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RUSSIE

JVbwfé Vrémia :

Un des plus grands poètes du siècle, Victor Hugo, vient de mourir. Il y a des hommes qui sont, pour ainsi dire, nés pour tout le monde civilisé et qui acquièrent une importance universelle par leur action dans une sphère ou dans une autre.

Victor Hugo était un de ces hommes. Son domaine était la poésie. Il a créé dans ce domaine des œuvres qui , sont considérées par ses contemporains et seront, à un plus haut degré, considérées par la postérité comme rincarnation merveilleuse des idées les plus

{profondes et les plus fécondes qui aient occupé 'humanité pendant la longue existence accordée par le destin au grand poète.

Victor Hugo est mort dans un âge avancé, comme Thomme de génie allemand dont un de nos poètes a dit « qu'il reposait tranquillement, parce qu'il avait accompli sur terre tout ce qu'on peut yaccomplir».. La France pourra en dire autant de son grand poète ; tout ce que Victor Hugo pouvait, par son génie, donner à son pays et au monde entier, il l'avait donné depuis longtemps, dans ses années les plus florissantes, dans la plénitude de sa puissance créatrice ; mais dans sa verte veillesse, au milieu de la génération actuelle, il jouissait encore de la même gloire qu'autrefois, il n'avait pas survécu à sa renommée ; au contraire, sa gloire lui survivra pendant de longs siècles.

Novosti :

La poésie vient de faire une grande perte, une perte irréparable. Il est mort, le poète unique et universel de notre époque, qui se dressait comme un géant au milieu de pygmées, celui dont les hommes de toutes les opinions littéraires prononçaient le nom avdC la même vénération.

Victor Hueo, le poète de l'éternité, s'en est allé dans l'éternité, dans la sphère qu'il a conquise par la force de son puissant génie... Victor Hugo n'était pas seulement un grand

Soète. Son véritable parti politique était celui e l'égalité et de la fraternité des hommes.

La France et le monde entier lui sauront gré de ces aspirations autant et peut-être encore plus que de son action littéraire.

ALLSICAGNE

Post (Berlin) ;

La France a perdu en Victor Hugo, non seulement son plus grand poète contemporain et un de ses patriotes les plus enthousiastes, mais aussi l'homme qui émouvait le cœur de toute la nation de ses paroles retentissantes. Il est le représentant des qualités, des faiblesses et des défauts du caractère français, qu'il montre dans ses œuvres avec une vérité qu'on rencontre rarement.

Tout cela suffit bien en fait de louanges à ceux qui savent estimer et trouver dans un

Soète la grande force nationale dont il était oué ; mais bien d'autres, et le grand mort lui-même, ne seraient pas satisfaits de cette juste mesure, avec laquelle on reconnaît sa supériorité. Car Victor Hugo était, à ses propres yeux, non seulement le poète d'un peuple, mais aussi son apôtre et prophète, le penseur et le philosophe, qui est à la hauteur de son siècle, qui comprend les problèmes les plus profonds et appartient à l'humanité .

Nous regrettons d'être obligés de discuter cette opinion, qui a eu aussi son assentiment dans la presse allemande et que nous sommes forcés de repousser, malgré notre grand respect pour le poète.

Victor Hugo possédait une force de création inépuisable et ardente, une imagination qui atteignait le surnaturel, une versification admirable ; aucun de ses lecteurs ne peut résister à l'adorable entrain et à l'enivrante mélodie de ses strophes, à ce qu'on appelle Tivresse de Hugo; il possédait des qualités qui lui donnent une place à côté des plus grands poètes, mais il ne fut jamais un inspiré. La pauvreté de ses pensées, philosophiques et autres, et son manque de logique, sont vraiment stupéfiants. Hugo n'avait qu'une corde, qu'il savait faire vibrer en maître, et qui montre qu'il avait du cœur : c'est la peinture de l'âme enfantine, avec ses ombres pleines d'énigmes et toutes ses petites douleurs touchantes ; ajoutons à cela la haine ; car Hugo savait bien haïr, quand il s'agissait de ses idiosyncrasies, d'une désillusion ou d'une amère expérience dans sa profire vie.

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Mais l'amour pour Tenfance et la haine ne sont que des sentiments et ce gu'il appelle ses pensées philosophiques, qui doivent aider Thiimanité à résoudre les problèmes religieux et sociaux, se présentent alors comme une sa; . gesse ordinaire, qu'on retrouve partout et qui est revêtue de pourpre pour cacher sa pauvreté et sa nudité. Ses idées philanthropiques, personne ne les prend plus au sérieux, mais elles ont causé au monde trop de malheurs, et ont paralysé déjà trop souvent la bonne volonté des hommes, pour paraître même supportables, arrangées en jeux d'esprit et en aperçus brillants.

Victor Hugo n'avait presque pas le sentiment de la vérité, de la nature, des idées et des besoins des hommes, et il les sacrifiait à chaque instant facilement à une antithèse brillante, ou à sa haine implacable, fanatique et intolérante contre la royauté et la religion chrétienne.

