vécu. Et avec quelle grâce, quelle émotion, quelle gaieté, quelle énergie, cruel soufle, quelle variété de sentiments, quelle richesse ou quelle puissance de style !

Et c'est ce rare génie qui vient de disparaître ; c'est ce vaste cœur qui a cessé de hattre! Voilà le dix-rteuvième siècle qui se clôt avant sa fin. Son poète est mort, — celui qui naquit avec lui et l'escorta d'année en année, éclairant sa marche du pur rayonnement d'une gloire croissante. La grande lumière s'est éteinte. L'ombre nous ressaisit...

L'Echo du Lubérou :

Victor Hugo est mort !

La France perd en lui le plus glorieux de

APHÉS LA MORT 22^

ses enfants et son chantre national par excellence.

L'Humanité voit disparaître son apôtre le plus dévoué, son défenseur le plus ardent.

La République des lettres, dont il était le président inné, voit s'éteindre, avec ce grand génie, cette lumineuse intelligence qui éclairait les deux hémisphères.

Victor Hugo n'a pas été seulement le poète le plus illustre du dix-neuvième siècle, il a été encore le vengeur de la conscience humaine, le justicier des tyrans, l'ami des opprimés de tous pays.

La mort de cette esprit sublime, oui est entré vivant dans l'immortalité, puisqu il a pu voir sa propre apothéose, est un deuil général.

Paris, dont il était l'idole, la France, dont il était l'orgueil, lui feront des funérailles nationales* dignes de lui ; son corps reposera

Ï)armi nous, mais les idées qu'il a émises, jailissant de toutes parts, lui donneront l'univers pour tombeau.

Lie Courrier Populaire (Lille) :

Victor Hugo a toujours chanté mieux que toute autre chose en ce monde, ces âmes qui s'éveillent et ces fleurs de chair qui s'ouvrent : les enfants. Comme l'a très bien dit M. Claretie, Victor Hugo est le poète de la patrie glorieuse ou vaincue ; il est le poète du guerrier qui combat ou du soldat qui meurt ; il a célébré avec un éclat retentissant les légendes françaises qu'il a voulu ramener plus tard à des proportions plus humaines.

226 VICTOR HUGO DBVANT l'OPINION

Il a été le poète de la couleur dans les Orientales, il a été le poète du bonheur intime, profond, de Famour loyal, dans les Feuilles d'automne] il a été le poète de la rêverie et de la grâce juvénile dans les Contemplations: il a été le poète de la vengeance, une sorte d'Isaïe républicain dans les Châtiments ; il a eu la grandeur dans Hemani, la pitié dans les Pauvres gens, la tendresse sacrifiée dans le dévouement des Travailleurs: de la Mèr, le sourire dans la Coccinelle, la vaillance militaire dans Quatre-vingt-treize, mais par-dessus. tout cela, il a exprimé, il a peint, il a chanté, il a immortalisé cette poésie vivante, courante, brillante, adorable, adorée : VEnfant.

Le Libéral de TEst (Belfort) :

Devant ce mort auguste, il n*y a plus ie divisions, plus de distinctions, de croyances, d'opinions ou de partis. Tous se découvrent, tous s'inclinent, tous pleurent. Touchante manifestation d'un grand peuple envers un grand homme !

Nous venons, nous aussi, apporter notre hommage. Il est, d'autant plus humble qu'il doit monter plus haut. Nous venons témoi-

Fner notre aumiration et notre respect pour homme dont les actes et les paroles sont des exemples, au prosateur qui mfusa un sang nouveau à la langue française vieillie, ati

f^oète qui purifia nos âmes en les charmant, à 'auteur dramatique, créateur d'un théâtre admirable, à l'historien qui marqua d'un fer rouge les crimes politiques de notre temps»

au satirique, vengeur des consciences outragées, à Torateur, défenseur de tous les droits et avocat de toutes les nobles causes, à l'exilé toujours debout pour la revendication de la justice, au patriote qui a pleuré les malheurs de la France blessée, au Maître, enfin, dont le génie a jeté sur notre pays un rayonnement de gloire.

Le Semeur de l'Oise :

Ce ne sont aujourd'hui ni les banalités louangeuses, ni les haines qui pourraient accroître ou diminuer la gloire de ce puissant génie.

11 est entré dans l'immortalité depuis longtemps déjà, et l'histoire seule est maintenant de taille à le juger.

