‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 149 sur 198 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

3ii

« tombeau de ses aïeux et nid de ses amours » que lorsque la liberté y reparaîtrait; il avait juré qu'il ne rentrerait en France qu'avec le droit. Ces sermentslà ne se trahissent point.

PALL jii:lbige.

L'action politique de Victor Hugo était considérable malgré son éioignement; elle devint plus puissante encore, lorsque, le 4 mai 18(39, fut fondé le Ihippel. Ou était à la veille dos élections générales. Il fallait, continuant la bataille commencée par llochjfort avec lu Lanlenic, fonder un organe [juissant de

la démocratie, une feuille qui pût avoir sur le suffrage populaire une énergique influence.

Pour mener à bien cette entreprise, il fallait des hommes d'une valeur éprouvée, d'un courage inébranlable, d'un talent éclatant. La rédaction de l'ancien Événement était digne de remplir une semblable tâche, d'engager un combat à outrance.

Les fondateurs de cette feuille vaillante furent donc Charles et François Hugo, A'acquerie, Paul Meurice ; à eux se joignit Rochefort, qui le premier en ce temps avait monté à l'assaut, démolissant avec ses épigrammes les premières murailles de la citadelle impériale.

On sait quels hommes étaient Charles et François Hugo. Nous redirons plus loin la noblesse de leur caractère et la grandeur de leur âme. On connaît aussi les deux plus dévoués, les deux plus fidèles amis du maître. Victor Hugo ■ maintes fois leur a rendu non seulement justice, mais hommage. Il a dit combien il était fier de leur amitié, de leur talent, de leur honnêteté. Il leur a dédié de belles strophes ; il les a consolés lorsque d'infâmes calomnies s'efforçaient de les atteindre ; il sait le prix de leurs sacrifices et de leur dévouement. Ils ont été à la peine et ils sont à l'honneur.

Paul Meurice est un de nos maîtres en l'art d'écrire. Dans toutes ses œuvres, dans ses romans et dans ses drames on trouve la marque d'un écrivain de premier ordre ; lettré, savant, il a une manière originale ; la simplicité de son style, l'harmonie de ses phrases, la vigueur et la netteté de ses compositions, la puissance de son imagination le placent au premier rang parmi les hommes de lettres de notre époque. Plein de goût, d'une grande aftabilité de manières, d'une rare probité, il aura dans l'histoire littéraire du xix' siècle une place enviable.

Auguste Vacquerie, lui aussi, est un caractère, et son nom, comme celui de son ami, de son frère d'armes, signifie talent, droiture, énergie. Rien n'ébranla ses convictions, sa foi en l'art et en la République. Lorsqu'il comprit que le règne de la duplicité et de la fourberie allait enfin finir, Auguste Vacquerie, exilé volontaire, s'en vint à Paris battre le rappel de la liberté ; et dès lors, sans cesser d'être un artiste et un poète digne de ce nom, il se fit journaliste, un journaliste incomparable. En cet art il a des égaux, mais point de maîtres. Depuis dix ans, chaque jour il écrit dans son journal des articles qui sont des chefs-d'œuvre d'improvisation. Verve, savoir, bon sens, élégance de plume, élévation d'idées, surprenante variété de tons et d'allures, défense énergique du droit, inflexibilité des principes, ainsi se peut résumer son œuvre quotidienne : philosophe indigné ou sarcastique, il publie chaque matin une page remarquable. Son œuvre mérite le respect de la postérité.

On s'explique que, rédigé par de tels hommes, le Rappel ait eu un succès sans précédent. L'Empire, prévoyant l'accueil qu'allait faire à cette feuille la population parisienne, lui interdit d'abord la vente sur la voie publique.

Page 1