‹ Victor Hugo devant l'opinion presse française-presse étrangèreChapitre 84 sur 127 · AUTRICHE-HONGRIE · texte numérisé non relu

AUTRICHE-HONGRIE

Le Pestber Llojrd :

' La justice de l'histoire dira de Victor Hugo que, parmi tous les penseurs qui sont apparus en France, aucun n*a été plus digne que lui d'être l'honneur et la gloire d'une grande nation.

LeNeue freie Press ;

Partout où on lutte contre Toppression et la réaction, on déplorera la mort de Victor Hugo, qui a combattu jusqu'à son dernier soupir pour les principes sublimes de l'égalité, de la liberté et de l'humanité.

Le Tagbaltt :

Ce cri suprême : Plus de lumière ! a été au trefois la dernière parole du plus grand poète de l'Allemagne, Gœthe, et à peu près sembla-

APRÈS LA SCORT

bles ont été les idées du grand poète Victor Hugo avant de quitter ce monde : C'est ici le combat du jour et de la nuit ! Mais tandt»que Gœthe s'était retiré presque entièrement de ce monde dans sa vieillesse, Hu^o est resté, malgré son grand âge, le champion de la liberté et des droits du peuple, qu il considérait comme son devoir.

Beaucoup d'entre ceux qui l'avaient autrefois aidé dans cette tache, avaient fait leur paix avec Napoléon III et se contentaient dès lors de rimer des vers pleins d'art, mais lui, malgré l'exil et les dangers de toutes sortes, ne s'est jamais lassé d'être le défenseur des opprimés contre le second empire, ce gouffre qui a englouti tant de courages et de dévouements.

Après la chute de l'empire, revenant enfin dans sa patrie, il continuait d"aider, de toutes ses forces, à la prospérité de la République ; et alors il rassemblait autour de lui quelques fidèles, restés dévoués à leur ancien idéal, malgré le réalisme croissant de la littérature, les disputes des partis, l'insuffisance des hommes d'Etat et la chasse aux plaisirs et à la fortune.

Hugo était un çrand optimiste dans ses

Soésies, quand il s agissait de dépeindre les éshérités de la société dans leur misère et dans leur travail, de même qu'il n'a jamais cessé de les aider à sortir de leur état affreux et de les éclairer ainsi d'un rayon d'éternelle poésie. L'amour du peuple pour son poète s'est manifesté surtout à son 80^ anniversaire, qui fut pour lui un vrai triomphe. Non seulement la France, mais aussi les autres peuples, quand il les voyait souffrir, furent consolés

par lui et jamais dans de pareilles occasions il ne manquait de faire entendre sa parole encourageante et retentissante. Victor Hugo a été vénéré pour toutes ces bonnes actions.et son grand génie jusqu'à la fin de ses jours/et il a partagé plemement la gloire du grand philosophe de JFerney. Mais, pendant que Voltaire se voyait toujours protégé par les princes, qu'il encensait avec habileté, \^ctor Hugo leur a tenu tête, et sa force reposait sur les hommes de travail, sur le peuple, qui le conduit triomphalement, pour le récompenser, au Panthéon, redevenu le temple des hommes célèbres de la Nation française.

Allgemeine Zeitung (de Vienne) •

Le célèbre vieillard qui paraissait presque immortel et qui a vu passer devant lui tout ce cortège des célébrités de ce siècle, a enfin payé son tribut à la mort.

Il était pour les Français le représentant de leur génie, le saint de la nation, leur orgueil et leur amour. Il a vécu assez longtemps Eour pouvoir triompher de tous ceux qui l'ont lamé et qui ont discuté de lui.

La sympathie du peuple français pour Victor Hugo était un culte ; car de tout temps il avait été Tami et le défenseur de ce peuple. H était pour ses compatriotes un magicien charmant, un bon génie, un grand homme sans fierté, un puissant, plein de piété, bienfaisant et sage, comme on se représente un Dieu.

Depuis Voltaire, aucun poète n'a atteint une telle popularité, et il Ta pleinement méritée. Il a le grand mérite de savoir allier le beau,

le grand et le bon avec la poésie et la justice.

En mêlant la littérature aux événements politiques, il a rendu sa tâche plus difficile. En appréciant les événements selon les opinions populaires en 1870, il a peut-être plutôt aidé à embrouiller les choses qu*à les éclaircir, mais il a toujours combattu pour les idées généreuses.

Avec toutes ces qualités, Hugo n'avait pas un talent spécialement français comme Molière, Voltaire ou Alexandre Dumas fils.

Dans chaque autre pays, sa force créatrice inépuisable aurait remué également le public et la critique. Comme lui, Henri Heine a bouleversé notre littérature en dominant le goût pendant toute sa vie et en formant un nouveau langage.

