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CHAPITRE X

Les décrets du 26 mai sont, au point de vue architectural et artistique, un non sens ou un acte de vandalisme.

On a renversé les autels de Sainte-Geneviève, brisé les stalles, enlevé les confessionnaux, les bancs, et entassé les chaises dans les greniers ; on a scié la croix placée au dessus du fronton de David d'Angers, et on se dispose à faire disparaître celle qui surmonte le dôme. La profanation est donc complète. Mais c'est en vain qu'en dépouillant la basilique de tous les emblèmes religieux qui l'ornaient, le gouvernement a espéré la dépouiller en même temps de son caractère d'église catholique, et la transformer en temple des grands hommes. L'œuvre de Soufflot ne se prête pas à l'établissement d'une sorte de Walhalla ; c'est au point de vue de la science mathématique de la stabilité des voûtes un pur chef-d'œuvre, qui sera toujours cité comme un modèle dans les écoles, — n'en déplaise aux romantiques; — mais ce chefd'œuvre est fait pour un culte pompeux.

unique, central, vers lequel tout couverge dans l'édifice. Quand on aura, de tous côtés, planté des monuments consacrés à des individualités, et disséminant l'attention, on aura encombré le temple, mais on ne l'aura ni meublé ni garni. L'église formant une croix grecque, comme tout le monde sait, aprotesiédès 1791, et continuerait à protester par le symbolisme chrétien de sa construction, contre le vocable païen dont on voudrait la couvrir.

C'est surtout au point de vue artistique que la désaffectation de Sainte-Geneviève est un non sens. Qu'on se rappelle cette magnifique apothéose de sainte Geneviève, peinte par le baron Gros sur la voùle de la coupole, comme pour faire resplendir au sommet de l'église la figure de celle qui en domine tout l'ensemble. Elle a à ses pieds une brebis, symbole de ses occupations. A sa droite, Glovis élève dans les airs le drapeau de la France ; sainte Clotilde lui montre le livre de l'Evangile : Christi sanctum Evangelium. Plus loin, Charlemagne, dans toute la pompe de la majesté impériale, présente fièrement à la postérité ses deux titres de gloire : capitulaires, université. Au-dessus de saint Louis et de la reine Blanche brille l'oriflamme. Les vertus éclatantes, la

bravoure chevaleresque du monarque se résument dans ces mots écrits sur une tablette : Etablissements de Louis IX. Le roi promoteur de cette œuvre colossale, Louis XVIII, complète ce résumé de nos annales monarchiques. Appuyé sur madame la duchesse d'Angoulême, il élève vers le ciel ses yeux humides de larmes, et contemple les têtes couronnées et radieuses de Louis XVI, de Marie Antoinette, de Madame Elisabeth, qui semblent lui sourire.La couronne royale brille de nouveau sur leurs fronts battus par l'orage ; des palmes glorieuses annoncent qu'ils ont obtenu la récompense des justes dans les cieux.

Il avait été question à plusieurs reprises de faire exécuter à Sainte-Geneviève d'autres travaux, qui, en tempérant la nudité des murailles, devaient compléter la décoration du monument; mais aucun des projets élaborés n'avait pu aboutir. Il était réservé à M. de Ghennevières, directeur des beaux-arts, de reprendre et de réaliser cette grande pensée.

Le 6 mars 1874, dans un remarquable rapport adressé au ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, il lui proposait de confier à quelques-uns de nos peintres et de nos sculpteurs les plus éprouvés la décoration de

la basilique nationale de Sainte-Geneviève, dé coration où la légende de la Patronne de Paris se combinerait avec l'histoire religieuse de la France. Ce rapport fut bientôt suivi d'un second, qui reçut, comme le premier, l'approbation de M. de Fourtou, et les travaux commencèrent sans retard.

Les panneaux supérieurs de la grande nef comprennent les saints illustres qui ont vécu du 1^" au V* siècle, et les panneaux inférieurs des bras de la croix continuent cette succession de personnages, depuis le v® siècle jusqu'à nos jours. Sainte Geneviève apparaît, entre ces deux phases de notre histoire, comme une floraison des premiers siècles chrétiens, et le bon génie dont la douce influence préside aux destinées de la nation française.

Les compositions de l'abside, confiées à M. Hébert, servent de prologue à cette grande histoire. Elles sont exécutées en mosaïque.

Au milieu, dans le haut, debout, le Christ moiitreàTAnge de la France les grandes destinées du peuple dont il lui codifie la garde. De la main droite, il fait un geste qui indique la puissance souveraine; il ordonne, il règne, il soumet: Christus vincit, C/instus régnât, Christus imperat. Ces paroles sont écrites en lettres d'or sur

la bande bleue qui sert de base à la composition.

A côté du Christ, la vierge intercède pour la la France, dans l'attitude des orantes antiques. A gauche,unpeuenarrière, l'Ange de la France, l'épée à la main, regarde l'avenir qui lui est réservé, et attend la réalisation des grandes choses qui lui sont prédites. Près de lui, un genou en terre, se tient sainte Geneviève, vêtue de son costume traditionnel de bergère. La houlette dans la main droite, elle prie pour la ville de Paris, qui est représentée parle symbole connu d'un vaisseau.

Les peintures de la grande nef sontconsacrées exclusivement à sainte Geneviève. Le monument ayant été élevé pour rendre honneur à l'illustre vierge, il était juste de lui réserver dans la basilique qui porte son nom, une place considérable, qui permît de reprt5senter au moins les principales phases de cette vie merveilleuse, oii se rencontre le double caractère du patriotisme et de la sainteté.

A droite, en entrant, quatre peintures fort pâles, ou plutôt volontairement effacées, mais de lignes si pures et d'un si large sentiment religieux, étalent leurs beautés de premier ordre ; elles sont l'œuvre de M. Puvis de Cha-

vannes. L'artiste a illustré la jeunesse et la vie pastorale de sainte Geneviève. Le premier tableau nous montre la jeune Sainte en prière, au pied d'un autel rustique. Au premier plan, un homme et sa compagne regardent avec émotion la piété expansive et profonde de l'enfant. Au fond, une montagne s'étend à perte de vue à travers l'horizon ; sur les flancs, un bœuf, au regard tranquille et doux, trace lentement son sillon. Çà et là, quelques arbres élèvent leurs tiges droites vers le ciel.

A la prière de sainte Geneviève succèdent trois panneaux placés entre les deuxième, troisième et quatrième entre-colonnements, et ne formant qu'un seul et même sujet.

Dans le panneau central, sainte Geneviève enfant est remarquée par saint Germain d'Auxerre,qui la bénit et lui prédit, en présence du peuple pieusement prosterné, les grandes destinées qui seront son partage.

