CHAPITRE PREMIER
Une silhouette tourmentée, de sombres couleurs, des enchevêtrements de tours, de clochers, de hauts pignons et de remparts, des ruelles en escaliers et, parfois, aux carrefours, quelque réduction provinciale de la cour des miracles, telle était la ville de Fougères, dans le commencement du xixe siècle. Aux abords, une rivière mal domptée, en Lutte bruyante avec de
nombreux moulins, une nature broussailleuse, plus de sentiers que de chemins, et plus de chemins que de routes.
Cet ancien nid de chouans semblait évidemment destiné par la nature à devenir le berceau d'une héroïne romantique. Et c'est là, en effet, que naquit, le 10 avril 1806, Julienne-Joséphine Gauvain, connue plus tard sous le nom de Mlle Juliette, puis sous celui de Mme Drouet l.
Son père était un pauvre tailleur établi dans le faubourg de la ville, rue de la Eévolution, sur la route qui conduit de Fougères à Antrain. Sa mère s'occupait aux soins du ménage.
De ces humbles origines, Mme Drouet tirait volontiers quelque fierté ; elle écrivait : je suis peuple, comme d'autres disent : je suis noble; et, par là, elle entendait à la fois expliquer et excuser son goût de l'indépendance, sa vive humeur, ses qualités de primesaut. Peut-être eût-elle bien fait d'invoquer aussi, à ce sujet, l'abandon où fut laissée sa première enfance.
Ni mère, ni père, pour la protéger et la diriger. Près
' Voici son acte de naissance : Le onze avril mil huit cent six. a trois heures du soir, par devant nous, Louis Binel, maire et officier de l'état civil de la commune de Fougères, est comparu Julien Gauvain, tailleur. âgé de. vingt-neuf ans. demeurant à Fougères, rue de la Révolution, lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin, né le jour d'hier, à sepl heures du malin, de lui déclarant el de Marie Marchande! son
épouse, auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de
Julienne-Joséphine ; les dites déclarations el présent a lions faites en présence de François Dorante, huissier, âgé de vingl-cin<| ans. demeurant
a Fougères, el de François Baunier, jardinier, âgé de soixante-huit ans.
dei iranl en Lécousse El ont, le père et les témoins signé avec nous
le présent acte, après que lecture leur en s été faite.
Signe : Julien i ,.i n vain, François Uaunier. Dorange et Louis liinel.
de la petite fille qui commence à peine de balbutier, la mère est morte le 15 décembre 1806. Le 12 septembre de l'année suivante, le père s'est traîné jusqu'à l'hospice civil de Fougères et il y est mort à son tour. L'hospice va recueillir l'orpheline : elle sera classée parmi les enfants trouvés ; des formantes sont remplies en ce sens, lorsqu'apparaît, tel un dieu protecteur, certain brave homme d'oncle.
Il se nomme René-Henri Drouet1. Il a trente-deux ans ; il est, de son état, sous -lieutenant d'artillerie, et compte, à son glorieux actif de soldat napoléonien, huit campagnes, plus une blessure, (un coup de hache sur le pied). La blessure est telle qu'on a cherché pour lui quelque emploi presque sédentaire. De l'artilleur, on a fait un canonnier garde-côtes, et qui s'ennuie ferme, dans le petit port breton où le sort l'a désormais confiné. Il revendique Julienne. On la lui confie.
Mais de croire que ce guerrier apaisé saura guider la petite, fût-ce par la main, ce serait une illusion. Il ne sait que la cajoler et la gâter. ISTulle enfance plus débridée, plus vagabonde. Julienne n'alla jamais à l'école du village, parce que, sur le chemin, il y avait trop de buissons et derrière eux, un grand étang. Dans
1 Voici la notice qui le concerne, telle que nous l'avons relevée sur les registres matricules de l'hôtel îles Invalides : Drouet, René-Henri, Bis de Jacques Drouel el de Jacqueline Christophle, né le 26 février 1774 ;i Maresché (Sarthe), entré a 56 ans, le 15 juillel 1830, lieutenanl a la 41° compagnie de canonniers garde-côtes. Services effectifs, 22 ans. 4 mois. n\ jours Campagnes, 8 ans, m mois, 20 jours, total 3i ans. :; mois, 16 jour.- Cel officier esl goutteux, il a reçu un coup de hache ïur le pied. Il souffre d'une hernie de l'estomac qui lui il.. nue de ire quents vomissements. Il touche de l'Étal une pension de ;;:;i> francs par an. inscrite sous le numéro 24.699. Mort le 24 novembre !*'►-'
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les buissons, elle cachait bas et souliers; dans l'étang' bleu comme le firmament, elle cueillait des nénuphars luisants comme des étoiles. Au sortir de l'eau, il lui arrivait presque toujours de ne pas retrouver sa cachette, et de rentrer pieds nus, cheveux au vent, la robe en loques. Mais elle en riait et on lui pardonnait, puisque sa tête était couronnée de fleurs et que, déjà, les fleurs lui seyaient le mieux du monde.
