PORTUGAL
El Jornal do Comercio :
Dans un siècle qui a admiré Byron, Schiller, Goethe, Manzoni, Lamartine, il n*est pas facile de prononcer un jugement comparatif.
Ce que la critique la plus sincère peut établir dès à présent, c est que, chez Byron, Schiller et Lamartine, la spontanéité et l'inspiration sont plus visibles, tandis que, chez Hugo> l'énergie de volonté, la profondeur et la vigueur de 1 esprit sont plus accentuées.
ElCorreo :
Le monde civilisé tout entier partage la douleur de la France, car Victor Hugo était le plus grand poète de l'époque moderne.
El Correo da Manhâ (Lisbonne) •
M. Ramalho Ortigao, qui présidait la réunion convoquée par nous en vue de r^^^JP hommage à Victor Hugo, a adressé à M- Vacquerie la lettre suivante, où les lecteurs
admireront une fois de plus, le style brillant -du célèbre écrivain :
« Monsieur et honoré confrère,
• « Ayant eu l'honneur d*être élu président Ae la commission de la presse de Lisbonne réunie d'après une convocation du journal Correo da Manha pour rendre les derniers hommages à Victor Hugo, je crois devoir ajouter ces quelques mots au télégramme qui vient de nous être expédié :
<f Les noms apposés à ce document représentent toutes les nuances des opinions politiques, religieuses et littéraires de la presse portugaise. Pour la première fois depuis la célébration du centenaire du poète national Luiz de Camoes, les noms de ces journaux et de ces journalistes se trouvent réunis dans l'affirmation collective d'un sentiment commun.
« Ce fait de concilation unanime s'explique — selon moi — par la nature transcendentale du génie poétique de Victor Hugo.
« Dans la politique il plane au dessus de tous les conflits, étant la plus rayonnante et la plus pure expression de cet idéal, si cher à nous tous et pourtant encore si obscure, qu'on appelle la liberté.
« Dans la religion il personnifie le spiritualisme indépendant de tous les dogmes et de toutes les sectes, et préchant le culte de la bonté et de la responsabilité de l'âme 'devant l'éternel amour, suprême des^tinée de. l'univers, il est le seul prêtre qui resterait debout, son offrande à la main, quand toutes les églises viendraient à s'écrouler.
« Dans la littérature, il tient le flambeau de l'inspiration latine, que les poètes italiens, espagnols et portugais de la Renaissance avaient reçus des mains de Virgile, d'Horace et.de Lucrèce, et que Victor Hugo hérita des peuples méridionaux, quand la révolution fit de la France du XIa® siècle la nation maitresse de l'Europe latine. Beaucoup de choses ont été enlevées à la suprématie intellectuelle de notre race par la sagesse, par 1»
ténacité, par la force du savoir et par le savoir de la force des races envahissantes.
Personne ne s'est pourtant jamais avisé de nous disputer ce pouvoir énorme, dont Victor Hugo était l'image, qui, sous sa plume, remuait le monde, l'immortelle perfection lyrique de la parole humaine.
« Au nom des journalistes réunis ce matin aux bureaux du Correo du Manha^ je vous prie de vouloir, agréer, Monsieur et de transmettre à la famille Hugo les hommages de la presse de Lisbonne, et l'assurance de mes sentiments personnels les plus respectueux et les plus dévoués.
« RAMALHO ORTIGAO. »