RUE VICTOR-HUGO
A. VÉZIAN.
Le Petit Vap :
La vie de Victor Hugo est un de ces lones •et sublimes drames, dont la justice immuable fournit le dénoûment, par le châtiment du traître et le triomphe du juste. .Ici, le traître fut l'homme de Décembre ; le juste, ce fut le proscrit. Celui-là était empereur, maniait le trésor de la France, poussait en avant, d'un geste, des armées ; le proscrit n'avait d'autre arme qu'une plume et le droit. En cette lutte, qui fut vainqueur? L'empereur assassin ou le
f)oète proscrit ? Quelques jours encore et 'histoire enregistrera, pour l'honneur de la moralité humame, le dénoûment définitif, de ce drame énorme ; car, tandis que le César découronné pourrira dans l'exil, sous le mépris et la boue, le poète, rayonnant de gloire, montera au Panthéon, porté par tout un peuple, pleui'é par-l'univers entier et ces rois de 1 Europe, que Bonaparte appelait audacieu-
sèment « mon frère », enverront leurs ambassadeurs plier respectueusement le genou, devant le cercueil du poète proscrit.
Le Journal de Seine-et-Marne :
En poésie^ il fut un rénovateur; en politique, il fut un incorruptible. Ce sera pour le second empire une nonte étemelle d'avoir banni de France l'auteur des Odes et Ballades, m était 1» gloire des lettres françaises. Mais u moins le grand poète eut le bonheur de voir la chute de ce régime qui prenait l'exil pour une force de gouvernement. L'empire est passé : qu'en reste-t-il ? L'œuvre de Victor Hugo, au contraire, est et restera.
Tunis-Journal
Victor Hugo fut l'apôtre de la pitié, de la liberté et de m justice.
Le Petit Algérien :
Il est aussi superflu de caractériser, dans Victor Hugo, l'homme politique qu'il serait impossible à cette heure de le juger.
On m'appelle apostat, mol qui me crus apôtre.
dit-il dans ses Contemplations.
244 VICTOR HUGO DBVANT l'OPINION
La postérité ratifiera ce mot, car si Victor Hugo a erré parfois, s'il a rêvé et s'est perdu dans un vague que la politique ne peut admettre, la bonté et la générosité remplissaient son cœur.
En littérature, il est pour la France et pour Tétranger le chef incontesté de l'école romantique. Il a exhumé et mis à lamode le movenâge qui est passé, depuis, de la i)oésie aans les arts, dans les idées et les habitudes de la vie. A des traditions littéraires qui ne conservaient des modèles classiques que des formes, il a substitué la vie et le mouvement. Sa révolte contre les règles et les conventions a eu des excès inévitables, surtout chez les disciples. On a confondu dans le même dédain les conditions essentielles de Tart avec les
S recédés arbitraires d'une époque ; la haine 'une beauté convenue a conduit à la négation du beau, puis à la réhabilitation, dans Tordre physique et moral, du laid, du monstrueux ; Fart s'est matérialisé et démoralisé, tout ensemble. Du moins les esprits avaient reçu une vive et féconde impulsion, et si la plupart des œuvres que Victor Hugo a suscitées ou produites, aoivent passer, Ta révolution qu'il a consommée marquera parmi nos époques littéraires.