Jours colorés et parfumés ! Jours emplis d'innocentes joies et de pures douleurs : la mort d'une linotte apprivoisée, un fruitier mis au pillage, sous l'œil indulgent du garde-côtes, en uniforme vert. Toute sa vie, la mémoire de Julienne sera désormais parée de ces souvenirs, baignée de cette fraîcheur. Et d'arrêter son premier élan de sauvageonne, rien ne sera capable, pas même la grille d'un cloître, pas même la règle de Saint-Benoist.
Bené-Henri Drouet comptait deux parentes, une sœur et une cousine, parmi les mères religieuses d'un grand couvent parisien, celui des Bernardines-Bénédictines de l'Adoration Perpétuelle dont la maison était située rue du Petit-Picpus. Quand Julienne eut dix ans, il obtint aisément de la faire entrer dans le pensionnat annexé au couvent. Et, désormais, la voie de l'orpheline parut toute unie : elle sciait d'abord une élève distinguée, puis, une pieuse novice, et enfin, une sainte religieuse. Mais, de ces trois parties de La route, Julienne ne devait, eu réalité, parcourir que la première.
s'il faut eu croire la description qu'en a faite M"" Drouet, elle-même, et qui a été toul au longtrans-
posée par Victor Hugo, dans les Misérables, la maison du Petit-Picpus était peu riante, et le premier spectacle qui s'offrit aux yeux de l'enfant fut plus sombre que tous les drames dans lesquels elle devait figurer plus tard. Des grilles cadenassées, des couloirs obscurs, des salles nues, une chapelle où l'officiant lui-même se dissimulait derrière un vélum, tel était le décor. Des fantômes noirs, au visage voilé, tenaient les rôles. La pièce était faite d'interminables prières, de terribles mortifications : les Bernardines-Bénédictines couchaient sur la paille, elles portaient des cilices qui leur donnaient une fièvre chronique et des spasmes nerveux ; elles ignoraient le goût de la viande, l'usage du feu. A tour de rôle, et sans qu'aucune interruption fût possible, chacune d'elles, enfin, faisait la réparation . C'était « la prière pour tous les péchés, pour toutes les fautes, pour toutes les violations, pour tous les crimes qui se commettent sur la terre. » Pendant douze heures consécutives, la religieuse restait à genoux, devant le Saint-Sacrement, les mains jointes, la corde au cou. Quand la fatigue devenait insupportable, elle se prosternait à plat ventre, la face contre terre, les bras en croix, et elle priait plus passionnément que jamais, pour tous les coupables cle l'univers. — Recueillant ces détails de la bouche de Mme Drouet, Victor Hugo les déclarait sublimes; mais elle en avait goûte, avant lui, la douloureuse volupté, son âme en demeurait profondément pénétrée, et, de son passage au Petit-Picpus, il faut noter qu'elle garda, avant tout, une sensibilité catholique, le don cl le sens de lu prière.
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Aux austérités près, les élèves du pensionnat se conformaient d'ailleurs à presque toutes les pratiques du couvent. Comme les religieuses, elles ne voyaient leurs parents qu'au parloir, et ceux-ci n'obtenaient même pas de les embrasser. Au réfectoire, elles mangeaient dans le silence, sous le guet de la mère semainière qui, de temps en temps, si une mouche s'avisait de voler contre la règle, ouvrait et fermait brusquement un livre de bois. Le bruit de ce livre, et les vies des Saints, lues à haute voix, formaient bien souvent les seuls assaisonnements du repas. Et, lorsqu'une indisciplinée se mêlait de trouver ce repas mauvais et de n'y point goûter, elle était aussitôt condamnée à faire, par terre, une croix de langue, en léchant le pavé.
