‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 140 sur 198 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

qu'elle fait do nous donner le change en s' appelant Vindicte? Croit-elle nous tromper? Pas plus que la félonie quand elle s'appelle Raison d'Élat. Pas plus que le fratricide quand il met des épaulettes et qu'il s'appelle la Guerre. »

Et développant le plus puissant des arguments contre la peine de mort, Victor Hugo demandait de quel droit on constituait Dieu juge avant son heure, pourquoi, si l'on était croyant, on osait jeter une immortalité à l'éternité, poiu*quoi, si on ne l'était pas, on osait jeter un être au néant?

Après la publication de cette lettre le peuple genevois vota et abolit la peine de mort, malgré l'opposition ardente du parti catholique. Victor Hugo avait cette fois gagné sa cause.

Quelque temps après, il éleva de nouveau la voix en faveur d'une femme Rosalie Doise, qui avait été faussement accusée de parricide et condamnée, malgré son innocence, aux travaux forcés à perpétuité.

En 1865, il prêta son appui aux membres du comité central italien pour l'abolition de la peine de mort.

En 1866, il protesta contre l'exécution de Bradley, à Jersey.

En 1867, il reçut d'un noble portugais la lettre suivante :

« ... L'humanité compte une victoire immense. Maître ! votre voix, qui se fait toujours entendre lorsqu'il faut défendre un grand principe, mettre en lumière une grande idée...; votre voLx est arrivée ici, a parlé aux cœurs, a été traduite en un grand fait. Les deux Chambres de notre Parlement ont voté l'abolition de la peine de mort, n

Le jeune roi don Luiz de Portugal avait signé cette loi avant de quitter son pays pour aller visiter l'Exposition universelle de Paris.

Victor Hugo considéra cette victoire comme un grand pas fait par la civilisation. Toujours fid'le à cette croyance que la vie humaine est inviolable, il n'a négligé aucune occasion de plaider cette grande cause. Plus tard Bazaine est condamné à mort; on ne l'exécute pas; il faut en conclure que la peine de mort est abolie dans l'armée.

Selon le poëte, en jugeant que Bazaine assassin de sa patrie méritait la mort, et en déclarant qu'il devait vivre, le haut conseil de guerre a décidé que désorinais ni la traliison, ni la désertion à l'ennemi, ni le parricide (car tuer sa patrie, c'est tuer sa mère), ne seraient punis de mort. La déduction est logique. Grâce à ce raisonnement irréfutable, un conseil de guerre de 1875 épargna la vie d'un soldat nommé Blanc condamné à être fusillé à Aix.

La brochure intitulée Pour un soldat arracha ce malheureux au peloton d'exécution.

Maintes fois encore Victor Hugo intervint et eut le bonheur d'obtenir de M. Thiers quelques commutations de peine.

11 avait eu l'intention d'écrire le Dossier de lu peine de mort. C'est un livre dont il ne reste plus qu'à assembler les matériaux épars.

Nous venons d'en résumer les principaux chapitres.

Page 1