Il demeurera comme l'un des plus beaux cerveaux littéraires que l'humanité ait produits, et c'est de lui qu'on pourrait plus que,de tout autre écrire : « Il vient de mourrir un homme qui faisait honneur à l'homme. »

La France Centrale (Limoges) :

Le glorieux vieillard, le magnanime patriote, le puissant poète gui a fait resplendir de l'éclat le plus merveilleux les lettres françaises, Victor Hugo vient de s'éteindre. C'est un deuil national. Cette perte cruelle a soulevé partout le même cri de douleur. Elle s'est imposée à tous, à ceux que tant d'œuvres suolimes avaient charmés, aux républicains dont il avait été le défenseur et le soutien,

aux pauvres gens, à ces misérables dont il avait retracé, comme Tépopée de la faim, la vie lamentable.

Il meurt, comme son ancêtre Sophocle, dans la plénitude de ses jours, de son génie et de sa gloire. Il semblait cependant qu'il dût voir la fin de ce siècle qu'il a dominé par la puissance de son œuvre et de sa renommée.

La Vigie de Cherbourg :

Victor Hugo est mort !

Cette lumière du siècle s'est éteinte !

Le monde civilisé tout entier portera le deuil du grand poète qui fut Tun des plus glorieux génies de l'histoire universelle.

Le peuple français perd en Victor Hugo le chantre de ses épopées, le Verbe de sa liberté.

L'Union Agricole (Chartres) :

La France vient de perdre l'homme de génie qui a été un irrésistible remueur d'idées et dont la pensée domine le dix-neuvième siècle.

Victor Hugo a les deux signes distinctifs du génie bienfaisant : la fécondité et la bonté.

L'œuvre écrite de Victor Hugo est immense : l'édition définitive de ses œuvres par M. E. Hetzel et Quantin forme 46 volumes muctavo.

L'œuvre de propagande du penseur et du

philosophe ne peut être appréciée matériellement; elle s'est manifestée^par un apostolat continuel et par une correspondance qui formera une énorme collection, si jamais on parvient à réunir ses lettres éparses dans toutes les parties dn monde.

Cette universalité même peut être considérée comme une consolation dans le malheur qui nous frappe; Victor Hugo, en effet, à été le phare lummeux qui est resté toujours resplendissant sur les ruines de la patrie.

Le National Républicain de TArdèche :

Victor Hugo est Thomme du dix-neuvième siècle comme Voltaire a été celui du dix-huitième.

Son génie plane au-dessus des partis politiques qui tous se font humbles devant une mort SI imposante.

Le monae entier se fera représenter aux funérailles civiles de ce grand citoyen, dont la vie entière n'a été qu'une lutte suprême pour la justice, la liberté et la civilisation.

La Tribune du Midi (Montpel* lier) :

Nous n'avons pas la prétention d'écrire dans. une simple page de journal l'histoire de ce génie qui fut Victor Hugo. Cette histoire <îst d'ailleurs si complètement mêlée aux annales politiques et nttéraires de la France, que tout le monde la connaît.

Mais il est de notre devoir de rendre un faible et dernier hommage au poète incomparable, au patriote généreux, à 1 homme immortel que nous pleurons tous.

Le Petit Ariégeois (Pamiers) :

En pleurant mort un de ses plus glorieux enfants, la France démocratique pleure aujourd'hui le plus grand poète du dix-neuvième siècle.

Le Petit Niçois :

Depuis que Voltaire a succombé, nul « homme de lettres » n*aura laissé derrière lui une place plus considérable, — une place qui n'est pas près d'être occupée, car, il faut souvent fenfantement de plus d'un siècle pour produire de tels génies.

Au reste, la France peut être glorieuse en considérant cette tombe entr'ouverte où Ton va descendre la dépouille d'un de ses enfant» qui l'honorait le plus. A ses larmes, elle peut mêler des lauriers, car de même que Voltaire marcha à la tête du dix-huitième siècle, Victor Hugo a été la plus haute, la plus belle et la plus séduisante personnification du dix-neuvième siècle — dont on ne saurait non plus méconnaitre la valeur.

Le Journal de F Ain :

La mort du grand poète, du rêveur sublime, dont le génie a illuminé le siècle de sa radieuse

APRÂS LA. MORT 231

anréole, jette aujourd'hui un voile de deuil sur toute la France.