Ni la croix de langue, ni la maigre chère, ne parvinrent cependant à induire Julienne en des pensers mélancoliques. Elle garda la belle spontanéité et l'enjouement de ses premières années. Enfant gâtée du couvent, où ses tantes, la mère des Anges et la mère Sainte- M echtilde paraissent avoir joui d'une charmante autorité, elle en devint très vite l'enfant terrible. C'est elle qui, à peine âgée de douze ans, se jetait un jour dans les bras d'une religieuse et s'écriait en louchant du côté des murailles : « Ma mère, ma mère, une grande vient de me dire que je n'ai plus que neuf ans e1 dix mois à rester ici : quel bonheur ! » Et c'est elle encore qui laissa traîner, un beau matin, sur les dalles du cloître, cette confession écrite d'avance, afin de ne pas être oubliée : « Mon père, je m'accuse d'avoir <■!<• avarice ; mon père, je m'accuse d'avoir été adul-
tere ; mon père, je m'accuse d'avoir élevé mes regards vers les monsieur s. »
On pourrait se demander quels étaient les monsieurs en l'occurrence. Car, dans le couvent du Petit- Picpus, il n'y avait point de professeurs mâles, et, seuls, les plus distinguées d'entre les mères assumaient le soin d'enseigner les jeunes pensionnaires. Aux qualités d'éloquence que l'on retrouvera plus loin, dans les lettres de Mme Drouet, on doit juger que les Bernardines-Bénédictines s'acquittèrent fort bien de leur tâche. Julienne apprit d'elles, sinon l'orthographe et le beau style, du moins la sincérité, et qu'avant d'écrire, il faut avoir un sentiment à exprimer. Elle apprit aussi des arts d'agrément. La mère Sainte-Mech tilde possédait une admirable voix. A ce titre, on l'avait chargée des cérémonies et du chœur; elle y employait sa nièce et ses élèves. Elle en prenait ordinairement une gamme complète, c'est-à-dire sept, qu'elle faisait chanter debout, alignées par rang d'âge, et qui offraient ainsi au regard comme un pipeau de jeunes Mes. L'histoire ne dit pas si Julienne faisait mieux qu'une autre sa partie dans un tel concert. Mais nous verrons qu'elle songea timidement, un peu plus tard, à utiliser ses qualités de virtuose. De même, c'est au Petit-Picqus qu'elle apprit la gouache et l'aquarelle ; elle devait ce talent à une faveur spéciale des pieuses religieuses de l'Adoration, qui, par dérogation à la règle, avaient autorisé leur pupille à suivre les leçons du jeune maître Redouté.
Enfin, il n'est pas téméraire d'affirmer que Julienne prit ou fortifia, dans le couvent de ses imites, les qua-
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lités de tact et de mesure, les airs de distinction qu'elle a déployés plus tard, dans le salon de Victor Hugo. A la communauté des Bernardines était jointe, en effet, une sorte de maison de retraite, où finissaient de vivre de vieilles dames du monde, et plusieurs religieuses de divers ordres, restes des cloîtres détruits pendant la Révolution. Quelques-unes gardaient au fond du cœur un généreux instinct de maternité. Julienne eut vite fait de le réveiller. Elle accoutuma d'aller rompre, en ce milieu relativement enjoué, la règle de l'éternel silence ; violant la défense qui interdisait les amitiés, elle fit des vieilles ses bonnes amies. Elle écouta aussi beaucoup, elle sut retenir ; et, quarante ans plus tard, quand on l'interrogeait sur les dames du Petit- Couvent, elle rappelait avec sûreté les noms, les physionomies et les façons de ce monde pittoresque, un peu falot, mais toujours si poli, et tellement spirituel : Mmc de Beaufort-d'Hautpoul, qui descendait du roi des Halles, et qui prenait des airs avec Mme la comtesse Dufresne, de noblesse impériale ; Mme de Genlis, dont la prieure refusait les visites, à cause qu'elle écrivait des romans, et cette religieuse de l'ancienne abbaye de Fontevrault, qui avait entrepris de dégourdir le rigoureux auteur d'Adèle et Théodore et de lui faire entendre, notamment, qu'au temps du Bien- Aimé, les Bernardins ne le cédaient jamais aux mousquetaires !
Est-ce parce qu'elle soulevait le voile léger de ces conversations, que Julienne commença, dès l'âge de seize ans, à regarder, avec les yeux de l'esprit, par delà les cloîtres el les grilles? Est-ce par L'effet d'un ins-
J. Pradier, |>;ir lui-même.
D'après une aquarelle inédite appartenant à M. Auguste Blaizot.
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tinct de loyauté et de dignité qu'elle voulut connaître le monde avant d'entreprendre un noviciat et de prononcer des vœux ? On ne sait. Ce qui semble certain, c'est qu'au jour solennel où elle fut présentée, en qualité de postulante, à l'archevêque de Paris, M31" de Quelen, elle trouva moyen de laisser deviner d'un mot combien sa vocation était fragile, et combien son désir du monde était passionné. De son côté, le prélat mit quelque coquetterie à dénoncer d'un signe, aux religieuses, la brebis qui voulait s'égarer ; et, le soir même, Julienne quitta le couvent.
Ici se place une période assez obscure dans la vie de la jeune fille. Faut-il croire qu'elle ait de suite abordé le siècle et ses difficultés % Faut-il supposer qu'elle se réfugia chez son oncle, — le seul homme qui l'ait aimée, avant Victor Hugo, écrira-t-elle plus tard, — et qu'elle y mena quelque temps l'existence humiliée des personnes riches d'ambition et pauvres d'argent ? Nous ne savons. Et, sans transition connue, nous retrouvons Julienne, en 1825, parmi les « élèves » du sculpteur Pradier.
