‹ Victor Hugo et Juliette DrouetChapitre 21 sur 35 · s décembre · texte numérisé non relu

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coups d'état 165

mencement du mois de juillet 1845, c'est-à-dire deux mois à peiue après son élévation à la pairie. Elle ne savait pas le nom de Mme Biard, encore moins l'adresse de cet hôtel meublé, passage Saint-Roch, dans lequel le grand poète se compromit si légèrement ; de Brest, sa sœur lui avait bien écrit *, demandant ce que signifiaient certains entrefilets parus au National et à la Patrie ; un peu plus tard, à Auteuil, pendant la maladie de Claire, Pradier avait bien insinué que Victor Hugo possédait une nouvelle et officielle maîtresse. Mais, en rappelant que les journalistes manquaient généralement de bonne foi, et Pradier d'autorité, en donnant de plus, à ce dernier, « un affreux galop » 2, le poète s'était fort habilement tiré de ces deux mauvais pas. Tant il y a qu'en 1848 et 1849, lorsque survinrent les événements qui le conduisirent d'abord à l'Assemblée nationale constituante, puis à l'Assemblée législative, Juliette pouvait sans doute soupçonner la trahison, mais elle n'en connaissait ni la complice, ni le lieu, ni la date.

Une fois de plus, elle se vit donc réduite à égarer sur la première venue sa jalousie inquiète et qui semblait en peine de se découvrir à elle-même un objet et des motifs ; par rencontre, ce fut sur Mlle Rachel qu'elle tomba.

Arsène Houssaye, récemment nommé directeur de la Comédie-Française, venait, en effet, d'organiser

1 20 juillet 1845 et suiv. Nous n'avons pas à insister sur le scandale Biard. Les personnes qui n'en connaîtraient pas le détail le trouveront dans le livre <lo H. Fleischman, Une maîtresse de Vie or Hugo, Paris, 1913, p. 193 et suiv.

-' 7 cl II mai 1846

une entrevue entre Victor Hugo et la grande tragédienne. Tout ce qu'on en racontait ne laissait pas d'être fort pathétique. Sous l'œil amusé du fantaisiste promu fonctionnaire, « la fille d'Eschyle s'était jetée dans les bras de Shakespeare », en protestant du désir passionné où elle vivait de jouer Hernani, Angélo, Marion de Lorme, Lucrèce Borgia! Ardemment, elle avait même récité un passage du rôle de Tisbe. « Je retrouve Mme Dorval avec du style ! » criait partout, depuis, l'auteur des But -graves ! En même temps, le bruit perçait qu'au mois de mai suivant, Mlle Eachel paraîtrait dans Tisbe, et sa sœur Rebecca, dans Catarina.

Cet événement fit de Juliette un précurseur del'antisémitisme : « J'espère, écrit-elle, peu après l'entrevue, que tu ne te laisseras pas séduire par les coquetteries intéressées de cette juive sans cœur l. » Et quelques mois plus tard, Victor Hugo s'étant laissé séduire, et devant souper chez une de ses nouvelles interprètes, elle ajoute :

« Je serai triste et malheureuse tout le temps que je te saurai Pamphytrion de ces péronnelles juives. Si tu le sentais, tu aurais pitié de moi, tu montrerais un peu plus de retenue et de scrupule dans les galants épanchements dont l'hospitalité sera le prétexte ce soir. En attendant, je souffre tous les tourments de la jalousie! Je voudrais être morte pour me soustraire à l'affreux ridicule qui couvre une vieille maîtresse abandonnée -. »

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