C'est là le point culminant de l'œuvre de M. Puvis de Ghavannes. L'action se déroule entre la Seine et le mont Valérien, au milieu d'une lumière douteuse; ce n'est pas le jour, ce n'est pas encore la nuit, c'est une clarté vague qui convient admirablememeut au sujet. L'artiste ne retrace pas seulement une page d'histoire, il

représente une des œuvres du christianisme et, tout en sacrifiant aux détails, il n'abandonne pas l'idée religieuse qui lui dit : « Qu'importe le milieu, ce n'est pas la chose elle-même que tu reproduis ici, mais son expression ; abandonne donc la lettre et sois tout entier à l'esprit. » Aussi les draperies de ce panneau central ne recouvrent pas des corps, elles cachent des âmes et rappellent ces lignes graves et sévères des figures que l'on voit aux catacombes romaines. Toute cette scène s'abîme dans une tonalité voulue, tonalité terreuse et mystique. Une grande recherche archéologique semble avoir présidé à l'ordonnance de ce tableau, car, au premierplan, on voitdespetites fleurs jaunes et un barrage d'eau, d'une correction tout à fait archaïque. Les figures sont d'une grande pureté de style, surtout celle du pontife saint Germain, de sainte Geneviève et de quelques fidèles abîmés dans la prière et dans l'extase.

Revenons maintenant aux deux panneaux accessoires de la grande scène, dans lesquels l'artiste est tout entier à la vie matérielle, tout entier dans la pensée générale de son œuvre.

Celui de droite, situé dans le deuxième entrecolonnement, nous présente un groupe remarquable de femmes à l'opulente chevelure

rousse, et magnifiquement drapées; elles traient une vache et regardent curieusement le groupe principal du pontife et de sainte Geneviève. Sur le paysage qui s'étend à perte de vue, nous apercevons trois petits enfants qui donnent du grain à des poules ; ils sont d'un dessin charmant et plein de naïveté. Au loin, des pâtres à moitié nus jettent sur le groupe des regards étonnés. Toute la composition de ce panneau est très savante, bien pondérée, et se rattache au sujet principal, par le côté historique et esthétique. Son pendant, situé dans le quatrième entrecolonne ment, est aussi fort beau, et se rapproche davantage de la pensée religieuse que fait naître le sujet principal de l'apôtre et de la Sainte.

Au loin, se déroule toujours la même campagne terreuse; ici, elle est arrosée par la Seine qui passe au premier plan du tableau. Des bateliers robustes manœuvrent une barque à voiles, leurs mucles puissants se découpent en saillies tourmentées sur les plans postérieurs. Ce groupe est d'une allure magnifique, comme mouvement et comme composition.

Au second plan, on voit sortir d'une chaumière rustique quelques personnes qui portent un malade; elles se dirigent vers l'évéque. Ce

sujet est d'une très belle facture. Seulement, comme je l'ai déjà fait remarquer, l'ordonnance de ce tableau et celle de son pendant sortent un peu de l'idée principale de Tœuvre; toutefois, cela est pardonnable : M. Puvis de Ghavannes devait sacrifier à l'esprit et au goût du jour, qui trouverait Augelico da Fiesole, Benozzo Gozzoli et même le Giotto, bien démodés, et cela sans réfléchir que, pour donner un corps artistique à une formule quelconque, il faut remonter à ses sources spirituelles et s'y conformer aveuglément.

Les peintures de la grande nef, à gauche, en entrant dans l'église, sont dues au pinceau de M. Delaunay. Elles représentent sainte Geneviève rendant la confiance et le calme aux Parisiens effrayés de l'approche d'Attila.

Dans le panneau isolé à gauche, Attila à cheval est en marche sur Paris. 11 est suivi de son armée, qui se déploie dans des gorges resserrées, le long desquelles apparaissent des villages incendiés. A ses côtés, des chefs, des soldats sont chargés d'objets provenant du pillage et sonnent de la trompette. Au premier plan, des cadavres.

Le sujet principal comprend les trois entrecolonnements à droite. Dans le panneau cen-

tral, sainte Geneviève, entourée des femmes de Paris, qui se réunissent avec elle pour prier, debout sur les degrés qui conduisent au baptistère de Saint-Jean-Biptiste, cherche à calmer la population saisie d'une indicible épouvante, à la nouvelle de l'approche des Huns. Le langage de la Sainte excite dans la foule des sentiments divers : les uns veulent la lapider, d'autres tiennent des cordes pour la lier et la jeter à la Seine; d'autres enfin préparent un bûcher et attisent le feu pour la brûler comme sorcière.

Le panneau, à gauche, est occupé par différents groupes qui discutent avec animation. Plus loin, des gens, conduisant un chariot rempli d'objets de toute sorte, se disposaient à fuir; ils s'arrêtent aux paroles d'espérance qu'ils viennent d'entendre.

A droite, ceux qui croient à la sainteté de Geneviève et à sa prédiction baisent le bas de sa robe. Dans le lointain, apparaît l'archidiacre Sédulius, envoyépar saint Germain et apportant de sa part des eulogies ou pains bénits, dernier témoignage de son estime que le grand évêque a voulu donner à la Sainte avant de mourir, et qui la protège contre la fureur de ses ennemis.

Les peintures de la nef du fond, à droite, sont l'œuvre de M. J. -P. Laurens. Elles nous font assister aux derniers moments de sainte Geneviève. Cette composition a beaucoup de pittoresque, et aussi, malgré les critiques, peu fondées selon nous, dont elle a été l'objet, un grand caractère de gravité religieuse. Les bras amaigris et les mains décharnées de la Sainte s'étendent sur l'assistance qui l'entoure, dans un double geste plein d'une majestueuse grandeur. Autour d'elle, c'est à qui se haussera pour la voir, pour appeler un de ses regards. Des femmes poussent leurs enfants, dans l'espoir qu'ils pourront toucher, ne fût-ce qu'un bout de drap de la couche funèbre. A droite, des Gaulois, guerriers armés ou paysans vêtus de sayons, s'empressent, et, derrière eux, des moines et toute une foule dans une attitude désespérée. A gauche, un vieillard à barbe blanche, appuyé sur l'épaule d'un jeune garçon, s'avance et cherche à se faire place, comme s'il craignait d'arriver trop tard. La femme assise représente sainte Glotilde, veuve du roi Glovis et unie à sainte Geneviève par les liens de l'amitié la plus étroite. L'expression de toutes ces physionomies est admirable de douleur et presque do crainte^ comme si la sécurité de tous était atta-

chéeàla respiration de ragonisante, dont la face sereine et calme semble sourire à la mort. Enfin, derrière le flot, les derniers de tous, l'un dressant la tète, Pautre abîmée dans la douleur, on remarque un Romain, vêtu de la tunique rouge, dont le visage montre l'homme d'une autre race, et une dame à longue robe blanche, la tête couverte d'un voile noir, qui n'ose lever les yeux et semble se traîner avec peine vers la Sainte expirante.

Auprès du lit de mort de sainte Geneviève, toute la société gallo-romaine est représentée, depuis la misère en haillons jusqu'à l'opulence, rapprochées par un événement qui est un deuil public. Dans cette foule bigarrée, sordide ici, brillante ailleurs, le peintre a dispersé toutes les richesses de sa palette, aussi bien sur les tuniques flottantes et tombantes des femmes du peuple et les sayons des rustres attachés à la glèbe, que sur les vêtements des dignitaires ecclésiastiques et les costumes des guerriers. C'est une grande et belle page des vieilles chroniques aperçue à travers les siècles, et rendue au point de donner l'impression de la réalité à ceux qui se plaisent dans l'étude de nos origines nationales. On ne peut s'empêcher de ressentir une émotion profonde, en présence de cette

mourante, autour de laquelle tout un peuple se range plein de respect. On partage l'angoisse de ces poitrines haletantes, contractées sous l'empire d'un sentiment de frayeur et de la prescience des calamités, que l'absence de la sauvegarde réserve à l'avenir.