Si nous considérons enfin Huço comme homme politique et homme moral, il est assez connu qu'il a pris, dans différents événements politiques de son temps, une part quelque peu caléidoscopique.

Son immense orgueil et la haute considération qu'il avait pour sa propre personne, se montrent dans ses poésies politiques d'une fa; çon si éclatante, que personne, mêmeparnji ses plus enthousiastes adorateurs, n'oserait contester la vanité sans bornes du poète. H est pénible d'être obligé d'avouer que cet homme, au génie duquel on voudrait volontiers accorder toute son estime, tient, pou-r ainsi dire, continuellement la montre à lamain pour fixer les grands moments histon-

ques qui ont rapport à sa personne, ou qu'il se sert de ses cheveux blancs pour attirer Tattention du public, et met dans la plus grande lumière son grand cœur et ses autres vertus resplendissantes, tout en jetant à la tête des princes et des ministres .les sottises les plus impertinentes, et cela dans le seul but de se mettre en relief.

De telles observations sont d'autant plus déplorables et pénibles que, par là, chacun a le droit de considérer un des plus grands génies comme une personne comique.

LêB Gazette de Cologne :

Le jugement des Allemands sur Victor Hugo est tout à fait différent du jugement des Français. Ce que les disciples de cet écrivain trouvent sublime dans ses œuvres nous paraît forcé ; ce qu'ils considèrent comme grandiose nous paraît grimaçant ; ce au'ils nomment souffle çindarique, nous semble ampoulé* et nous déplaît, et ses alexandrins, avec leurs antithèses affectées, nous font le môme effet que les œuvres encore connues de la seconde école de Silésie, dans lesquelles le sublime artificiel tourne au ridicule, et la noblesse des sentiments à la phrase

Comme homme politique, Victor Hugo était un caméléon .

Tout en lui était extérieur ; il ne s'agissait pour lui que d'agir sur le peuple, que d'étonner les lettres ; il était toujours en haut, toujours en avant, et, quand cela ne lui réussit

pas, il devient un adversaire acharné ; Victor Hugo était un virtuose dans Texpression des sentiments tendres et des émotions puissantes, un maître dans la description de nouveaux personnages de drame et de roman, un créateur et un travailleur infatigable ; c'est ainsi qu'il a agi, vécu et recherdié le succès, et qu'il est finalement dev^iu le véritable représentant de l'esprit et du caractère de son pays, qu'il remplissait d'étonnement et d'admiration.

Volkszeitung (de Berlin) :

Victor Hugo est mort, mais sa mort n'était

Sas nécessaire, pour faire apprécier ses granes qualités et sa gloire. De son vivant déjà il a obtenu tout ce que la sympathie d'un

Seuple entier peut faire pour fêter un héros e 1 esprit. Son quatre-vingtième anniversaire l'a plemement démontré.

Malgré tout ce qu'on peut objecter il faut avouer que le grand poète a rendu dlmmenses services à la littérature française, et on aime à pardonner aux grands hommes leurs grandes fautes.

Il était grand dans la haine comme dans l'amour. Il croyait fermement à une Némésis dans l'histoire et il n'admettait pas que la mort conciliât tout. Il ne craignait point la critique de ses contemporains et nous lui consacrerons par conséquent un jugement impartial. Il cherchait dans ses œuvres littéraires à faire de l'effet avec des paroles sonores; il s'entoure souvent, comme un prophète, d'une obscurité mystique, nous montre ses

héros comme des géants et exagère dans le bien comme dans le mal. Il aimait beaucoup l'antithèse. Il se servait souvent dans ses •drames et romans d'un changement du nom ou d'une erreur pour produire ses effets et pour amener le dénouement. Hugo est resté toujours r « enfant sublime » de Chateaubriand. Peu à peu il devint le défenseur de la liberté et de l'humanité en passant par bien des phases. Mais autant il est terrible dans ses chants de guerre et de politique, autant il est doux dans ses chants lyriques qui brillent par les plus nobles sentiments. Comme Voltaire était le patriarche de Ferney, Hugo était celui de Jersey, et tous deux ont su planer au-dessus de la médiocrité du siècle dans leur solitude. Tous deux aimaient l'humanité, combattaient pour les opprimés et les déshérités contre les puissants ae ce monde.

Kossiscbe Zeitung (de Berlin) :

Jamais peut-être un poète a été adoré de son vivant comme Hugo. Il est l'objet d'un culte qui touche à l'idolâtrie. Malgré ses bizarreries et sa recherche des extrêmes et du grotesque, l'enthousiasme qu'il inspirait au peuple entier, ne connaissait pas de bornes.

Pendant toute sa vie il a poursuivi sur le terrain politique un but insaisissable et des idées fantastiques. La connaissance de la vérité lui manquait absolument, parcequ'il n'était pas persuadé lui-même et même son talent oratoire ne cache pas cette lacune dans ses œuvres. La tribune avait pour lui la même

signification que la scène, et il est vrai que la politique lui a servi de réclame pour son triomphe comme poète.

Ses œuvres ont charmé des milliers de lecteurs et quoique bien des productions doivent disparaître, il restera pourtant la révolution qu'il a causée dans la littérature française.

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