‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 148 sur 198 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Mais auparavant, en 1S67, avait paru la Voix de Gticrncsry, ce poënio superbe qui flétrissait l'expédition de Mentann, consolait et vengeait la défaite de Garibaldi vaincu par le pape et par Bonaparte, son complice ; le poëte disait à Pie IX couvert du sang des morts de ce champ de bataille :

0 sinistre vieillard, te voilà responsable Du vautour déterrant un crâne dans le sable, Et du croassement lugubre des corbeaux ! Emplissez désormais ses visions, tombeaux.

La mitraille invoquée a tenu sa promesse; C'est fait; les morts sont morts. Maintenant dis la messe. Prends dans tes doigts l'hostie en t'essuyant un peu. Car il ne faudrait pas mettre du sang à D.eul

On comprend le déchaînement de la presse cléricale ; on se l'explique d'autant mieux que dix-sept traductions de ce poëme, dont quelques-unes en vers, parurent en même temps. Garibaldi répondit à Victor Hugo par un poëme en vers français. Des milliers d'exemplaires de Mentana passant la frontière pénétraient à Paris.

La colère impériale gronda; les représentations d'IIernaiii furent arrêtées, et le poëte reçut à Guernesey la lettre suivante :

« Le directeur du théâtre impérial de l'Odéon a l'honneur d'informer yi. Victor Hugo que la reprise de Rity Dlus est interdite.

« GuiLLY. 1)

Victor Hugo répondit :

A M. Louis-Bonaparte, aux Tuileries.

« Monsieur, je vous accuse réception de la lettre signée Chilly.

Cette lettre parvint à son adresse. Toutes n'avaient pas le même sort, grand nombre des missives que le poëte adressait en France étaient confisquées; toutes étaient lues. H en avait été réduit à faire imprimer sur le coin de ses enveloppes l'article 187 du Code pénal, ainsi conçu :

— Toute suppression, toute ouverture de lettres confiées à la poste, commise ou facilitée par un fonctionnaire ou un agent du gouvernement ou de l'administraction des postes, sera punie d'une amende de seize francs à cinq cents francs, et d'un emprisonnement de trois mois à cinq ans. —

Cette citation, pleine d' à-propos, n'empêchait pas le cabinet noir de se livrer à son décachetage et de lire même les lettres sur lesquelles l'exilé écrivait de sa main : Affaires de famille, inutile d'ouvrir. La police avait ses raisons. Elle savait que le grand exemple donné par le proscrit faisait réfléchir bien des hommes

en France ; elle savait que c'ùtait à lui que s'adressaient les vœux de délivrance ; que c'était vers lui que se tendaient les mains des jeunes gens nés dans la servitude, et qui, grandissant avec des aspirations de liberté, commençdent à réveiller la nation, trop longtemps endormie. Peu à peu le mouvement

AUGUSTE VACQUEniE,

libéral s'accentuait. C'est un vieillard qui, de Guernesey, fortifiait les cœurs, encourageait les espérances.

Certain du lendemain, souriant à l'avenir, il attendait.

Ayant déjà repoussé l'amnistie en 1 859, ne reconnaissant pas au criminel le droit d'absoudre des innocents, au bourreau le droit de pardonner aux victimes, il repoussa avec plus de hauteur encore la dernière amnistie du règne de Napoléon III, celle du 15 août 18G9. Il avait déclaré qu'il ne reverrait le pays

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