Dans le panneau isolé à droite, l'artiste a placé la scène des funérailles. C'est l'apothéose de la Sainte qui commence. Un ange plein de majesté apparaît au-dessus du corps de Geneviève, qui repose encore sur la couche funèbre; on voit bouillonner l'huile de la lampe allumée pour ses funérailles, huile miraculeuse qui ne s'épuisera pas, et dont on se servira pour guérir les malades.

Les peintures de la chapelle de Sainte-Geneviève, à droite et à gauche, derrière l'autel, sont l'œuvre de M. Maillot; elles représentent à droite le mal des Ardents; à gauche, l'une des plus célèbres processions de la châsse de sainte Geneviève, pour obtenir la cessation des pluies, le 12 janvier 1496.

Les détails de ce dernier sujet ont été puisés dans les manuscrits de la bibliothèque de Sainte- Geneviève. La scène se passe au bas de la montagne, oii se trouve aujourd'hui le marché de la place Maubert. L'artiste a repré-

sente les bourgeois de Paris à qui avait été dévolu le droit de porter la châsse de la Sainte, en chemise, couronnés de fleurs et de feuillage. L'évêque, en mitre dorée, est à gauche de l'abbé de Sainte-Geneviève, en mitre blanche. Puis, viennent le lieutenant civil et le lieutenant militaire ; le prévôt des marchands, le prévôt de Paris, magistrat à la fois civil et mihtaire, représentant le roi; le capitaine des gardes suisses marchant devant la châsse, à côté d'un chanoine de Notre-Dame, etc.. La procession, comme l'indique un extrait des registres du Parlement relatif à la cérémonie, se termine par les tambourins du roi, fanfares, fifres et trompettes. Erasme, malade de la fièvre, y assistait ; dans la composition, on le reconnaît immédiatement au premier plan.

Les sculpteurs les plus éminents ont aussi exécuié, ou sont en train d'exécuter autant de chefs-d'œuvre se rapportant à la vie de la Patronne de Paris.

Dans une composition énergique et ôère, placée sous le portail de Sainte-Geneviève, M. Maindron a représenté Attila et Geneviève, le farouche vaincu et la bergère triomphante, la force et la grâce, le démon et l'ange I L'œuvre entière respire la confiance, la grandeur, l'en-

thousiasme, l'émotion. Le spectateur voit la Sainte de face ; elle regarde le ciel ; son bras reporté en arrière arrête celui du Hun, qui remet au fourreau son glaive à demi tiré et jette sur la vierge un coup d'œil plutôt surpris qu'ému.

Une statue représentant sainte Geneviève occupera la place d'honneur dans la chapelle de ce nom. Elle a été confiée à M. E. Guillaume. L'auteur est sorti de la tradition qui nous représente d'ordinaire sainte Geneviève dans les premières années de sa vie. C'était la vierge de Nanterre, toute jeune encore, c'était la fille de Sévère et de Géronce à peine sortie de l'adolescence, que les statuaires avaient offerte jusqu'ici à nos regards. M. Guillaume nous représente la Patronne de Paris sous les traits d'une femme dans la maturité de l'âge. Elle porte le long manteau à capuchon des paysannes des environs de Paris. Dans sa main droite, la naufe parisienne. De la main gauche, elle tient un bâton pastoral. Ce caractère d'autorité imprimé à la statue, sans altérer l'expression de mansuétude que la physionomie de la Sainte conserva toujours, accuse nettement la puissante et salutaire iofluence dont ses vertus la firent jouir auprès de tous.

Au pilier du dôme faisant face à l'entrée, du côté droit, est un groupe par M. L. Chapu, qui représente saint Germain donnant à sainte Genevière une pièce de monnaie de cuivre, sur laquelle est empreinte la figure de la croix. L'évéque tient la main droite appuyée sur la tête de l'enfant ; de l'autre main, il donne à Geneviève la médaille qu'il vient de ramasser. L'humble vierge (elle n'a que sept ans encore), confuse de l'intérêt que lui témoigne un si grand pontife, avance timidement les deux mains pour recevoir le don qui lui est offert. L'intérêt de ce groupe existe surtout dans l'opposition des deux figures : d'un côté, l'évêque en mitre, tête intelligente et austère, d'une vigueur contenue et sereine ; de l'autre, la sainte enfant, modestement vêtue, à l'air candide, à l'attitude simple et gracieuse, ayant déjà je ne sais quoi de grave et d'inspiré dans toute sa personne.

Lorsque l'homme veut exprimer l'enthousiasme qu'il ressent, non seulement il écrit, il chante et il peint, mais il fait parler les êtres inanimés qui l'entourent ; et non seulement le marbre, le bronze, la faïence, mais les tapisseries sorties de ses mains partagent son eothousiasme.

La manufacture des Gobelins exécute maintenant une tapisserie destinée à la chapelle Sainte-Geneviève. Elle a 9 m. 39 de haut sur 3 m. 81 de large, et affecte le style Louis XV, relevé toutefois par les éléments plus vigoureux du style Louis XIII.

L'ornementation s'enlève en clair sur un fond pourpre chaud. La bordure avec le même fond offre un quadrille, rehaussé en clair, avec des rosaces intercalaires.

Le motif supérieur de la tapisserie représente la médaille de bronze donnée par saint Germain à Geneviève enfant. Des guirlandes de fleurs et de feuillages partent de ce point pour se dérouler et s'attacher à la bordure; elles forment dais et couronnent le motif principal, qui est conçu dans l'esprit des grands motifs d'armes de France, avec pavillons et tenants, connus sous le nom de « grandes chancelleries ». L'éca des armes de la ville, dont sainte Geneviève est la Patronne, occupe le milieu d'un cartouche bouclier aux écailles d'or.

Un agneau, entouré de gerbes et de fleurs des champs, repose sur un lambrequin vert, agrémenté d'or, et occupe la place d'honneur. De chaque côté du cartouche et sortant de gaines attenantes, sont représentés en gris ca-

maïeti : le Courage civique, symbolisé par un Frank chevelu qui tient la framée et le casque ailé ; la Bienfaisance sous les traits d'une jeune femme voilée, distribuant des pains aux pauvres. En bas du cartouche, sur un volume déployé et volant, la devise Pro Patria. Au-dessous, un lion de face, aux ailes étendues, symbole de la Force. Sa queue double donne naissance à de gigantesques anneaux coloriés qui, en se déroulant, forment l'ornementation principale.

La tapisserie est terminée par une large bordure, formée de guirlandes et de feuilles de chêne (1).

Et c'est le moment où l'église Sainte-Geneviève se remplit de chefs-d'œuvre qui immortaliseront le nom de leurs auteurs, où les murs sont déjà tout tapissés de peintures reproduisant les actes les plus éclatants de la Patronne de Paris, c'est ce moment qu'on a choisi pour la chasser de son temple, en bannir son nom, son histoire, son culte.

« Mais, s'écriait déjà en 1881 l'éloquent évêque d'Angers^ c'est un non sens que vous nous proposez. Vous venez trop tard, il y a dix

(1) Voir notre Sainte Geneviève.

ans qu'il fallait prendre cette mesure, avant fout ce grand travail qui sera l'une des gloires de l'art français.