L'art dramatique dé Victor Hugo consistait à relever des situations saisissantes, et manquait par conséquent d'un sens pTofond et tragique ; comme auparavant, les personnages étaient exagérés et le dialogue était fait pour empoigner le public. Ce qui est surtout défectueux, ce sont les scènes comiques dans lesquelles il ne réussissait jamais. Victor Hugo était pour ainsi dire un Corneille devenu sauvage, mais cette sauvagerie semblait être naturelle en comparaison de Tancien style.

L'apparition de ce jeune géant bouleversant la tragédie, donnait une évolution au théâtre.

La littérature du temps de la révolution avait idéalisé le patriotisme, le romantisme; chantait le triomphe égoïste de l'homme et arrivait par des détours à la démocratie.

Rousseau avait tracé le chemin que Victor

Hugo a fidèlement suivi. L'un comme Tautre, ils ont combattu pour la révolution.

Dans le roman et là ballade, il déploie un art qui n'admet pas de comparaison dans la littérature contemporaine. Son sentiment exquis, son sens du coloris et son émotion passionnée changeaient tout le langage, dont les expressions classiaues ne suffisaient j)as au poète romantique. L'expression devenait plus recherchée, les comparaisons plus pittoresques et le langage du peuple y avait sa place.

Hugo avait trouvé pour ainsi dire, la lan-

fue française blanche comme le marbre, et il avait teinte de mille couleurs charmantes, propres à servir à la poésie des siècles à venir. Il a été aidé dans cette tâche par plusieurs auteurs, malgré leur infériorité.

Avec Victor Hugo est mort le représentant de l'époque qui juge impitoyablement les faiblesses de l'Etat, de la société et des croyances. L'époque qui commençait par les encyclopédistes se termine par Victor Hugo.

Fremdenxblatt (de Vienne):

Victor Hugo était une des' plus grandes apparitions du siècle, le plus grand poète de la France. Il ressemblait à une colonne conservée depuis les anciens temps. Il avait ton- 1*ours possédé une renommée européenne. La France porte un grand deuil en ensevelissant ce héros de l'esprit, gui a contribué plus que Napoléon I" à la gloire de sa nation.

Correspondance de Pestb :

' Le christianisme donna au monde la forme et ridée religieuse des principes de la liberté, de la fraternité et de 1 égalité. C'est la révolution française . qui a créé la renaissance Solitique de cet évangile et donna au monde es apôtres, des généraux, des professeurs et des organisateurs de la propagande de cet évangile. Comme le mouvement de réforme religieuse a purifié le christianisme, on peut dire que le génie de la France a trouvé en Victor Hugo un réformateur et nouveau rédempteur et qui partout où Tunivers incommensurable de la poésie est en contact avec le monde des idées politiques et des projuçés de race agissait comme un véritable Jésus Christ de la poésie moderne, parce qu'il n'y a jamais eu de poète dont les poésies ont mieux propagé les idées de la liberté, du progrès de l'humanité et du culte de l'idéal aue celles de Victor Hugo, qui a vraiment aémocratisé les idées les plus sublimes. C'est Victor Hugo qui a stigmatisé tous les péchés contre le Saint- Esprit de la liberté, qui a chassé les pharisiens de la poésie, écrasé par la propagande puissante de son génie, le mensonge de l'absolutisme et qui a combattu contre la stupidité brutale de la haine et de la guerre, entre deux nations civilisées.

Les Hongrois, dont Thistoire prouve qu'ils ont toujours combattu et beaucoup souffert pour la liberté, pleurent Victor Hugo avec la même sincérité de condoléance que les Français eux-mêmes.

JPesti Hîrlap :

Le plus grand poète de la France, l'orgueil de la littérature au monde entier, le combattant et l'apôtre magnanime de la liberté.

Victor Hugo est mort. Couvrez, ô Français! des voiles les plus noirs, le drapeau flottant tricolore. Faites sonner sur les sombres tours de Notre-Dame, des voix les plus lugubres, les cloches de célèbre mémoire des tempêtes des guerres de la liberté. Victor Hugo repose au cercueil. La gloire du siècle, la splendeur étincelante de la nation française, couvre ta face sublime en pleurant^ ô protectrice de la liberté ! Victor Hugo est mort. Le catafalque froid et lugubre est préparé pour le célèbre vieillard, le chanteur de la Légende des siècles^ qui a stigmatisé toutes les tyrannies avec le ler brûlant de la vérité. Abaissez vos drapeaux ô Hongrois, afliîgés de douleur devant ce cercueil. Il y dort un véritable grand homme et un sincère ami de la nation hongroise. Des siècles iront se perdre dans la mer de Téternité jusqu'à ce qu'une mère française mettra au monde un enfant de la France semblable a ce génie.

Parce qu'il fut grand comme poète, grand comme écrivain et grand comme homme, dont l'amour fut toujours chaleureux pour tout ce qui est noble et sublime.

FERDINAND BOROSTYANY.

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