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CHANSONS DES RUES ET DES BOIS

C'était l'église en fleurs, bâtie Sans pierre, au fond du lioi< mouvant, Par raubé|)ine et par l'ortie, Avec des feuilles et du vent.

Le porche était fait de deux branches, D'une broussaille et d'un buisson.

La voussure, toute en pervenches.

Était signée : Avril, maçon.

vallée de Chaudfontaines. Là il mit la dernière main aux œuvres de la fin de l'exil, que nous avons maintenant à signaler :

En 1865 avaient paru les Chansons des rues et des bois.

11 était temps que le poëte fit entendre sa voix ; la muse du second Empire laissait trop voir sa déplorable nudité.

Victor Hugo, après avoir été le Benvenuto Cellini, le Juvénal, l'Orphée de la poésie française, s'essayait à des chansons.

Il nous avait habitués à toutes les merveilles de la forme, il avait, pour nous, créé, animé des mondes, donnant à l'humanité des lois nouvelles ; il voulut chanter des choses en apparence plus petites, paulo minora; mais dans ces strophes harmonieuses, au recto du livre il écrivit le poëme de la jeunesse de l'homme, et au verso le poëme de sa sagesse.

Les Chansons des imes et des bois furent assez sigulièrement accueillies d'abord. Les critiques de Sa Majesté Napoléon îll, prêts à assouvir la basse vengeance du maître, s'efforcèrent de laisser entendre que cette œuvre poétique était au-dessous des précédentes.

Le titre si charmant (Victor Hugo a aussi le génie des titres), le titre ne trouva pas grâce devant les Zoïles impériaux. Et cependant ce livre était nécessaire à la gloire du maître ; elle la complète en quelque sorte. H s'y montre sous un aspect nouveau; il exprime dans des vers d'une variété infinie toutes ces choses vivantes qui sortent de la nature et qui sont entendues des poètes seulement. 11 écrit sous la dictée des bois et des champs les strophes les plus mélodieuses.

Il a voulu, sans abandonner le cheval, le Pégase de la tradition, faire promener un moment cette monture de Titan dans les prés fleuris de l'idylle, et il a fondu toutes ces poésies bien ordonnées et bien mises en place dans une harmonie générale qui est nettement comprise après la lecture de l'œuvre entière. Il sonne des fanfares charmantes, il chante des chansons d'amour; il décrit pour Jeanne setde et pour d'autres, l'éternel petit Roman, à l'aide de tableaux d'une délicieuse fraîcheur. Tous les enfantillages gracieux de la jeunesse réapparaissent à nos souvenirs, transformés par la magie de son imagination.

Mais il entend que les ivresses du plaisir soient passagères et que la nature, après avoir enseigné l'amour à l'adolescent, enseigne le devoir à l'homme ; et c'est avec ferveur que le chêne à qui, fabuliste puissant, il prête la parole, s'écrie que la formule de l'avenir est résumée en ces trois mots ; Liberté, Égalité, Fraternité.

Après s'être penché sur les nids d'oiseaux, après avoir respiré les fleurs de la forêt, il enseigne sa douce philosophie et annonce l'époque prochaine où les guerres auront disparu.

Le poëte des Chansons des rues et des bois se révèle dans cette œuvre comme un musicien de premier ordre, ce qui peut sembler un paradoxe, puisque jamais il n'a manifesté de penchant immodéré pour la musique, et

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