« Car enfin de deux choses l'une : ou vous laisserez subsister dans l'enceinte du temple cette magnifique glorification de sainte Geneviève par les merveilles de la palette et du ciseau, et alors, pour me servir d'une expression bien connue, les murs même prendraient la parole pour protester contre la désaffectation que vous auriez décidée; ou bien vous feriez disparaître ce poème de la religion écrit sur la pierre par la main du génie ; et dans ce cas vous commettrez un acte de vandalisme qui n'aura eu son égal que le 21 novembre 1793, jour où la Commune de Paris faisait brûler en place de Grève la plus grande partie des reliques de la Sainte, s'imaginant follement qu'on détruirait par la violence les grandes mémoires auxquelles Dieu et les hommes ont décerné les . honneurs de l'immortalité. »

Et cependant telle est la proposition qui vient d'être faite au conseil municipal. Dès le 5 juin, M. Guichard déposait le projet de vœu suivant: a Le conseil émet le vœu que l'Etat restitue à

(1) Discours de^Mgr Freppel à' la Chambre des députés.

M. Ghenavard le soin de décorer le Panthéon, soin qui lui avait été retiré par l'auteur du coup d'Etat de décembre, malgré l'avancement de ces travaux, et qu'au besoin il soit donné une autre destination aux œuvres d'art qui existent au Panthéon, et qui ne répondent pas à l'esprit de sa nouvelle destination, d

M. Guichard connaît-il le projet de M. Ghenavard ? Cet artiste, qui est un homme de valeur, avait été chargé, après la révolution de Février, de dérouler sur les vastes murs V histoire pittoresque de l'humanité depuis le commencement du monde jusqu^à la Révolution française. Mais il n'avait pas conçu l'histoire de l'humanité, comme la rêve un élu de la ville de Paris, en l'an 1885. Il n'en bannissait ni la religion, ni les hommes d'église, ni l'ancienne France. On y voyait le déluge, Moïse recevant le décalogue, la naissance de Jésus-Ghrist, saint Jérôme au désert, le couronnement de saint Grégoire VII. Alexandre, Gésar, Charlemagne, Napoléon y avaient leur place.

Le conseil municipal acceptera-t-il ce plan gigantesque et admettra-t-il au Panthéon tous ces grands hommes?

Protestations des catholiques contre les décrets du 26 mai, et réparations.

Les protestations se sont élevées de toutes parts^ dès qu'on a connu le décret qui a chassé de son église la sainte Patronne de Paris.

A l'Assemblée générale des catholiques, dés le mardi 26 mai, M. Ghesnelong, annonçant à l'auditoire le décret de désaffectation, s'est écrié :

a Dans cette église où, ce matin encore, Dieu est descendu sur l'autel à la voix du prêtre consécrateur, on verra se produire, dans quatre ou cinq jours, les pompes officielles d'un enterrement civil! Eh bien! Messieurs, je ne puis retenir ici le cri de protestation qui s'échappe de mon âme. Je proteste...

« Je proteste contre cette profanation du Dieu de l'Eucharistie et de son temple. Je proteste contre cet outrage qui est fait à la foi de trente-cinq millions de catholiques, et je vous remercie de vous associer à ma protestation. Oui, je proteste ; car, il y a dans la protesta-

tion, même lorsqu'elle ne peut rien dans le présent, une force vengeresse qui sauve l'honneur et est comme un appel à l'avenir.

« Devant un pareil acte, si je n'avais pas été l'écho de vos consciences, il me semble que notre silence à tous nous aurait pesé comme une abdication de l'honneur chrétien. »

Dans la séance du 29 mai, le lendemain du jour où le décret avait reçu son exécution, le même orateur lisait la protestation suivante :

« L'Assemblée générale des catholiques proteste contre l'injure faite à Dieu, à sainte Geneviève, Patronne de Paris, à la France catholique; par le décret sacrilège et audacieusement arbitraire du 27 mai 188S, qui a enlevé à l'église Sainte-Geneviève sa destination première et sacrée, pour; en faire le temple des idoles républicaines.

« Lorsque nos maîtres semblent croire que le moment est venu de réveiller les plus tristes souvenirs de notre histoire révolutionnaire et de reprendre ces sinistres errements qui, en 1793, commencèrent par la profanation de nos églises et aboutirent à l'apolhéose de Marat, nous tenons à affirmer par cette protestation, au nom de nos consciences révoltées, que le pays, outragé dans ses droits les plus invio-

labiés et dans ses sentiments les plus chers, se doit à lui-même de faire entendre sa voix et de revendiquer le respect de la foi et de la liberté. »

Cette lecture a été accueillie par des marques unanimes d'adhésion. Tous les assistants ont tenu à opposer leurs signatures au bas du document qui précède.

Les plaintes des catholiques ont été portées à la Chambre des députés par M. le comte de Mun. Dans la séance du 28 mai, le vaillant député de Pontivy a pris la parole avec une force, une ampleur, une éloquence, dont les chrétiens de Paris sont légitimement fiers.

Deux jours après, MM. de Ravignan, Lucien Brun et Fresneau ont soumis au Sénat un ordre du jour, pour blâmer la désaffectation de l'église patronale. Les arguments les plus solides, la discassion la plus courtoise, la parole la plus vivante n'ont pas ému le grand Conseil des communes de France, mais ils trouveront un écho prolongé jusqu'au fond de la dernière de nos bourgades. Il faut que tous ceux que révoltent les décrets monstrueux du 26 mai, et ils sont innombrables, adhèrent aux revendications dont l'Assemblée des catholiques et les Chambres ont déjà retenti.

Ils ont été, tout d'abord, précédés dans cette voie si légitime par ceux que la Providence a préposés à la défense des droits les plus sacrés de la conscience.

Aussitôt après la consommation du sacrilège, S. Em. le cardinal archevêque de Paris a écrit à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes la lettre suivante, énergique parole d'une âme d'évêque qui, malgré les longues années et la maladie, garde toute sa vigueur pour défendre les choses saintes :

Lettre de S. Em. le cardinal Guibert à M. le ministre de l'instruction 'publique et des cultes, au sujet de la désaffectation du Panthéon.

Paris, le 29 mai 1885.

Monsieur le ministre,

J'ai reçu la lettre, datée du 27 mai, par laquelle vous m'adressez une ampliation du décret du 26 mai qui enlève au culte catholique l'église de Sainte-Geneviève,

Il y a quatre ans déjà, une proposition de loi ayant le même objet et émanant de l'initiative parlementaire avait été déposée à la Chambre des députés, qui la vota plus tard. Avant ce vote, j'avais écrit à l'un de vos prédécesseurs, en date 28 février 1881, une lettre qui n'a pas été publiée

jusqu'ici. La loi n'avait pas été adoptée par le Sénat, et j'estime que les conflits de l'autorité ecclésiastique avec les pouvoirs publics doivent toujours être évités, lorsque la conscience le permet.