James Pradier : pour les hommes de notre génération, ce nom évoque surtout des groupes et des statues : statues plus gracieuses que pures ; groupes plus harmonieux que vigoureux ; dans l'ensemble, l'œm re d'un maître, qui prétendit bien se hausser jusqu'à Praxitèle, mais ne ramassa jamais que le ciseau de Clodion.
Il n'a pourtant manqué à Pradier qu'un biographe diligent-, pour acquérir un autre genre de célébrité, celle d'un artiste grand viveur, magnifique el vaniteux.
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insouciant et faible ; venu trop tard pour mener sans quelque scandale la vie facile qu'il aimait, venu trop tôt pour acquérir, par son travail, la fortune que cette vie supposait. D'ailleurs riche d'intentions morales autant que de facilité artistique, porté aux généreux mouvements, mais se rappelant tout à coup que ses imprudences et ses folies l'ont mis en état de ne pouvoir terminer par une bonne action ce qu'il a commencé d'un beau geste, et s'empressant alors de revenir à la statue ébauchée, à la vignette indiquée sur quelque copeau de papier1, à la mélodie dont vibrait encore la guitare jetée sur un des coussins de l'atelier. On disait, du sculpteur, qu'il partait tous les matins pour Athènes et s'arrêtait au quartier de l'Europe, chez la première gueuse venue. De l'homme, on aurait pu dire qu'il rêvait chaque soir les comportements d'un héros cornélien, et reprenait, chaque lendemain, l'habit et les mœurs d'un rapin lovelace.
Deux fois par semaine, son atelier se transformait en heu de réception, et la réception était des plus ouvertes : peintres et poètes, modèles, actrices et quelquefois même femmes du monde, hommes politiques et hommes d'épée, toute la société, en un mot, se pi- <l liait de fréquenter rue de l'Abbaye.
Chaussé de hautes bottes découpées en cœur sur le devant, vêtu d'un pantalon de velours violet et d'une sorte de paletot de même étoffe, qu'ornaient des brandebourgs à la polonaise, flanqué d'un lévrier
■ Pradier a fail des vignettes, notamment, pour <k's recueils de romances. Il ;i aussi pratiqué la peinture à l'huile, el !<• musée de Genève possède un tableau signé de lui.
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écossais presque aussi haut que lui-même, le maître du logis recevait ses visiteurs, les écoutait et leur répondait sans quitter le travail ; il faisait naître des beautés sous le ciseau, dans le moment que la conversation s'animait le plus, et ainsi son commerce devenait ensemble une causerie et un spectacle.
Dans le premier étourdissement que dut lui donner un monde aussi brillant, aussi mêlé, et aussi facile, Julienne commit l'imprudence qui devait décider du reste de sa vie. Grâce à son esprit indépendant et rare, grâce surtout à sa beauté, elle avait très vite acquis droit de cité chez Pradier. Elle y revint souvent; elle y demeura longtemps, elle consentit à poser devant lui1, et quand, un jour, le statuaire voulut respirer cette fleur, si différente par la délicatesse et le parfum de celles que l'on trouve communément dans les ateliers, il n'eut qu'à se pencher e!" à la cueillir.
Il rit de Julienne sa maîtresse en 1825 ; en 1826, il eut d'elle une petite fille que nous retrouverons ; en 1827, il inaugura un système qui consistait essentiellement à négliger l'enfant et à ne pas se préoccuper de la
' Elle posa, non point comme on l'a <lit et comme nous l'avons imprimé nous-même par erreur, pour une des statues des villes de Lille cl de Strasbourg qui Bgurenl sur la place de la Concorde, mais pour de nombreuses études de lête et de un. donl Pradier s'esl servi ensuite à titre documentaire. G'esl ainsi qu'on retrouve les traits de Julienne, dans presque toutes les maquettes de nu appartenant à la première partie de la carrière de Pradier et qui sont exposées sous vitrine, an musée de Genève. A notre avis, on la retrouve aussi dans la statue de la ville de Strasbourg. Toutefois, nous devons a la vérité de dire que Pradier, lui parlant de la statue, dans une lettre dn >.'> juillet 1838, ne rappelle aucunement qu'elle ail jamais posé, même pour une ébauche de cette œu\ re.
mère, tout en ayant l'air dé les aider et de les protéger l'une et l'autre.
