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CHAPITRE XXYII

Sommaire : Victor Hugo et la peine de mort. — Le Dernier jour d'un Condamné. Claude Gueux. — Le quatrain qui sauva la vie de Barbés. — Un mot de Louis-Philippe. — Discours à l'Assemblée constituante de lSi8. — Procès de Charles Hugo, en 1851. — La plaidoirie de son père. — Le poëte en exil continue à poursuivre l'abolition de la peine de mort. — Les protestations de Jersey. — Une lettre à lord Palmersion. — Georges Browo et l'Amérique. — Le débat de la république de Genève. — Pour un soldat !

E toutes les causes que défendit Victor Hugo, {la cause de l'abolition de la peine de mort est sans contredit celle à laquelle il se consacra le plus ardemment.

Dès 1 829 il publiait le livre intitulé le Dernier jour d'itn Condamné, qui parut d'abord anonyme, ce qui fit supposer à certains critiques que l'auteur était Anglais ou Américain. Dans ce livre, écrit à la suite d'une exécution en place de Grève, sont développées, analysées l'une ',' ,J après l'autre, toutes les souffrances phy- ;^,\";> siques, toutes les tortures morales que doit éprouver un homme condamné à mort pendant les heures qui précèdent son exécution. Dans une préface ajoutée, en 1832, à ce plaidoyer terriblement émouvant et qui fut passionnément lu, on lit ceci :

« Ce que l'auteur a eu dessein de faire, ce qu'il voudrait que la postérité vît dans son œuvTe, ce n'est pas la défense spéciale, et toujours facile, et toujours transitoire, de tel ou tel criminel choisi ; c'est la plaidoirie générale et permanente pour tous les accusés présents et à venir; c'est le grand point de droit de l'humanité allégué et plaidé à toute voix devant la société... , c'est la

question de vie et de mort déshabillée, dénudée, dépouillée des entortillages sonores du parquet, brutalement mise au jour et posée où il faut qu'on la voie, et où il faut qu'elle soit et où elle est réellement, dans son vrai milieu, dans son milieu horrible, non au tribunal, mais à l'échaufaud, non chez le juge, mais chez le bourreau. »

C'est le plus éloquent des plaidoyers en faveur de cette réforme, de cette transformation de la pénalité que nos législateurs n'ont point encore admise.

Jamais Victor Hugo n'a rencontré un échaufaud sur sa route sans protester au nom de l'inviolabitilé de la vie humaine.

En 183/i, il écrivit Claude Gueux, récit palpitant d'un assassinat excusable, cas particulier assez fréquent où la victime est moins intéressante que le criminel.

Claude Gueux parut d'abord dans la Revue de Paris, dont le directeur était M. Buloz. II y avait déjà deux ans que le malheureux Claude, pour qui le poëte intercéda vainement, avait été exécuté.

Cette narration terrible se termine par une objurgation touchante aux membres de la Chambre, que l'écrivain prie de démonter la vieille échelle boiteuse de crimes et de peines et de la refaire. « Messieurs, leur dit-il, il se coupe trop de têtes par an en France ; puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus et payez des maîtres d'école... Tel a assassiné sur les grandes routes, qui, mieux dirigé, eût été le plus excellent sei"viteur de la cité. Cette tète de l'homme du peuple cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, utilisez-la ; vous n'aurez pas besoin de la couper. »

Et à chaque occasion nouvelle il protesta contre cette peine, indigne à ses yeux d'une nation civilisée. Le 13 mai 18.39, tandis qu'il assistait à une représentation de /(/ EsmeraJda, il apprit que Barbes, à la suite de l'insurrection par lui provoquée, venait d'être condamné à mort et allait être exécuté. Aussitôt il monta au foyer des artistes, saisit une feuille de papier, et, faisant allusion à 1 1 mort récente . de la petite princesse Marie et à la naissance du comte de Paris, il écrivit à Louis-Philippe le quatrain suivant :

Par votre ange envolée ainsi qu'une colombe 1 Par ce royal enfant, doux et frêle roseau! Grâce encore une fois! grâce au nom de la tombe I Grâce au nom du berceau !

Le roi, qui avait résisté aux instances du duc et de la duchesse, céda à la prière du poëte. Il lui écrivit : « Je vous accorde cette grâce, il ne me reste plus qu'à l'obtenir de mon ministère. » Les ministres consentirent à épargner la vie de Barbés.

Victor Hugo, dans le VII' volume des Misîrables, a rappelé cet événement,

et Barbes lui envoya ce remerciement : « Je fus fier, dans mon heure de

danger, de me voir protégé par un rayon de votre flamme. Je ne pouvais

JOHN BBOWN

« Pro Christo, sicul Chrislus. »

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