Aujourd'hui, je ne peux plus m'adresser au gouvernement pour détourner la mesure, car c'est le gouvernement qui en prend l'initiative. En 1881, une loi lui paraissait nécessaire ; elle ne fut pas votée. A présent on s'en passe^ et l'on y supplée par un décret. De même, quand un de vos prédécesseurs proposait son fameux article 7^ il pensait que la loi seule pouvait enlever aux religieux l'usage de leurs droits de citoyens; l'article 7 rejeté, des décrets ont paru suffisants pour édicter des proscriptions jugées la veille encore illégales. Ce procédé devient donc un système, devant lequel aucun droit acquis n'est plus en sûreté. Je ne crois pas que ce soit, pour les gouvernements qui l'emploient, un moyen de conquérir le respect et la confiance.

Vous désaff'ectez' donc, Monsieur le ministre, l'église patronale de Sainte-Geneviève. Toutes les objections de droit, toutes les considérations morales qu'on peut opposer à ce décret et à l'exposé des motifs qui l'accompagne, se trouvent consignés dans ma lettre de 1881. Je vous envoie cette lettre, et je la livre à la publicité afin que mes diocésains sachent que j'ai fait mon devoir.

Devant l'acte de violence que vous m'annoncez, je n'ai plus qu'une obligation à remplir : protester de toutes les forces de mon âme attristée, de ma conscience révoltée, contre un coup de force accompli, comme en 1830, sous la pression de l'émeute,et qui mériterait plutôt d'être appelé un acte de faiblesse, selon l'bumble aveu que M. Guizot en fait dans ses mémoires.

Je proteste au nom de la vérité des faits : car vous parlez de rendre le Panthéon à sa destination primitive, quand les illettrés ignorants de l'histoire d'hier sont seuls à ne pas savoir que ce temple votif fut destiné par son royal fondateur à remplacer l'antique sanctuaire, dédié depuis douze siècles à la Patronne de Paris.

Je proteste au nom du droit public : car vous parlez de rendre ce monument à sa destination légale, alors qu'un autre acte, vraiment législatif, le décret de 1806 l'a restitué au culte et n'a pu être révoqué légalement par l'ordonnance de 1830, il" légale comme le récent décret et annulée vingtdeux ans après.

Je proteste au nom du concordat : car vous portez atteinte au culte cathoHque, dont cette convention garantit la liberté et la publicité ; au nom surtout de l'art. 12 qui est ainsi conçu : « Toutes les églises métropolitaines, cathédrales, paroissiales et autres non aliénées, nécessaires au culte, seront remises à la disposition des évéques. d Vous dites,

Monsieur le ministre, que l'Etat peut disposer de l'église Sainte-Geneviève, parce qu'elle n'est ni une cathédrale, ni une paroisse. Pour être d'accord avec le concordat, il faudrait prouver en outre qu'elle n'est pas nécessaire au culte. Eh bien! demandez à l'Eglise catholique si, dans tous les temps et dans tous les pays, elle ne juge pas nécessaire de consacrer aux grands souvenirs, à ceux surtout qui tiennent aux origines, des sanctuaires particuliers objets de vénération et foyers de prières. Demandez au peuple de Paris s'il juge inutile à sa piété la conservation du sanctuaire de sa Patronne.

Je proteste au nom de la conscience chrétienne, qui se sent outragée quand la sépulture d'un poète illustre, mais qui a refusé la prière de l'Eglise, sert de motif à la profanation d'un temple; quand, pour enterrer un mort étranger à nos croyances, on chasse de sa demeure sacrée le Dieu que nous adorons.

Je proteste, le dirai-je? au nom même de celui que vous voulez honorer, car il croyait à l'immortalité de l'âme et à Dieu ; il n'a pu vouloir que ses obsèques dégénérassent en un acte d'impiété publique. Il a connu, il a compris la majesté de nos temples, la sainteté de notre culte. Ah! je plains son âme, qui devra souffrir quand, sur le parvis d'un sanctuaire violé, sa dépouille rencontrera les restes vénérables de celle que Paris invoquait au-

trefois dans sa détresse, et dont on ne sait même plus respecter le tombeau.

En lisant cette protestation, ceux qui approuvent la conduite du gouvernement trouveront sans doute, que ce sont des paroles vaines. Je reconnais que nous ne disposons d'aucun moyen pour empêcher l'exécution de vos décrets. Mais, à défaut de croyances plus hautes, l'histoire devrait apprendre aux adorateurs du fait accompli que la justice a des reprises qui, pour être tardives, ne sont pas moins redoutables. Dès à présent, il n'est pas difficile de prévoir les conséquences de cette politique qui livre une à une les institutions les plus respectables pour donner satisfaction aux exigences toujours croissantes de l'esprit de désordre. Tout sera emporté, la fortune publique et privée, l'ordre de la rue. la sécurité des personnes. On aura sacrifié gratuitement ce qu'il fallait défendre ; on ne sauvera pas ce qu'on voulait conserver.

Ce Panthéon, d'où l'on exclut Dieu et les saints pour y enterrer les grands hommes, verra d'autres obsèques encore, et de telle nature peut-être que les familles des futurs grands hommes voudront décliner l'honneur d'une pareille sépulture. Ce régime politique, qui promettait la liberté pour tous, verra de tels excès, que son nom seul deviendra synonyme de tyrannie et de licence.

Si c'est là ce que veulent ses amis, ils n'ont qu'à persévérer dans la voie où ils marchent depuis six

ans, et dans laquelle la profanation de l'église Sainte-Geneviève leur fait faire un pas décisif.

Veuillez agréer, Monsieur le ministre, l'assurance de ma haute considération.

f Hipp., cardinal Guibert, archevêque de Paris.

Le sens élevé de cette protestation a échappé à M. le ministre de l'instruction publique, qui s'est oublié au point de faire la réponse suivante à Son Eminence :

Monsieur l'archevêque,

Vous m'avez adressé une protestation qui^ dans la forme comme dans le fond, dépasse absolument votre droit. Je puis comprendre dans une certaine mesure l'émotion que vous cause la décision prise à l'égard du Panthéon, bien que la légalité n'en soit pas contestable, et que l'édifice qu'elle concerne n'ait jamais été en réalité considéré comme une église nécessaire aux besoins du culte.

Mais le sentiment que vous avez pu éprouver ne saurait excuser des écarts de langage aussi contraires au caractère de votre haute fonction qu'à vos devoirs envers le gouvernement, et ne vous autorisait à aucun degré à discuter ses actes et sa politique générale.

Une semblable attitude n'est assurément pas de

nature à pacifier les rapports entre l'Etat et l'Église, je le regrette pour ma part. Il vous appartient d'apprécier si vous servez utilement ainsi les intérêts que vous voulez défendre.

Recevez, monsieur l'archevêque, l'assurance de ma haute considération.

Le ministre de V instruction pullique^ des deaux-arts et des cultes.

René Goblet.

Il ne m'appartient pas d'apprécier comme il convient un pareil document. Je laisse ce soin à un diocésain de Son Eminence, qui, dans un article intitulé : Parallèle, a dignement réparé l'outrage fait à son archevêque.

