CHAPITRE XXV
SoMMAinE : Derniers adieux. — Départ de Jersey. — Joie des journaux bonapartistes. — Où vont les proscrits. — Les Contemplations. (Mai 1856.) — Une âme qui se raconte. — Souvenirs et impressions. — Jugements portés sur les Contemplations. — L'appréciation de la Revue des Deux Mondes. — La Légende des siècles, première partie (1S30). — Idée générale de l'ouvrage. — Accueil fait en France au.\ œuvres poétiques de l'e.xil.. — Une correspondance avec Charles Baudelaire.
.\vant de quitter Jersey les proscrits allèrent dire adieu à leurs morts dans ce petit cimetière de Saint-Jean qu'on appelle le cimetière des Indépendants et où sont enterrés les restes de ceux qui ne sont les fidèles d'aucune des vingtsept chapelles de l'île. C'est là que Victor Hugo était venu accompagner à leur dernière demeure les martyrs du droit et célébrer leurs vertus.
Les Français que leur empereur voulait faire taire s'embarquèrent les uns pour Londres, les autres pour l'Espagne, les autres pour Guernesey.
Le mercredi 31 octobre \e packet emporta vers cette île Victor Hugo, sa (iimille et ses amis. En dépit de tout ce n'était point sans regrets que le poète la quittait cette Jersey charmante, dont il devait décrire les sites dans les Tnirtiilleiirs de lu mer : « ce bouquet grand comme la ville de Londres, où tout est parfum, rayon et sourire », et qu'il a ainsi chantée :
Jersey dort dans les flots, ces éternels grondeurs, Kl dans sa petitesse elle a les deux grandeurs, lie, elle a l'Océan; roche, elle est la montagne. Par le sud Normandie et par le nord Breliigne, I Elle est pour nous la France, et, dans son lit de fleurs,
lîUe en a le sourire et quelquefois les pleurs.
Si l'exilé était victime des machinations de l'Empire et si la presse anglaise et jersiaise s'étaient prêtées à la satisfaction d'une vengeance basse, le peuple n'en était point coupable, ce grand peuple anglais qui, a dit Victor Hugo lui-mùm3, est la majesté dans la probité.