Chez cet artiste, né à Genève, et dont la famille avait été fondée jadis par des réfugiés du Bas-Languedoc, il existait, en effet, un coin de prédicant ; il lui arrivait souvent de ne pas remplir un devoir ; mais il advenait rarement que sa conscienca en fût pas préoccupés. Sa lâcheté faisait suite aux plus belles maximes, son inertie accompagnait les plus nobles scrupules. C'est ainsi que pendant quatre ans, de 1827 à 1831, il ne va pas quitter le souci de procurer à Julienne un établissement. Mais lequel ? Ici commencent les difficultés d'ordre pratique. James Pradier, ancien prix de Rome, chevalier de la Légion d'Honneur, membre de l'Institut, professeur à l'école des Beaux-Arts, ne peut décemment, selon lui, épouser son ancien modèle. Il n'y songe pas un seul instant. Mais comme il tient à faire quelque chose, fût-ce une sottise, il a imaginé d'introduire la jeune femme dans le monde des théâtres et de la pousser sur les planches. Comme il a des relations à Bruxelles, c'est à Bruxelles qu'elle étudiera et débutera ; et comme elle a besoin d'être guidée, renseignée, protégée, il lui écrira presque tous les jours de longues lettres, dans lesquelles la platitude alterne d'ailleurs avec la vulgarité.
Quelle que soit notre répugnance à publier semblable document, il faut que nous donnions ici une de ces Lettres. Par là, et par là seulement, le lecteur connaît.ni les étranges direct ions auxquelles Julienne fut, nu moment, conl rainte de se montrer docile :
JULIENNE GATJVAIN 1 ■">
A Madame Giraudier l pour sa fille Julie.
Poste restante
à Bruxelles.
10 novembre 1828.
Chère Julie,
Je n'ai pas encore écrit à M. Durand. Tu ne me dis pas sous quel nom et avec qui je dois te désigner. Il ne faut pas se tromper dans ces sortes de choses. Il est. je crois, inutile que tu passes pour être mariée, il me semble que cela aute (sic) de l'intérêt car tu sais que malgré l'intérêt qu'une jeune femme inspire, l'homme, lorsqu'il vous aide, espère toujours, il ne faut donc pour de certaines personnes auter cet espoir. Tu m'entends j'espère, je ne veux pas dire que tu combles l'espérance, d'ailleurs tu as assez d'autres jolies qualités pour récompenser ceux qui seront assez nobles pour t'aider. Tu feras bien de faire la connaissance du maître d'orchestre et de m'envoyer son nom pour savoir si quelques gros bonnets le connaissent, car c'est lui qui t'apprendra tes rôles avec le violon. C'esl la coutume en province, le chef d'orchestre est tout quand il vous veut du bien, je le sais par expérience; nous sommes bons amis MM. Chérubini, Lesueur, Boieldieu et Berton : vois si ces messieurs pourraient être utiles plus tard, ils nous serviront pour Eugène cl pour toi. je nie les réserve...
Pais, je t'en prie, usage de pastilles de nient lie. il n'y a que cela qui m'a guéri les nerfs car j'avais «les papitations comme toi et elles sont parties, et les émotions m'étaient t rès i'uncst es. Ainsi t u vois que < u dois en éprouver bientôt .
1 M""- Giraudier était une personne à laquelle le sculpteur ;i\;iii cru devoir confier Julienne; elle passait aux yeux du monde, el quel monde ' pour la mère de la jeune femme Nous n'ai ons pas pu Pidenfifier autrement.
Je t'assure que j'ai guéri Lanvin de la même maladie. Xe crains rien, cela ne fait pas de mal et cela n'échauffe pas comme on dit. Fais aveuglément ce que je te dis et tu t'en trouveras toujours bien. Je ne me sens plus du tout de mes nerfs et aussitôt que je sens quelques petites atteintes je prends une onse (sic) de pastilles et j'en prends sans cesse et après mes repas, d'ailleurs le sucre fait travailler l'estomac. Le chocolat sans pain te ferait aussi du bien et t'engraisserait. Enfin que sais- je ?
Fais mes amitiés à Mme Giraudier que j'oublie quelquefois dans mes lettres, mais mon cœur n'oublie jamais les bonnes actions et les personnes qui te portent intérêt.
Adieu.
Ton dévoué ami,
J. Pradieb.
A des conseils aussi élevés, d'une psychologie aussi pénétrante, il ne manquait plus que de mêler le bon Dieu, la morale, voire même l'esthétique. Praciier ne s'en est pas privé. Dès le jour suivant, il écrit :
1 1 novembre 1828.
.1 Madame Giraudier pour sa fille Juliette.
Poste restante
à Bruxelles .
Chère amie, Ta Lettre me console et commence à me donner l'espoir que tu es changée: j'en rend grâces à Dieu. Tu vas trouver h, récompense de tes peines et de ta conversion. La persévérance conduil ;iu luit celui qui ne la néglige pas ; mais heureux '«lui qui entre dans lu route du bien ; avec elle [sic) il Burmonte tous Les obstacles, sois-en sûr (sic).