« La lettre de M. Goblet, qui montre exactement jusqu'où, sous l'empire des passions républicaines, se sont abaissées nos mœurs publiques, pourrait être caractérisée d'un mot : c'est un outrage. Mais cette première impression vaincue, l'impression de dégoût que fait monter du cœur aux lèvres de tout homme l'attentat brutal d'un ministre mal instruit des devoirs que lui crée sa situation, les honnêtes gens peuvent trouver, comme nous, un certain profil à analyser cettelettre, à toucher du doigt les inconséquences et les inconvenances qu'elle ren-

ferme. Examinons donc l'an après l'autre lesallégations de M. Goblet, et, après les avoir commentées comme elles le méritent, dégageons de l'incident les conclusions qui en découlent.

« M. Goblet commence par déclarer que « dans la forme, comme dans le fond », la protestation qu'il a reçue dépasse le droit de l'archevêque. Cette assertion, si elle était fondée, légitimerait évidemment la colère de M. Goblet. Il eût donc convenu que le ministre prouvât que, " dans le fond comme dans la forme », le cardinal n'avait pas le droit de protester comme il l'a fait. Or, c'est une démonstration dans laquelle il se garde bien de s'engager. L'aventure lui paraît trop périlleuse, et c'est en cela qu'il montre que, chez lui, l'irritation n'est pas inséparable de la prudence. En fait, la protestation de l'archevêque était inattaquable aussi bien dans la forme que dans le fond. Elle n'avait revêtu, il convient de le constater, aucune forme personnelle ; elle ne mettait en jeu, elle n'attaquait aucune individualité, elle s'élevait contre une politique que tout citoyen peut ap* précierà sa guise et que le devoir d'un évêque est de qualifier plus sévèrement que tout autre citoyen. Ce n'était pas M. Goblet, ni M. Grévy, ni M. Sadi Garnot, tous signataires du décret de

désaffectation, qui y étaient visés : c'était un système. Et, quant au fond, cette protestation traitait de questions de politique religieuse qui relevaient, au premier chef, de la compétence et de la juridiction de l'archevêque. L'assertion de M. Goblet ne se justifie donc à aucun titre, et à quelque point de vue d'ailleurs que l'on se place pour l'envisager. C'est donc le ministre qui est entré le premier dans la voie des personnalités outrageantes ; qui, au lieu de réfuter, a injurié; qui, au lieu de viser le raisonnement et le système, a visé l'individu.

« M. Goblet néanmoins poursuit en affirmant que « la légalité du décret n'est pas contes- « table )).

« Or, c'est précisément cette légalité que l'archevêque de Paris contestait. Le ministre avait un moyen bien simple de clore le débat : c'était de démontrer juridiquement la vanité de la protestation, c'était encore de prouver que le décret était bien réellement légal. Cette fois il était sur souterrain, car il est juriste, et la question était une pure question de droit. Il n'a pas plus tenté cette démonstration qu'il n'avait tenté la première. C'est donc une opinion purement personnelle, purement instinctive et empirique, si nous pouvons ainsi parler, qu'il

oppose, sur ce point comme sur l'autre, à l'opinion de Mgr l'archevêque de Paris.

« Et que fait-on lorsque deux personnages quelconques émettent des assertions radicalement contradictoires et absolument inconciliables? On cherche quel est celui des deux dont le caractère moral, dont les antécédents, dont la vertu inspirent le plus de confiance. Cela nous conduit à demander à tous les hommes de bon sens que vaut, que pèse, que signifie l'individualité de M.Goblet en regard de celle du cardinal Guibert.En vérité, le parai- . lèle est instructif et concluant.

<( D'un côté, un vieillard^ qui parle sur le bord de sa tombe ; qui, depuis soixante années, s'est voué à la pratique de toutes les vertus sacerdotales ; qui, revêtu delà pourpre, s'impose volontairement une quasi-misère ; qui, dans sa vie dominée par l'esprit de charité, a secouru des légions de malheureux, soutenu des miUiers d'œuvres utiles, et qui ne demande plus rien que de mourir eu confessant sa foi. De l'autre, M. Goblet. Et qui est M. Goblet ? C'est un petit avocat d'Amiens, poussé très avant dans les intrigues républicaines et installé par leurs hasards de ministère en ministère ; paraissant apte à tout parce qu'il est prêt à tout ; bonne à

tout faire d'une faction, qui ne rendra jamais le tablier par scrupule ; ambitieux qui ne se gouverne que par ses intérêts, et qui, servant les passions des foules avec l'empressement soumis que d'autres mettent à servir les caprices des grands, tente de se faire pardonner sa médiocrité par le cynisme de son inconscience.

« Est-ce que M. Goblet a jamais traité une question de morale ou une question de convenances sociales avec un éclat qui le revête, en ces matières, d'une compétence et par conséquent d'une autorité quelconques? Est-ce que, sans le concours des circonstances, véritablement uniques dans notre histoire, qui ont porté au pouvoir la. mêdiocratie jacobine, la notoriété de M. Goblet qui commençait à vagir lorsque Mgr Guibert avait déjà coiffé la mitre, dépasserait l'enceinte d'un prétoire de province?

« Quelle qualité donc M. Goblet a-t-il pour admonester Mgr Guibert, pour lui dire qu'il manque à ses devoirs d'évêque? Qu'y a-t-il d'égal ou seulement de commun entre ces deux hommes, entre ce cardinal que l'Eglise vénérera peut-être comme un saint, et cet avocat subalterne qu'un vote du Parlement rejettera certainement un jour ou l'autre dans un juste oubli ?

< M. Goblet comprend d'ailleurs lui-même que la partie n'est pas égale, puisque, à la fin de sa lettre, il fait intervenir le spectre de la Révolution persécutrice, le spectre de la République rouge pour épouvanter l'Eglise. Encore, sur ce point, il fait fausse route et se méprend. L'Eglise n'aura pas peur. Le jour des catastrophes venu, elle affrontera, d'un cœur vaillant et à front découvert, la lutte contre les forces antisociales. Ce jour-là, l'Eglise sera sur les barricades^ comme elle y fut jadis avec Mgr Affre, ou collée au mur d'exécution, comme elle y fut avec Mgr Darboy ; mais elle y sera toujours active et toujours triomphante, parce que son rôle social et politique est éternel. Mais ce jour-là, de leur côté, où seront M. Goblet et les bourgeois républicains faits à son image? Ils seront dans leurs caves ou à l'étranger, tremblants de peur ou vivant de lâcheté et de honte.

« C'est pourquoi nous estimons que M. Goblet eût fait sagament d'économiser son encre et d'avaler sa colère ; c'est pourquoi nous estimons que, si la lettre, dont il s'agit, est faite pour déconsidérer quelqu'un, ce quelqu'un n'est pas Mgr l'archevêque de Paris (1). 3>

(1) Extrait du journal la Patrie.

D'autres voix se sont élevées, plus calmes mais non moins énergiques, voix de ses frères dans l'épiscopat, qui ont exprimé au vénérable cardinal Guibert une tristesse et une indignation très motivées contre un acte qui est un nouvel attentat à la religion. On dit que M. le ministre des cultes a été étonné de la publicité donnée à ces lettres, et qu'il s'en est montré surtout fort courroucé. Mais comment tous les diocèses ne se trouveraient-ils pas intéressés dans une mesure qui enlève brutalement au culte, pour y introduire des rites impies, un monument consacré à la sainte Patronne de Paris, qui est aussi la Patronne de la France? Afin d'édifier et de consoler les consciences chrétiennes, nous croyons devoir reproduire quelques-unes de ces protestations épiscopales :

Lettre de Son Emi7ie?iceîe cardinal Gaverot, archevêque de Lyon, à S. Em. le cardinal Guibert, archevêque de Paris.