Mais ici la mort est impuissante, elle ne peut rien contre le géant qui est « entré vivant dans Timmortalité », suivant l'expression si juste de Théodore de Banville, et le nom de Victor Hugo, du chantre sublime de nos gloires et de nos splendeurs, vivra éternellement, rayonnant à travers les siècles dans la plus triomphale apothéose.

L'Indépendant (Orange) :

Victor Hugo, notre grand poète national n'est plus !

Ses œuvres sont immenses, elles ne sauraient périr. Le grand poète personnifiait le génie, il réalisait aussi l'une de nos plus pures gloires nationales . Sa disparition atteint donc notre patrie, mais elle affectera aussi le monde contemporain, dont Victor Hugo aura été une des lumières .

Le Journal de Lot-et-Garonne

(Agen) :

La postérité avait depuis longtemps com-.

mencé pour cet homme de génie qui aborda avec un égal succès les genres les plus divers et qui restera dans l'histoire de notre siècle la plus éclatante personnification de la poésie lyrique . ,

232 VICTOR HUGO DEVANT l'OJPINION

Entre tous ceux dont la France s'honore, en ce genre, il est le plus grand, et les littératures detous les siècles et de tous les pays en ont peu donné qui se haussent à sa taille . I

Pour nous, le poète domine tellement, en Victor Hugo, le politique et l'homme, que nous saluerons son cercueil, et que nous nous inclinerons avec tristesse devant cette illustration nationale qui disparaît.

OSWALD ACHÉ.

La Charente

Le monde civilisé ^out entier portera le deuil du grand poète ; il sentira qu'une grande lumière s'est éteinte, et que le plus glorieux des fils de la France moderne est entré définitivement par la mort dans cette imnaortalité dont, vivant, il avait déjà connu les prémices.

L'Indépendant de TAllier :

Victor Hugo donnera son nom au dix-neuvième .siècle, non seulement à .cause de l'in^ fluence qu'il a exercée sur les esprits, mais surtout parce qu'à une époque où la poésie s'en va, u y a eu en lui 1 étoffe de plusieurs poètes comme il y avait en César 1 étoffe de plusieurs Marins.

Cette vie est un exemple et un enseignement. Il en est peu parmi nous qui n'aient eu h se débarrasser d'abord de liens noués autour de leur esprit, autour de leur pensée.

Victor Hugo nous a montré comment on se délivre, comment on s'élève, comment on grandit.

Et c'est à cause de cela, surtout, qu'en ce moment suprême, nous nous sentons pleins de reconnaissance et d'admiration.

La Sarthe

Depuis longtemps déjà sa gloire dominait notre siècle, son nom rayonnait au-dessus de toutes les discussions, de toutes les critiques, ses vers magnifiques sont dans toutes les mémoires; comme l'a dit un poète, il était « entré vivant dans l'immortalité ». C'est en

Victor Hugo appartient à la France entière et sa mort est un deuil national.

Vouloir le transformer en homme politique, ce serait l'amoindrir.

L'Yonne :

Pendant cinquante ans, c'est par Victor Hugo que l'humanité a vécu, aimé, pleuré, gémi, a souffert ou s'est révoltée.

Aujourd'hui, la foule immense, aux mille pensées obscures, se sent frappée elle-même

par la catastrophe qni vient d^atteindre cette illustre individualité. C'est que la grande voix, qui a été si longtemps Tinterprète superbe de ses tendresses, de ses ironies et de ses yengeances, vient de s*éteindre; c'est qu'elle comprend que Victor Hugo mort, la grande voix populaire va rentrer dans le silence.

L'Aube :

La France entière est consternée. Celui oui meurt répandait sur elle, aux yeux .de 1 univers, un rayon de cette gloire qu'il avait su conquérir, non pas en versant le sâng des hommes de bataille, mais en propageant des pensées nobles , élevées , généreuses , auxquelles son génie sût donner une forme immortelle.

Le poète Ta dît lui-même :

Le nom grandit, quand Tbomme tombe*

Victor Hugo n'est plus, son nom grandira toujours.

L'Echo d'Indre-et-Loire :

• La France a le droit de gémir ; Victor Hugo répandait sur elle, aux yeux de Tunivers, le plus éclatant rayon de cette gloire qu'il avait su conquérir non pas en versant sur les champs de bataille le sang des hommes, mais en propageant dans le monde des pensées nomes, élevées, généreuses ou touchantes, auxquelles son génie sut imprimer une forme immortelle.

