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CHAPITRE XXIII

Victor Hugo, fidèle à ses habitudes, se levait avec le jour, travaillait debout jusqu'à midi. Après déjeuner, la promenade, tandis que M"" Victor Hugo se plaisait à faire la sieste dans une petite serre, principal ornement du jardin de Marine-Terrace. C'était là son coin préféré, l'asile embaumé où elle se retirait pour rêver.

Les hommes, au retour de la promenade ou du bain, faisaient des armes ou bien quelquefois jouaient au billard, et puis s'enfermaient de nouveau dans leurs chambres pour travailler.

Heureuse existence, à laquelle il ne manquait qu'un seul bonheur, mais le plus grand de tous, la patrie !

LA CliAMOni: A COUCHEH DE VICTOR llUlij, A M A B I N E -T K B B A C C . (D'après un croquis de Ch. Hugo.)

Marine-Terrace était placée dans la paroisse de Saint-Hélier ; car Jersey est divisé en trois paroisses, c'est-à-dire en trois communes, qui chacune, sur cette terre de liberté communale, ont un gouvernement particulier. Mais l'île tout entière est sous la domination impitoyable du rigorisme.

Le dimanche, il n'est pas permis de sortir de chez soi, on doit lire la bible. Les proscrits, qui pour se délasser des labeurs de la semaine allaient jouer ce jour-là sur le billard de Marine-Terrace, prenaient soin de fermer les volets et choquaient les billes le plus doucement qu'ils pouvaient.

Les Jersiais dévots, s'ils avaient eniendu ce bruit païen, auraient pu se fâcher. Ils poussent la pruderie religieuse à ce point, que la reine d'Angleterre, la souveraine qu'ils aiment et qu'ils vénèrent, s'étant permis d'arriver un dimanche dans l'île, la foule hostile, mécontente, la regarda sans la saluer ! Seul Victor Hugo, qui se trouvait par hasard sur le poni, s'inclina devant cette femme qui débarquait.

CcpL'iidaiu Victor Hugo éiait respecté de celte population fort aimable pendant six jouis de la semaine, et il jouissait même de certains privilèges, non pas, dit-il en riant quand il se souvient de ce temps, parce qu'il se nommait Victor Hugo, mais parce qu'il était pair de France.

En cotte qualité, a rappelé Gustave Rivet dans une œuvre intitulée Victor Hugo chez lui, lo poëte avait le droit de ne pas faire balayer le devant de sa maison et de ne pas faire arracher l'herbe qui croissait devant sa porte. Qui plus est son titre de pair lui donnait le droit de mettre la jambe dans le lit de la reine, droit dont il n'usa pas.

LA s EURE, A iM A U I N E -T EU li A C i; .

En revanche il devait à la suzeraine du duché de iNormandie deux poules chaque année et le dîmeur ne manquait point de venir chercher le prix de cette redevance. Les habitants appelaient le a muse distingué » milord, et le gouverneur de l'île se trouvait en droit son inférieur.

La famille Hugo recevait peu ; la raideur anglaise l'intimidait ; toutefois il fallait de temps à autre faire ou accueillir quelques visites. Quand on se présentait dans une demeure sévère pour une de ces ennuyeuses corvées, M"'" Hugo ne manquait jamais de faire entrer le premier son fils Charles, qui avait quelque recherche dans sa toilette. — Va devant, lui disait-elle ; tu es le faux col de la famille !

LES KUOmRS UË JBRSET

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