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Et la correspondance continue ainsi, abondante et vide, interminable et niaise, rebutant mélange de fauxfuyants, de vantardise et de prêchi-prêcha. Julienne montre-t-elle de l'éloignement pour le Vaudeville % Pradier proclame ce genre le plus charmant du monde, et le met fort au-dessus de la tragédie, qui en est, dit-il, le plus ennuyeux et le plus froid. Julienne se plaintelle de n'avoir qu'une robe % Pradier lui oppose que seules, les « routinières du théâtre » en possèdent davantage. Julienne, enfin, hasarde-t-elle une timide demande d'argent % Pradier répond qu'il en est démuni et lui offre un livre de romances, illustré par ses soins.
Il fallait pourtant vivre. La pauvre fille ayant engagé au Mont-de-Piété de Bruxelles tout ce qu'elle possédait, écrivait avec mélancolie : « C'est là le seul engagement que mes talents m'aient valu ». Et peutêtre allait-elle prendre quelque parti désespéré, lorsque le hasard la mit sur le chemin de Félix Harel.
Encore qu'il fût alors bonapartiste impénitent, et, à ce titre, conspirateur par état, on peut dire de Harel qu'il apparaît avant tout comme un homme de théâtre : au travers des préoccupations pour la chose publique, qu'il affiche de temps en temps, on discerne ses préférences pour les choses de la scène ; il avait d'ailleurs le sentiment très net qu'une intime alliance a toujours uni la politique et les coulisses, les corps législatifs... et les corps de ballet, et quels que fussent ses avatars, qu'il devînt pamphlétaire, financier ou préfet, qu'il fût en place ou qu'il l'ut en fuite, il gardait toujours un pied dans quelque entreprise dramatique, eu qualité <!<• directeur, »1<- régisseur ou de con-
seiller intime. Dans le temps qu'il rencontra Julienne, il remplissait justement ce dernier rôle auprès des artistes du théâtre royal de Bruxelles ; il leur présenta la jeune femme. Sans autre apprentissage que celui dont nous avons vu Pradier diriger de loin l'organisation, et sans autres détails, nous savons qu'elle débuta, à Bruxelles, au commencement de l'année 1829, exactement vers le 17 février.
A cette date, en effet, elle mande à Pradier que ses débuts furent heureux et que la presse bruxelloise s'est montrée favorable. Et lui aussitôt de remercier la Providence, et de conclure que Julienne peut désormais vivre de son talent :
« N'as-tu pas à cela un plaisir bien doux ! lui écrit-il. N'as-tu pas un poids de moins sur le cœur, toi qui as l'âme élevée ? Comme il est bon, ce pain que l'on a gagné aussi honorablement ; pour moi, je trouve que toutes tes fautes sont réparées par la peine que tu te donnes ; ta persévérance sera récompensée ; n'en doute pas, travaille toujours ; d'ailleurs on n'a pas le temps de trouver la vie longue, quand on s'occupe honorablement, l'étude a plus de fleurs que d'épines. »
Ayant ainsi parlé, l'artiste retournait à ses affaires el a ses plaisirs, non sans avoir exhorté .Julienne à demeurer en Belgique le plus longtemps qu'elle pourrail. Il n'ignorait point, en effet, le désir passionné OÙ était la jeune femme dé revoir el d'embrasser leur petite fille. Mais il craignait qu'elle ne retrouvât pas ;i Paris l'engagemenl dont elle vivait à Bruxelles, qu'elle retombât , au moins moralement a sa charge, et, multipliant les avis précautionneux, les conseils de
Juliette Drouet en 1832
D'après une statuette de Chaponnière, appartenant
à M. Daniel Baud-Bovy.
prudence, il la suppliait, comme il dit, de ne pas lâcher le certain pour l'incertain.
Eien n'y fit; Julienne, ainsi qu'elle le racontait plus tard, eût plutôt couvert à pied la traite qui la séparait de son enfant. Les événements de 1829 lui épargnèrent cette peine, Une certaine fermentation s'étant manifestée, le gouvernement de Charles X venait, en effet, de montrer des intentions libérales. Entre autres exilés politiques, il laissa rentrer Félix Harel, et avec lui, son illustre maîtresse, Mlle George. Julienne partagea leur sort. Elle les suivit tous les deux, non seulement jusqu'à Paris, mais jusqu'à ce théâtre de la Porte Saint-Martin, dont Harel devait faire rapidement le boulevard du romantisme. Et le 27 février 1830, elle débuta, sur cette scène, dans le rôle d'Emma, de V Homme du monde, drame d'Ancelot et Saintine. Puis, elle émigra presque aussitôt vers l'Odéon ; Harel venait d'en prendre la direction, sans abandonner d'ailleurs la Porte Saint-Martin. Elle joua là, dans le Moine de Fontan (28 mai 1831), le Jeune 'prince, de Merrille (7 juillet 1831), V Homme au 'masque de fer, d'Arnould et Fournier (3 août 1831), Catherine II d'Arnould et Lockroy (29 septembre 1831).