Lyon, le 7 juin 1885.

Eminence révérendissime,

Je crois être l'interprète d'un grand nombre de nos collègues dans l'épiscopat en adressant à Votre,

Eminence, en leur nom et au mien, nos félicitations les plus respectueuses pour sa courageuse protestation, à l'occasion de la profanation de l'église de Sainte-Geneviève.

Ce langage, digne des Ambroise et des Chrysostome, devait inévitablement susciter des contradictions violentes. Mais Votre Eminence a pour elle l'admiration des catholiques, et au besoin elle trouvera sa consolation dans ce qui, en des circonstances à peu près analogues, est dit des Apôtres, au livre des Actes : Ibant gatcdentes a conspedu conciîu,quoniam digni habiti santpro nominéJesu coutume' liam pati.

"Veuillez agréer, Eminence Révérendissime, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux.

f L.-M., Gard. Gaverot, Archevêque de Lyon.

Lettre de S. 0. Mgr Varchevêque d'Aiz à 8. Em. le cardinal Guibert,

Aix, le 3 juin 1885.

Eminenentissime Seigneur,

Je viens de lire votre protestation contre la profanation de l'église Sainte-Geneviève. Cet impérissable document n'a pas plus besoin de mon suffrage que Votre Eminence de mes félicitations. Mais, comme il s'agit d'un scandale qui affecte l'Eglise

entière, et que les âmes chre'tiennes n'en gémissent pas moins à Aix qu'à Paris, je crois devoir y adliérer pleinement et publiquement.

Veuillez agréer, Eminentissime Seigneur, l'hommage du profond respect avec lequel j "ai l'honneur d'être de Votre Eminence le très humble et très dévoué serviteur.

f Augustin,

Archevêque d'Ail.

Lettre de Mgr Frejipel, è vêque cT Angers, à S. Em. le cardinal Guihert, archevêque de Paris :

Angers, le 3 juin 1885.

Monseigneur

Il appartenait à Votre Eminence d'élever la voix, tout d'abord^ pour protester contre le décret qui vient d'enlever au culte catholique l'église patronale de Paris. Permettez-moi d'adhérer publiquement aux observations si justes et si fermes que vous faites valoir dans votre lettre de ce jour à M. le ministre de l'instruction publique et des cultes.

Votre Eminence s'appuie avec infiniment de raison sur l'article 12 du Concordat, qui prescrit de remettre à la disposition des évêques non seulement toutes les éghses métropolitaines, cathédrales et

paroissiales, mais encore « toutes les autres églises non aliénées, nécessaires au culte. » Et qui donc, si ce n'est Tévêque, est juge des besoins du culte? Qui donc, en dehors de l'autorité diocésaine et sans même la consulter, peut avoir qualité pour décider de son propre chef si une église est nécessaire au culte ou non ?

Comment ne pas voir que dans une ville immense telle que Paris, où les églises paroissiales suffisent à peine aux exigences ordinaires du service religieux, une église d'un caractère spécial, telle que l'église patronale Sainte-Geneviève, peut devenir nécessaire pour la piété des fidèles, soit comme centre de pèlerinage, soit comme centre d'enseignement, soit comme centre d'oeuvres particulières? Est-il admissible que la Patronne de la capitale n'ait pas une seule église qui porte son nom et qui lui soit spécialement consacrée? Et comment se faire à l'idée qu'une telle église puisse s'élever ailleurs que sur les lieux mêmes, où depuis treize siècles le peuple de Paris n'a cessé d'offrir à sainte Geneviève les témoignages de sa confiance et de sa vénération ?

Aussi, Monseigneur, ai-je le ferme espoir que la noble protestation de Votre Eminence portera ses fruits dans l'avenir. Ce n'est pas la première fois que la Révolution a cru tenir pour toujours cette église, objet de tant de luttes; mais chacune de ses entreprises contre Sainte-Geneviève a été suivie

d'une éclatante réparation. Le mot de saint Paul n'a cessé de se vérifier pour l'humble vierge de Nanterre : Infirma mundi elegit Deus ut confundat fortia. Peut-être même regrettera-t-on quelque jour d'avoir rendu notre tâche plus facile en agissant avec tant de précipitation : car ce qu'un simple acte administratif a pu faire, un autre pourra le défaire au même titre: cela me paraît de toute évidence. Comme en 1851, sans réaction violente, sans porter aucune atteinte à la mémoire des morts, les hommes qui auront l'honneur d'accomplir cet acte de justice remettront toutes choses dans l'état où une possession paisible et non interrompue de trentequatre ans les avait laissées.

Daigne Votre Eminence agréer l'hommage de mon profond respect et de mon affectueux dévouement.

■\ Gh. -Emile,

èvêque d'Angers.

Lettre de S. G. Mgr ï èvêque de Troyes à S, Em, le cardinal Guibert.

Troyes, le 6 juin 1885.

Eminence,

Je m'associe de tout mon cœur d'évêque et de français à la protestation saintement indignée que vous venez d'adresser à M. le ministre des cultes.

Votre lettre si énergique et si mesurée est un grand soulagement pour tous les catholiques de mon diocèse, et c'est en leur nom et au mien que je vous prie d'agréer l'expression de notre commune et bien vive gratitude.

Que la sainte Patronne de Paris vous obtienne encore de longs jours, pour la gloire de Dieu, pour la défense de TEglise et pour la joie de tous ceux qui admirent votre sagesse consommée et votre inébranlable fermeté.

Daignez agréer, Monseigneur, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être de Votre Eminence le très humble et très dévoué serviteur.

f Pierre,

évêque de Troyes.

Lettre de Mgr Perraud à S. Em. le cardinal Guibert.

Autun, 6 juin 1885.

Eminence,

Votre voix devait s'élever la première pour protester, au nom de la France catholique, contre l'attentat dont l'église Sainte-Geneviève vient d'être l'objet.

Mais vos collègues dans l'épiscopat, et tout particulièrement ceux qui ont reçu de vos mains véné rées l'onction sainte, tiennent à vous dire combien ils s'associent aux pensées et aux sentiments que

vous avez exprimés dans un langage si apostolique.

Ils estiment un honneur pour eux d'être atteints par les injustices qu'on vous fait et par les injures qu'on vous adresse.

Daigne Votre Eminence agréer l'hommage de mon profond et religieux respect.

f Adolphe Louis, évêque d'Autun

Lettre de Mgr V évêque d^ Annecy au ministre de Vinstrv^iion publique et des cultes.

Reignier, en cours de visites pastorales, le 6 juin 1885. Monsieur le ministre,

S. Em. le cardinal archevêque de Paris vous a écrit, le 29 du mois dernier, une lettre relative à l'acte qui enlève au culte catholique l'église Sainte- Geneviève.

La réponse, que vous avez faite à cette lettre donne à la violence exercée dans une église de Paris le caractère d'un acte oiî se trouvent intéressés tous les diocèses de France. C'est pourquoi je regarde comme un devoir de ma charge de déclarer publiquement que j'adhère de la manière la plus complète à la lettre de Mgr l'archevêque de Paris, à toutes les affirmations qu'elle

pose, à toutes les appréciations qu'elle renferme. Veuillez agréer, monsieur le ministre, l'assurance de ma haute considération.

f Louis, èvêque cC Annecy.