Le nom grandit quand l'homme tombe a

APRÉ0 LA MORT 235

écrit Victor Hugo. L'homme tombé, son nom ne cessera de grandir ; mais déjà le dix-neuvième siècle s mcline vers sa fin ; car il perd son poète.

L'Echo du Cher (Saint- Amand) :

Cet homme extraordinaire caractérise notre siècle, dans ses exagérations comme dans ses grandeurs. Il lui donnera son nom. Il fut de son époque et il est une époque. On a dit le siècle de Voltaire ; on dira le siècle d'Hugo. - Nous ne nous préoccuperons point de Thomme politique. Il vit les théories sociales à travers les mirages de sa splendide imagination. Il regardait trop haut ; comme l'aigle, il fixait le soleil et il passa, sans percevoir l-ombre, sans distinguer la triste réalité qui grouillait en bas.

Son nom est une auréole synthétique qui luit et qui rayonne!... Ce nom reste gravé dans le cœur et dans la pensée de tous ceux qui, sans l'avoir vu, le connaissent et l'admirent dans ses poésies sublimes.

Le Goarrier de Verdun :

Tous les partis peuvent revendiquer Victor Hugo homme politique. Décoré par Louis XVlII, pensionné par Charles X, créé pair de France par Louis-Philippe, i)artisan du nrince Louis-Bonaparte, chantre inspiré de Napo-

léon P' et adversaire implacable du second Empire; depuis républicam jusqu'à sa mort; tour à tour conservateur, catholique, révolutionnaire : cos opinions diverses, ces changements d'attitude tiennent en réalité une bien petite place dans la vie de Victor Hugo : ce sont les taches du soleil.

Le génie poétique de Victor Hugo est le pat'rimioine de la France tout ehtière.' C'est Unô de ses gloires.

L'Indépendanoe de TEst (Barle-Duc) :

Après s'être déçagé des préjugés d'une éducation toute royaliste, il était venu à la République, à la démocratie.

Plus que personne il s'apitoyait sur le sort des humbles, des petits, des travailleurs obscurs, de tous les malheureux. Il avait hérité de Voltaire l'amour profond de la justice et de la tolérance. Il admettait toutes les croyances sincères et avait horreur de toutes les nypocrisies. Le droit n'a jamais eu de défenseur plus courageux et" plus éloquent : il a combattu, au péril de sa vie, le criminel attentat du Deux-Décembre, et il en a flétri à . jamais les auteurs. On pourrait dire de lui au'il a été une conscience se dressant sur 1 effondrement de la loi et de la morale. Et si, dans ses hautes idées humanitaires, il a prêché la cessation des guerres et la paix entre les peuples, il n'a jamais rien sacrifié de son amour filial pour la France. On n'a pas oublié

dans quels termes, d'une âpre et pieuse colère, il recommandait la guerre sainte contre Tenvahissement- allemand.

Le Mémorial des Vosges :

Oui, la France a le droit de gémir. Celui qui n'est plus répandait sur elle, aux yeux de 1 univers, le plus éclatant rayon de cette gloire qu'il avait su conquérir non pas en versant sur les champs de bataille le sang des hommes, mais en propageant dans le monde des pensées nobles, élevées, généreuses ou touchantes, auxquelles son génie sut imprimer une forme immortelle.

Le nom grandit quand l'homme tombe

a écrit Victor Hugo. L'homme tombé, son îiom ne cessera de grandir; mais déjà le dixneuvième • siècle s'incline vers sa fin, car il perd son poète.

LA RÉDACTION DU MémoriaL

Le Moniteur du Puy-de-Dôme

C'est Quelque chose d'immense qui disparaît matériellement, mais qui reste debout dans l'esprit et dans le souvenir des hommes.

CTest une gigantesque figure que la mort grandit encore en la précipitant dans la rayonnante immortalité.

C'est un livre colossal qui se ferme, mais que des mains pieuses rouvriront toujours,

tant (rail y aura sur la terre des cœurs amoureux de beauté, d'éloquence et de poésie.

Le Courrier des Alpes:

Victor Hugo çst mort !

Tel est le cri qui, depuis vendi^ëdî dernier, retentit d*un bout de TEurope à Fautre, et ce cri, comme un glas funèbrej résonne tristement dans tous les cœurs, fait mouiller toutes lespaupières.

(Test que la France vient de perdre un de ses plus glorieux enfants, l'Europe le plus vaste génie das temps modernes, rhumanité le plus autorisé et le plus intrépide de ses défenseurs.

