CONDAMNATION DE CHARLES HUGO
« L'échafaud n'apparaît plus sur nos places publiques qu'à de rares intervalles et comme un spectacle que la justice a honte de donner. « Léon Faucher, 183('. »
«Aujourd'hui, 11 juin 1851, Charles Hugo, défendu par son père, Victor Hugo, a été condamné à six mois de prison pour avoir écrit, sous la République, ce que M. Léon Faucher avait pu écrire impunément sous la Monarchie.
« M. L.-N. lîONAPARTE, président de la République ;
Il M. RouuER, tninistre de la Justice;
« JL LÉON Faucher, tninistre de l'intérieur.
« Sur un tombeau, une date suffit.
« La liberté, en France, n'existe plus.
« Si je disais ce que m'a fait éprouver cette audience d'où je sors, j'irais
rejoindre dans leurs prisons NelTtzer, le gérant de la Presse- Charles Hugo, le rédacteur de VÊvénement.
« Je dois me taire, car je pressens que j'aurai un autre rôle à remplir que celui d'accusé.
« A mon tour, j'aurai à remplir le rôle de juge.
« Je me tais donc.
« Emile de Gir ardin,
« Représentant du peuple. »
Le National écrivait de son côté :
« Nos prévisions ont été trompées. La Cour d'assises vient de condamner M. Charles Hugo à six mois de prison et 500 fr. d'amende. Ce jugement, que nous devons respecter, mais qui nous étonne et qui nous afflige, sera accueilli avec tristesse par la presse tout entière.
« M. Charles Hugo est le plus jeune des rédacteurs de X Événement ; il combat sous les drapeaux de la République avec l'ardeur et la passion généreuse que donnent des convictions enthousiastes; mais, s'il a apporté dans la critique d'une peine prescrite par nos lois une énergie de langage qui seule a pu motiver sa condamnation, personne ne saurait mettre en doute la loyauté de ses intentions et du but qu'il voulait atteindre.
« M. Victor Hugo a défendu son fils avec une admirable éloquence. Sa défense de Y Événement prendra place parmi les meilleurs discours de l'illustre poëte, tant pour la grandeur des idées que pour l'incomparable éclat de la forme dont il a su les revêtir.
H L'éloquence de M. Victor Hugo a échoué devant le verdict du jury; mais, si nous ne protestons jamais contre les décisions de la justice, il nous sera permis d'offrir à l'Événement l'expression de nos regrets sympathiques, sûrs d'ailleurs que nos sentiments sont ceux de tous les républicains envers un journal qui sert avec tant de vaillance et de talent la cause de la démocratie.
« ThÉOD. PeLLOQUET. 1)
Le Siérle, le Charivari, la Gazette de France, la République, le Messager de l'Assemblée s'associèrent à ces protestations.
On ne pouvait plus dire, croyait-on, que les républicains étaient des buveurs de sang, qu'ils voulaient relever l'échafaud politique, eux qui protestaient contre la guillotine au péril de leur liberté. On continua de l'affu-mer cependant.
Mais le peuple, qui attendait Victor Hugo à. la sortie de la Cour d'assises, l'accueillit par des acclamations et l'escorta jusqu'à sa voiture.
En exil, le poëte continua de réclamer la grâce des condamnés à mort, et l'on a remarqué ce qu'il y avait de touchant à voir les adversaires du bourreau