LE VENDREDI-SAINT
La patrie, ses enfants, ses livres se fondent en lui dans une harmonie admirable de travail, d'inspiration, de bonté, harmonie qui dure toute sa vie, qui retentit dans tous ses ouvrages, et donne une nouvelle élévation à son style, une ampleur dans ses conceptions quieftraye, et jusque dans ses images, cette ma-
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griiâceiice et cette largeur qui ne trouve de ressemblance que dans les saints prophètes .
C'est lui, vraiment lui, qui avait un enthousiasme jeune et- une recommandation solen nelle pour tous les opprimés, que ce fussent des peuples, des races entières, des individus seuls et condamnés, pour toutes les entreprises fortes et bienveillantes; c'est lui vraiment qui a accompli sa mission d'écrivain, comme les apôtres accomplissaient leur devoir de prêcher pour consoler, pour rendre meilleur, pour délivrer les gens.
Et depuis Dante, il fut le poète qui a mérité le plus hautement le noble titre de civil, il fut le plus fort guerrier pour l'humanité, qui, en revanche, et par gratitude spontanée, lui accorda la plus grande dictature intellectuelle dont l'histoire se souvienne .
C'est pour cette raison que le monde civil appelle vendredi sainHe jour dans lequel le grand poète lui a été enlevé .
Il Piccolo (de Naples) :
Lundi, la nouvelle se répandit h Paris que Victor Hugo était gravement malade. En ce moment le télégraphe nous annonce que Victor Hugo est mort :
Il est mort : Il va voir!
Il va voir face à face le Sphinx, et si on ne voit pas de là, c'est-à-dire si le au-delà n'existe que aans notre fantaisie : il finit de voir au moment où il croyait que tout voile devait se déchirer.
Mais croyait-il dans cet au-delà. En enten-
dant sonner sa dernière heure, pensait-il ; Je vais voir ? Ou pensait-il seulement atteindre le but de l'inutile voyage .
ROQGO DE ZERBI.