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BELGIQUE

L'Indépendance Belge :

L'histoire de Victor Hugo pourrait être Thistoire de la France au dix-neuvième siècle. Du 26 février 1802 au 22 mai 1885, tous les grands événements se rattachent aux origines, à rinfluence, aux œuvres du plus grand poète de notre temps.

Ce sera la tâche des historiens et des commentateurs futurs de noter dans cette poésie le trop de richesses, la poursuite du gigantesque, les violences subtiles, les développements prolongés, les volumes qui n'ont rien ajouté à la gloire de l'écrivain. « Une montagne est à prendre ou à laisser, » a-t-il dit de Shakespeare. Mais la postérité n'a pas tout accepté d'aucun des génies les plus incontestés. Ce qu'elle prendra de Victor Hugo

suffira à lui faire le plus grand nom de poète lyrique, des littératures de tous les temps.

La France fait, depuis 1880, une apothéose vivante à Victor Hugo. Il a pu connaître, encore plein de jours, l'immortalité qui succède à la vie. Le poète d'un siècle ne finit {>as avec ce siècle, et Victor Hugo traversera es temps lointains. Comme les poètes de l'antiquité, il garderait des lecteurs, quand mémo la littérature et la civilisation, dont il est, auraient disparu.

GUSTAVE FBÉDÉRIX.

U Étoile Belge :

Il n'est plus, le poète altier qui dominait de sa hauteur vertigineuse le Parnasse français et nous dirons même toute la poésie de ce siècle. Ainsi telle flèche merveilleuse d'une cathédrale gothique dépasse les beffrois et les campaniles de la Cité, et son bourdon majestueux couvre toutes les voix d'airain des clochers d'alentour.

Victor Hugo, l'illustre chef du romantisme, le continuateur direct des Shakespeare et des Gœthe, vient de s'éteindre à l'âge de quatrevingt-trois ans. Il en a marqué presque tous les lustres par une œuvre géniale plantée sur les cimes de la gloire comme une namme plus brillante que l'épée des conquérants.

Malgré le succès obtenu par plusieurs de ses pièces de théâtre, nous croyons qu'elles forment la partie secondaire de l'œuvre de

Hugo. A vrai dire, ce n'est pas là du théâtre. C'est de Tode mise en dialogue. De l'ode magnifique soit, dont certaines tirades ont l'envolée d'un lyrisme génial, mais qui perd et qui languit à la scène. Victor Hugo s'est trompé lorsqu'il a cru qu'il suffisait pour alimenter l'action scènique, d'une violente antithèse de passions ou de conditions.

La Légende des Siècles, avec les Châtiments^ les Quatre Vents de VEspmt^ fornaent l'œuvre capitale de Hugo. Comme l'a très bien dit le poète Albert Girard, dans une étude consacrée aux dernières et définitives productions du Maitre, dans ces livres le poète n'est plus le rhétoricien romantique de 1830 : il n'écrit plus pour enlever à la pointe du vers, les prmcipales redoutes classiques; il ne peint plus dans le seul but de rendre à la langue de 1820 son ancienne splendeur. La

fiériode militante et de transition est passée. 1 n'est plus le chef d'école mais son propre chef.

C'est tout un siècle littéraire qu'on enterre, révolu, avec ce colosse.

Dans la pléïade des poètes français de ce siècle il y a eu des génies plus subtils, plus artistes et plus impeccanles, comme Beaudelaîre ; plus sympathiques et plus gracieux, comme Musset et Lamartine ;pluj majestueux comme Leconte deLisleetAlired de Vigny ; il n'y en a pas de plus complet,' de 'plus abondant, ae Inieilx équilibré^ réunissant des dons plus divers, ay;ant embrassé avec une égale autorité des sujets aussi nombreux et aussi variés.

Victor Hugo est le foyer où se sont con- «denses tous les rayons poétiques de ce siècle.

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