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CHAPITRE XXVI

Parfait, le docteur Laussédat, Labrousse, Brives, Ferrier, Carjat, iNadar, Royer, Mazure, etc.

Les journaux belges étaient tous représentés et les principaux magistrats de Bruxelles se trouvaient présents. Le repas eut lieu chez l'éditeur Lacroix, dans un immense salon qui eut peine à contenir les quatre-vingts convives.

Victor Hugo ayant à sa droite le bourgmestre de Bruxelles et à sa gauche le président de la Chambre des représentants, Victor Hugo présidait ce banquet mémorable, qui fait partie de l'histoire politique et littéraire de notre temps et que M. Frédérix a raconté dans une intéressante brochure.

Cette manifestation, qui ne donna lieu à aucun accident, doit être considérée comme une rencontre d'intelligences et de renommées venues de tous les points du monde civilisé pour protester autour d'un proscrit contre l'Empire. Diflérents discours furent prononcés. MM. Lacroix et Verboeckhoven remer. cièrent l'auteur du livre au nom de la librairie internationale ; M. Nefftzer parla au nom du Temps, M. Berardi au nom de l'Indépendance belge, M. Pelletan au nom du Siècle. Louis Blanc prononça quelques paroles émues, puis Champfleury salua Victor Hugo au nom des prosateurs et Théodore de Banville le salua au nom des poètes. Ce furent d'attendrissantes et de nobles harangues ; elles firent verser des larmes à l'exilé, qui dit à ses amis de France :

« n ya onze ans vous avez vu partir presque un jeune homme; vous retrouvez un vieillard. Les cheveux ont changé, le cœur non ; je vous remercie d'être venus ; accueillez mon profond attendrissement. II me semble que je respire parmi vous l'air natal, il me semble que chacun de vous m'apporte un peu de France, il me semble que je vois sortir de toutes vos âmes groupées autour de moi quelque chose de charmant et d'auguste, qui ressemble à une lumière et qui est le sourire de la patrie. »

Après cette harangue, couverte d'acclamations, M. Fonlainas, le bourgmestre de Bruxelles, porta un dernier toast à Victor Hugo, qui lui répondit pnr quelques mots attendris, et l'assistance se sépara emportant dans son cœur un impérissable souvenir.

La France était venue rendre hommage au proscrit illustre, à l'auteur des Misérables.

Pendant ce temps, les critiques continuaient leur œuvre, et un homme d'une grande valeur littéraire, M. Grenier, rédacteur en chef du Constitutionnel, reprenant pour son compte la thèse soutenue par Lamartine, écrivit à son tour :

« Dans la pensée de M. Hugo, la société est l'auteur de tous les crimes qui épouvantent et de toutes les misères qui nous affligent ; c'est la ligue des torts, unis par un impitoyable intérêt, contre les faibles isolés et circonvenus ; c'est le système universel d'oppression, d'iniquité et de mensonge, qui recouvre du nom spécieux de lois et d'un vernis de feinte justice les abus les plus criants et les désordres les plus cruels. Le crime n'a d'autre refuge que le crime, la

honte d'autre avenir que la honte, la misère d'autre essor que la misère

« Telle est au fond la doctrine des Miscrablea.

« Cette doctrine méconnaît la nature humaine ; elle se confine dans l'étude de certains faits douloureux que tout le monde déplore et qu'il n'appartient à personne de changer. »

Les changer est précisément le but au contraire, et l'honneur est à ceux qui, considérant en effet la société comme responsable de tous les malheurs de l'humanité, s'efforcent d'en perfectionner les lois. Les progrès obtenus ont été lents, mais qui saurait les contester?

M. Grenier, après son affirmation philosophique, se hâtait d'ajouter que le livre étincelait de véritables beautés, était par endroits d'une sereine et chaste éloquence, que la physionomie de Fantine était touchante et que le poëte apparaissait tout entier dans la peinture de Waterloo.

Justice complète devait plus tard être rendue au livre qu'on a appelé l'Évangile du peuple.

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