ALSACE-LORRAINE
La Gazette de Lorraine :
La vie politique cède aujourd'hui le pas, en France, au deuil immense causé par la mort d'un des plus illustres du pays. Avec Victor Hugo disparaît une personnaïité puissante qui a imprimé son caractère à toute Thistoire de France du dix-neuvième siècle.
En littérature, il est pour la France et pour l'étranger le chef incontesté de Tart romantique. Il a exhumé et mis à la mode le moyen âge qui est passé, depuis, de la poésie dans les arts, dans les idées et les habitudes de la vie. A des traditions littéraires qui ne conservaient des modèles classiques que les formes, il a substitué la vie et le mouvement. Sa révolte contre les règles et les conventions a eu, il est vrai, des excès inévitables, surtout chez les disciples. Mais les esprits avaient reçu une vive et féconde impulsion, et la révolution que Victor Hugo a consommée marquera en France parmi les époques littéraires.
La France fait, depuis 1880, une apothéose vivante à Victor Hugo. Il a été donné à l'illustre écrivain de connaître, dès avant le trépas, rimmortahté qui succède à la vie. Le
poète du siècle ne finit pas avec le siècle ; il traversera les temps lointains. Comme les poètes de Tantiquité, il garderait des lecteurs, quand bien même la littérature et la civilisation dont il a été un des plus brillants représentants auraient disparu.
Inclinons-nous devant cette grande lumière, devant ce héros de Tesprit qui vient de s'éteindre!
Le Lorrain :
Nous eussions voulu ne nous occuper que du poète magnifique : « Génie entré vivant dans l'immortalité », quia ieté quelques rayons d'or sur les boues de ce dix-neuvième siècle ! Les politiciens qui ont exploité plus encore le nom que l'esprit de Victor Hugo, ne i>ous le
{)ermettent pas. Ils laissent de côté les Odes, es Feuilles d'automne, le créateur dramatique, puissant entre tous, d'Hernani, de Ruy- Blas^ de Marion Delorme, de Marie Tudor^ à'Esmeralda, pour mettre en scène le bonze
Solitique qui ne s'est guère affirmé que par es maximes solennellement démenties par ses propres écrits. Summa injuria.
Nous avons plus de respect de la mort et voulons oublier devant cette tombe qui s'en-* tr'ouvre les contradictions, les défaillances, les inconséquences de l'homme politique pour ne nous rappeler que le poète magique.
Et il a fallu cette magie du poète pour que l'on pût ne point appHquer à Fhomme pohtique ces mots empruntés à l'une de ses œuvres :
Ceci a tué cela I i