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CHAPITRE XXIX

Sommaire : Quelques mots sur William Shakespeare. — La Voix de Gueriiesey. — L'Exposition universelle de 1867. — Paris-Guide. — Ueprise à'Hernani. — Lettre aux jeunes poEtes. — Mouvement littéraire et mouvement libéral pendant le second Empire. — Les grandes causes défendues par Victor Hugo. — Le Rappel, — Auguste Vacquerie et Paul Meurice. — Une profession de foi suivie d'une condamnation, — L'œuvre de l'esil.

Nous avons passé sous silence la magnifique étude consacrée par Victor Hugo à William Shakespeare, le poëte d'Angleterre.

Cette œuvre, dans laquelle sont passés en revue les génies de tous les temps et de toutes les époques, est le plus bel hommage qui jamais ait été rendu à l'éternel écrivain anglais.

Déjà le poëte français s'était associé aux fêtes célébrées en l'honneur do son rival ; il lui devait sa louange, et son hommage le grandit.

Dans son étude pour Shakespeare, il sut prouver sa vénération pour l'homme qui, comme lui, a fouillé jusqu'au fond le cœur humain, et c'est à bon droit qu'il signala à l'attention la traduction faite par son fils d'une des plus grandes œuvres humaines.

Chacun des livres de l'admirable traduction de Shakespeare par François Hugo est dédié à ceux qu'il aime.

Les deux Hamlet sont dédiés à ma mère, les Féeries à celle qui est restée en exil, la sœur du traducteur, les Tyrans à mon père, les Jaloux à Charles Hugo et à Auguste Vacquerie, les Comédies de l'amour à Paul Meurice, les Amants tragiques à Jules Janin, les Amis à Paul de Saint-Victor, la Famille à Alexandi'e Dumas, la Société à Louis Blanc, la Patrie à Eugène Pelletan, à Michelet et à Garibaldi, les Farces à miss Éinily de Putron ; enfin les sonnets à la mère Patrie.

Nous avons dit quelle est la valeur de cette œuvre colossale.

Il nous faut maintenant rappeler comment Victor Hugo se trouva, en 1867, mêlé aux événements qui se passaient en France.

L'Exposition universelle fut l'occasion d'une grande publication littéraire sur Paris, intitulée Paris-Guide.

Dans ce vaste livre se groupèrent tous les grands écrivains de France, et Victor Hugo, chargé d'écrire l'introduction, ou plutôt le manifeste de l'ouvrage, le rédigea dans sa prose étincelante ; chaque ligne, peut-on dire, était une fusée.

Cette préface eut un immense retentissement. Mais bientôt un événement plus considérable devait permettre de rendre justice au poëte.

En vain on s'était efforcé pendant plus de seize ans de faire oublier jusqu'à son nom. Les faiseurs de coups d'État ne sont pas de taille à lutter contre le génie. Tôt ou tard il reprend la place qui lui est due.

Si le premier Empire avait laissé la littérature dans un état de dénuement absolu, en revanche, le second arrêta le magnifique essor qui datait de la Restauration et de 1830.

Lorsque Napoléon III, parvenu à son apogée, voulut, en 1867, montrer au monde, en même temps que les embellissements de la capitale et que les splendeurs de l'Exposition, les œuvres dramatiques nouvelles, nos directeurs de théâtre se trouvèrent dans un embarras extraordinaire. De nouveautés intéressantes, il n'y en avait point. Sur les premières scènes, la preuve d'une navrante stérilité; sur les scènes de second ordre, des pièces à grand spectacle, dans lesquelles on exhibait de superbes décors, des trucs, des machines, avec des femmes demi-nues, qui chantaient d'une voix éraillée des couplets, non plus grivois, mais dévergondés, contenant des allusions non piquantes, mais obscènes et stupides.

Tout cela pouvait séduire une certaine classe de visiteurs, mais il se trouvait dans la foule des étrangers et des provinciaux un certain nombre d'hommes capables de juger cette décadence et de l'apprécier comme il convenait.

Le ministère des beaux-arts daigna s'émouvoir et se permit de faire observer à Sa Majesté Napoléon III que l'univers convoqué constaterait un abaissement terrible et se demanderait ce qu'était devenu notre génie littéraire.

La Comédie française, en dehors de l'ancien répertoire connu du monde entier, ne trouvait dans le répertoire moderne rien qui fût de nature à passionner la foule. Le nom de Victor Hugo fut timidement prononcé, et après de longues hésitations on daigna décider que Hcrnani serait mis en répétitions au Théâtre-Français, et Buy Blas à l'Odéon.

Ainsi se trouva levé, forcément, après seize années, l'interdit qui frappait le théâtre immortel du maître.

Buy Blas, à la suite d'étonnantes avantures dont le récit nous entraînerait trop loin, fut ajourné pour longtemps ; mais Ilcrnmii fut représenté le 20 juin 1867, avec des interprètes dignes de l'œuvre : Delaunay jauait le rôle d'Hernani, Bressant celui de don Carlos, Maubant celui de Ruy Gomez, et M"" Favart celui de doua Sol.

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