L'Avenir de Mitidja (Boufarick) :

Au point de vue littéraire, Victor Hugo, restera comme notre plus grand poète, parce qu'il a personnifié dans cet art le génie qui crée, et l'on demeurera émerveillé devant cette sublime audace avec laquelle il manie l'antithèse, il oppose les contrastes.

Au point de vue philosophique, Victor Hugo était un libre-penseur dans le sens que, selon nous, on devrait donner à cette idée. Ame noble et généreuse, il ne croyait pas à une divinité prisonnière de sectaires ou de lévites n'ayant d'autres préoccupations gue de l'exploiter à leur profit. Mais ce serait une grossière erreur, en même temps qu'une insSte à la mémoire du grand génie que nous pleurons

APRÈS LA KORT 239

tous, que de le représenter comme un apôtre de l'atnéisme.

Au point de vue politique : par Téclat et Tautonté de son génie, plus que par ses aptitudes particulières sur ce sujet sjîécial, il ser- Tait, pour ainsi dire, de trait d'union entre les diverses nuances du parti démocratique où tous écoutaient sa voix avec respect.

A ce titre notre pays qui a tant besoin d'apaisement, d union et de concorde, fait une grande perte.

Le poète et le philosophe ne sont pas morts, •c'est au contraire, llmmortalité réelle qui dès maintenant commence pour eux.

Les Alpes (Annecy) :

Il n'est plus, ce mâle et doux génie dont le nom emplira pendant de longs siècles Timagination des hommes et fera songer les ieunes filles, lorsque l'ombre du soir descenara des collines et ranimera tous les parfums de la terre alanguie. Il n'est plus !,.. Saluons d'un regard attendri ce majestueux soleil couchant.

Derrière les prestigieux sommets où il dis-

farait comme aans une apothéose, Homère, >ante, Shakespeare, Caûioôns, Cervantes, Rabelais, Ronsard et Corneille lui tendent leurs bras fraternels et lui montrent la rive fortunée où, souriants et rajeunis, les pasteurs de l'humanité revivent de l'ineffable allégresse du devoir accompli, dans l'étemel mirage des ans.

L'Avenir du Gantai :

Le chantre surhumain de la Légende des Siècles^ le poète étincelant des Orientâtes, le patriote vengeur des Châtiments et de Y Année terrible^ le grand-père adoré des petits enfants n'a pas disparu. Sans doute, son enveloppe périssable est détruite, elle ne tiendra pas plus de place que celle du plus humble.... mais ses œuvres illumineront d'un éclat radieux le temps présent et les siècles à venir.

L'Avenir du Morbihan (Vannes) : .

D'un bout de notre pays à l'autre, un peuple se prosterne en deuil.

La meilleure partie de notre âme semble envolée : Hugo n'est plus.

Et ce Français radieux qui disparait, citoyen du monde — car il était l'apôtre de l'humanité — rend attentives toutes l«s nations, mêlant à nos larmes le tribut de leurs regrets.

Gœthe mourant apparut à sa génération comme la fin du XVIIP siècle.

Résumant davantage toutes les grandeurs, tous les progrès, toute la civilisation du daneuvième siècle, Hugo, son dernier sommet?

s'abîme dans l'immortalité.

Le Finistère '

Toutes les nations civilisées ont, en ce marnent, les regards fixés sur la France, qui s'apprête à rendre au plus merveilleux de ses

Soètes des honneurs funèbres dignes d'elle et e lui.

Nos lecteurs n'attendent pas que nous tentions une étude même succincte de cette colossale physionomie. Nous nous bornerons à faire remarquer que si Victor Hugo appartient à tous par ses côtés artistiques, nous pouvons cependant le revendiquer comme une des gloires républicaines de la France.

Le Réformateur du Lot :

L'émotion que produit en France la mort de Victor Hugo est aussi grande, qu'était grand son génie.

Souverains et valets, découvrez-vous, sceptiques et fanatiques saluez, votre maître à tous est mort.

Peuples pleurez, votre défenseur n'est plus!

La Démocratie Franc-Comtoise (Besançon) :

Le poète national n'est plus. La maladie a

triomphé de cette robuste et admirable organisation, qui était la gloire de la- France et l'admiration du monde civilisé.

C'est un deuil national.

Victor Hugo est né à Besançoii.

Nous demandons que la Grande-Rue, où -ce génie s'alluma, change son nom banal en -celui de :

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