Nous verrons plus loin qu'elle était belle, mais le moment semble ici venu de nous demander si elle avait du talent. On l'a nié souvent, on a insinué qu'elle dut uniquement ses succès à sa très jolie figure, à la pureté et à l'élégance de ses formes. On a fait tout le possible pour la rapprocher de ces cabotines d'un jour qui gagnent les applaudissements et le succès par la seule exhibition de leurs charmes.
La vérité parait être que « la belle Juliette », comme on l'appelait déjà, déploya sur le théâtre un mérite des plus distingués. Mais la vérité est aussi, qu'à la distance où nous sommes, on peut très difficilement imaginer et définir la nature et les caractéristiques de ce mérite. D'une part, en effet, il n'advint jamais à Juliette de jouer un rôle très important, qui soit devenu classique, et d'après lequel on essayerait de se figurer les qualités de l'interprète : dans la troupe de Harel, les rôles de premier plan étaient tous accaparés, ainsi qu'il convenait, parMlle George ou Mme Dorval. D'autre part, presque toutes les œuvres dans lesquelles Juliette a paru sont aujourd'hui des œuvres surannées, quelquefois parfaitement ridicules, et «lesquelles nous avons peine à concevoir même qu'on ait pu les jouer ; lisez plutôt cette analyse du Moine, de lAmtan, qui marqua un des succès relatifs de «la belle Juliette » :
« L'inflexible moine Ambrosio n'est plus le même, depuis qu'il a vu la charmante Antonia ; Mathilde, sa maîtresse, son génie malfaisant, promet de lui faire posséder celle qu'il aime ; elle invoque Satan, qui entre avec accompagnement de flammes de bengale et de coups de tam-tam ; Satan est orné de griffes cl de cornes, comme dans les Contes de la mère VOye. 11 tire de son pourpoint rouge, un parchemin rouge, sur Lequel il inscrit le pacte fatal que signe Ambrosio. Le moine s'introduit alors chez Antonia, pendant son sommeil, L'enlève, et tue le frère de la belle. A l'acte suivant, Ambrosio paraît, dans un palais splendide ; une foule de seigneurs et de femmes encombrent les
salons. 11 est à table, et chante une chanson triste, il n'a pas le cœur à la joie. Ces gentilshommes, ces nobles dames, ce cardinal en robe rouge qui viennent s'incliner devant lui, sont autant de diables qui se moquent de sa puissance. L'heure fatale a sonné. Satan vient réclamer sa proie. Duel entre le moine et Satan. »
C'est à ce coup seulement que le public commença de siffler. Convenons qu'il montrait de la patience presqu'autant qu'il en montre aujourd'hui. Mais convenons aussi qu'il serait injurieux pour elle de nous figurer Juliette d'après les qualités exigées par le rôle de la belle Antonia.
Mieux vaut donc nous en tenir une fois de plus aux lettres de Pradier, et rechercher quels étaient les dons naturels qui avaient pu inspirer à cet artiste l'idée de faire de sa maîtresse une actrice, voire même une tragédienne.
Pradier considérait donc Juliette comme très bien dotée par la nature au point de vue du sentiment, de l'intelligence, et même de la voix. Mais il lui reprochait un défaut qui est proprement la timidité, le manque de confiance et d'assurance, tout ce qu'il faut au théâtre pour manquer généralement les entrées et se couvrir de honte dans les sorties. Il croyait encore bon de lui rappeler, qu'une fois en scène, et le premier moment de frayeur passé, elle jouait trop son rôle, et ne le vivait pas assez, oubliant de parler aux spectateurs, pour ne s'adresser qu'aux coulisses, négligeant de varier les gestes, les intonations et les poses.
