CHAPITRE II
Sommaire : Première enfance de Victor Hugo. — Six semaines après sa naissance on l'emmène de Besançon à Marseille, et de là à l'Ile d'Elbe. — Premier séjour à Paris (1805). — La maison de la rue de Clichy. — Le puits de la cour. — Départ pour l'Italie (1807). — Souvenirs de voyage.
Impressions d'enfance. — Victor Hugo racontant les pérégrinations de sa jeunesse. — Le
palais de marbre d'Avellino. — Le colonel Hugo suit en Espagne le roi Joseph Bonaparte. — Retour de sa famille à Paris.
Le nouveau-né, le troisième et le dernier enfant du commandant Hugo, ne ressemblait point à ses frères.
Tandis que l'aîné, Abel, réjouissait l'œil par sa santé robuste et que le cadet, Eugène, n'inspirait aucune inquiétude, lui était si iaible que quinze mois après sa naissance il n'était pas parvenu à redresser sur ses épaules sa tête qui, « comme si elle eût déjà contenu toutes les pensées dont elle ne renfermait que le germe, s'obstinait à tomljer sur sa poitrine ».
,Sa mère, avec cette obstination admirable qui est l'apanage de toutes les mères dignes de ce nom, disputa et arracha son enfant à la mort. Non seulement il devait vivre d'une vie robuste et superbe, mais encore il a fait vivre tout un peuple de ses livres, de ses pensées, de son esprit, de son exemple. Les générations présentes ont son âme en elles, et les générations futures la posséderont à leur tour.
On ne savait point encore si se réaliserait la sinistre prophétie de l'accoucheur qui avait condamné à mort Victor Hugo, lorsque, six semaines après sa naissance, l'enfant malade quitta Besançon où il ne devait point revenir pour faire le fatigant et long voyage de Marseille. Et bientôt sa mère dut l'abandonner pour un assez long temps afin d'aller solliciter à Paris le changement de brigade de son mari.
Le pauvre petit souffrit cruellement de cette séparation nécessaire. 11 arrosait de ses larmes les bonbons que lui donnait son père pour le consoler.
Il avait déjà quelques mois lorsque M'^Mlugo, dont les démarches n'avaient point abouti, put enfin les rejoindre. Le commandant avait obtenu, en récompense de ses services, une sorte d'exil. Il reçut l'ordre d'aller prendre garnison à nie d'Elbe.
L'auteur de VOde à la rolonnc ou plutôt des Odes à la colonne, ainsi que