Les protestants eux-mêmes partagent notre tristesse. Ils ont compris que ce n'était pas seulement la religion catholique, mais toute idée religieuse que poursuivent les sectaires. Voilà ce que prouve la lettre suivante, venue d'Angleterre :

Londres, 2 juin ]88o.

Monseigneur,

C'est un ministre protestant qui vous demande la permission d'exprimer aujourd'hui sa très profonde sympathie pour votre personne et pour l'Eglise de France.

J'ai lu avec une grande douleur le récit de la profanation de l'éghse de Sainte-Geneviève, et je suis sûr que vous-même en avez cruellement souffert.

Quomque tandem...

Levez-vous, Seigneur^ et prenez en main votre propre cause. Entendez les insultes que vous prodigue la folie humaine.

Dimanche dernier, du haut de la chaire, nous

avons protesté contre cet acte sacrilège, qui soulèvera l'indignation de tous les chrétiens.

Veuillez excuser mon importunité. J'ai confiance que vous daignerez accueillir cette expression de ma sympathie dans l'esprit qui l'a dictée.

Je suis pour toujours vôtre en Jésus-Christ.

Si éloquentes et si fondées que soient ces protestations, il en est une autre que Dieu et sainte Geneviève demandent de nous, et cette protestation est celle de la prière, de la réparation. NN. SS. les évêques l'ont recommandée en ces termes :

Archevêclié de Paris.

Monsieur le curé,

La douce et glorieuse Patronne de Paris n'a plus son église dans la capitale de la France. Une piété treize fois séculaire lui avait consacré le temple que le peuple aimait toujours à visiter. Du haut de la colline qui porte son nom, sa protection rayonnait sur la France entière. Pour la troisième fois une philosophie impie, qui renie nos traditions religieuses et nationales, a ravi son église à la patronne de Paris.

De toutes parts me sont arrivés les témoignages d'une religieuse tristesse. Tous les cœurs chrétiens

sentent le besoin d'ofifrir à Dieu une réparation pour la profanation de son sanctuaire, à sainte .Geneviève un pieux hommage en compensation de l'ingratitude qui lui est témoignée. C'est pour moi un devoir et une consolation de donner satisfaction à un désir que la foi inspire.

En conséquence, j'ai décidé que dimanche prochain, 7 juin, dans toutes les églises et chapelles du diocèse, on chantera le Miserere, trois fois le Parce Domine, trois fois l'invocation /Satnc^a Genovefa, orcfpro nobis, avec le verset Elegit eam et l'oraison Effunde super nos de la fête de sainte Geneviève.

Recevez, monsieur le curé, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.

t J. Hipp. card. Guibert, archevêque de Paris.

Lettre de Mgr l'évêque de Saint-Floiir à S. Em. le cardinal Guibert.

Saint-Flour, le 7 juin 1883.

Éminence Révérendissime,

J'ai voulu que le clergé et les fidèles de ma ville épiscopale fussent unis aujourd'hui (solennité de la Fête-Dieu) au clergé et aux fidèles de Paris dans les prières publiques que vous avez prescrites pour ce jour, afin d'ojfnV à Dieu une réparation pour la

profanation de son sanctuaire^ et à sainte Geneviève vn pieux hommage, en compensation de Vingratitude quiliii est témoignée.

On a lu du haut de la chaire votre touchante lettre, et les prières qu elle indiquait ont été chantées, à l'issue des vêpres, au salut solennel du Saint-Sacrement.

La prière, dans les circonstances présentes, est un soulagement pour toutes les âmes catholiques qui ont été si douloureusement affectées. C'est aussi pour elles une protestation qu'on ne peut leur interdire et dont l'efficacité saura bien déjouer, tôt ou tard, les espérances et les machinations

des impies

Oui, Éminence, la glorieuse Patronne de Paris et l'auguste protectrice de la France rentrera un jour dans son sanctuaire, nous en avons la douce et très ferme confiance. Elle y rentrera avec les honneurs d'un pacifique triomphe, non point pour maudire ceux qui l'ont sacrilègement chassée, mais pour appeler sur sa chère ville et sur sa patrie bienaimée de nouvelles bénédictions et, espérons-le, de nouvelles grandeurs.

Veuillez agréer, Éminence Révérendissime, le nouvel hommage de ma vénération profonde et de mon bien cordial dévouement en Notre-Seigneur.

f F. M. Bexjamin, évèg^iie de Saint- Fleur.

Lettre de Mgr l'èvêque de Chartres à MM. les curés de son diocèse.

Monsieur le curé,

Nous avons toujours professé^ dans le diocèse de Chartres, un culte spécial en l'honneur de sainte Geneviève, Patronne de Paris.

Lorsque nous avons adopté la liturgie romaine en 1861, dans un voyage que nous fimes à Rome à cette occasion, nous avons obtenu de Notre Saint- Père le Pape Pie IX, que la fête de sainte Geneviève, déjà célébrée solennellement chez nous, fût élevée à un degré supérieur.

Monseigneur le cardinal et archevêque de Paris a adressé récemment à son clergé une lettre, par laquelle il prescrit qu'à la suite du fait souverainement déplorable qui transforme la vénérée basilique de Sainte-Geneviève en un lieu profane, événement qui a contristé tous les cœurs catholiques, des prières expiatrices seront adressées à Dieu dans les églises de son diocèse.

Nous nous associons à tous les sentiments et intentions du grand et pieux cardinal Guibert. C'est pourquoi, le 14 de ce mois, jour de la fête du Sacré-Cœur, au salut des vêpres, avant le Tantum ergo, après les invocations ordinaires aux cœurs de Jésus et de Marie, on chantera trois fois le verset Parce Domine. On y ajoutera l'invocation

répétée trois fois Sanda Genovefa, ora pro nobis, avec l'oraison Effunde sujjer nos, de la fête de sainte Geneviève, 3 janvier.

Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur le curé, l'assurance de mon affectueux et paternel dévouement.

Dociles à la voix de leurs premiers pasteurs, les fidèles sont venus en foule au pied des autels pour prier et prendre part aux chants de la pénitence. Mais là encore ne s'est pas bornée l'œuvre de réparation. Le comité catholique de Paris a ouvert une souscription dans le but d'ériger une statue à sainte Geneviève, et les résultats déjà obtenus suivent une progression surprenante et qui promet un éclatant succès. Dans la première semaine, du 17 au 24 juin, le comité a réuni 1,376 souscriptions; dans la deuxième, du 24 au 30 juin, 5,584, et dans la troisième, du 1®' au 8 juillet, 15,040.

La plupart des collecteurs, qui ont apporté ou envoyé ces souscriptions, ont redemandé de nouvelles feuilles de dizaine, et répètent que l'idée émise par le comité est accueillie partout avec la plus vive sympathie.

Et, en effets les listes couvertes de signatures qui sont remises au comité viennent de tous les

quartiers de Paris, les plus riches comme les plus pauvres, et unissent dans une commune protestation les familles opulentes, dont beaucoup portent des noms illustres, et les familles modestes d'ouvriers, d'employés et de petits patrons.

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