« Tu as de l'esprit, lui écrit-il, au mois de janvier 1829, il est juste, sois donc observateur (sic) de la
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belle nature, et ton jeu sera vrai ; il sera aussi toujours nouveau. Car chaque sujet que tu auras à représenter, doit présenter un caractère particulier. Prendsy garde, sache mettre des nuances à tes rôles, et tu auras du talent. Point d'égalité dans le jeu, dans la marche, dans la voix, ni même dans le silence. »
Et un peu plus tard, le 17 février 1829 :
« Il faut chercher de l'expression dans les gestes, ne pas toujours avoir l'air mourante, te servir de tes bras pour la surprise, pour indiquer, ou pour obtenir, ou prendre quelque chose, te rappeler les belles statues, pour l'ajustement du costume et pour le maintien, trouver quelques gestes tels que l'on comprenne sans entendre ta voix. »
Ainsi, de la flamme et de l'intelligence, un organe suffi ant, mais de la timidité, de la maladresse, de la monotonie dans le débit, de l'hésitation dans le geste et dans la démarche, tels paraissent avoir été les qualités et les défauts dramatiques de « la belle Juliette ». Le témoignage de Pradier se trouve d'ailleurs corroboré à ce sujet, par celui de V Artiste. En 1830, cette revue appréciait, comme suit, la nouvelle jeune première de l'Odéon :
« Elle sait tout ce qu'apprennent la nature et l'âme, elle ne sait pas ce qu'enseignent les professeurs du Conservatoire. Souvent elle paraît ignorer combien il faut de pas pour traverser le théâtre, à quelle hauteur précisément, il est permis de lever les bras, comment on doit arranger les cheveux épars et faire certaines transitions. C'est, le cygne qui perce les nuages de son vol rûajesl ueus e1 semble uèné pour marcher sur la terre. »
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Enfin, s'il en est encore besoin, nous pouvons essayer de caractériser le talent dramatique de Juliette, par l'analyse de ses engagements envers Félix Harel1.
Le 7 février 1832, celui-ci passe, en effet, avec sa pensionnaire, un contrat de treize mois, à compter du 1er mars suivant. Il la fait revenir de l'Odéon à la Forte Saint-Martin, et lui promet la modeste somme de 4.000 francs par an, payables par douzièmes. Mais il ne traite pas la jeune femme comme une simple utilité, au contraire. Il exige qu'elle tienne principalement l'emploi de « jeune première » dans la comédie, la tragédie et le drame, qu'elle apprenne, par jour, au moins quarante lignes ou vers des rôles qui lui seront distribués, qu'elle fournisse, à ses frais, tons les habits nécessaires à ses rôles et emplois, qu'elle se trouve à toutes les répétitions et assemblées auxquelles l'administrateur du théâtre la convoquera. Le 13 janvier 1833, tous les deux stipulent que l'engagement sera prorogé, aux mêmes conditions, jusqu'au 1er avril 1834. Entre temps, Juliette continuait d'ailleurs de créer des rôles ; en 1832, celui de Teresa dans la pièce du même nom, qui est d'Alexandre Dumas, et celui de Marie dans Perinet Leclerc, d'Ancelot ; en 1833, le 17 janvier, celui de la marquise, dans la Jeanne Vaubemier, d'Alexandre Dumas.
i ondoil aussi noter que, dans son Courrier des Théâtres, .Charles Maurice, juge très redouté, ne lui fui pas défavorable Le9juillel 1831, n hli accorde du talenl dans Le Jeune Prince; le 30 mai précédent, .1 avaitécril d'elle, à propos de ses débuts à l'Odéon dans Le Moine: „ Le rôle d'Antonia esl mauvais, toujours dans la môme si uation, e sans élan, sans rien de ravorable à l'actrice M'" Juliette ny a pom
déplu, c'étail presque j réussir. Elle imile M Dorval, dont elle a la
voix ft la tenue. »
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Elle menait aussi, il faut bien le dire, la vie ordinaire à un grand nombre de princesses du théâtre. Du boulevard Saint-Denis, où elle habitait, au boulevard du Temple, qui était alors le rendez-vous des élégances et le centre des amusements, il n'y avait pas loin. On la trouvait donc dans tous les coins de cette éternelle fête ; à V Estaminet ronge de VEjn-Scié, au Théâtre historique, au Café des Mousquetaires, aux Funambules, au Petit-Lazari et même au Jardin turc. Sa garde-robe et son trousseau jouissaient d'une certaine renommée ; ses voyages, dont l'un en Italie ', pendant l'hiver de 1832, contribuaient à la mettre en vedette.
Belle comme une déesse, plus enjouée que jamais, le corsage et la lèvre également fleuris, la démarche légère, le bras mollement posé sur celui d'un compagnon de hasard, de l'ardeur plein les yeux — mais peut-être aussi, du désespoir plein le cœur — elle faisait voile vers Cythère, sans regret apparent, sans esprit de retour. Et c'est alors que Victor Hugo eut le succès de la ramener au rivage et de l'y retenir, pour qu'elle devînt l'esclave d'un seul maître, la femme d'un seul amour.
1 Elle fit probablement partie, à Florence, pendant l'hiver is;!2-is^3. de la troupe d'artistes français qu'entretenait, dans un palais de San Dnnalo. le prince russe Demidoff.
Victok Hugo \ ers 1829.
D'après un portrait à l'huile par Gavarni.
(Collection de M. le l)r F. Jousseaume.)