‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 153 sur 198 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

« Deux grandes choses m'appellent : la première, la République ; la seconde, le danger. Je viens ici faire mon devoir. Quel est mon devoir? c'est le vôtre, c'est celui de tous. Défendre Paris, garder Paris...

« Je vous remercie de vos acclamations, mais je les rapporte toutes à cette grande angoisse qui remue toutes les entrailles, la patrie en danger. Je ne vous demande qu'une chose : l'union! Par l'union vous vaincrez. Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles. Serrons-nous tous autour de la République et soyons frères. Nous vaincrons. C'est par la fraternité qu'on sauve la liberté. »

Reconduit par le peuple jusqu'à l'avenue Frochot, oîi il allait habiter au numéro 5, chez son ami Paul Meurice, et rencontrant partout la foule sur son passage, Victor Hugo prit de nouveau la parole et dit : « Vous me payez en une « heure dix-neuf ans d'exil. »

Le poëte demeura donc pendant toute la durée du siège dans la maison de Paul Meurice, un élégant rez-de- chaussée tout entouré d'arbres.

A cette époque vivait encore M""' Paul Meurice.

Cette noble femme était une grande artiste. Elle s'était associée comme il convenait à l'existence intellectuelle de son mari. En elle vibrait l'âme de son époux. Elle était lettrée et elle faisait de la peinture. On a, signées de son nom, d'admirables copies des maîtres du Louvre et du Luxembourg, copies qui font hésiter à se demander si l'on a devant soi la toile du maître.

M'"'' Paul Meurice, à qui Victor Ilugo consacra une de ses plus belles oraisons funèbres, fut une âme vaillante, une femme qui toujours ne songea qu'au devoir. Elle eut toutes les vertus.

Ce fut dans cet aimable asile que le poëte, en revenant d'exil, nous le répétons, s'en vint demeurer. Il lui fallait ces amitiés chaudes et fidèles pour le consoler de l'épreuve. Jamais il n'avait pu rêver que le destin lui réservait cette aventure terrible : rentrer en France après que le crime impérial avait été châtié, mais y rentrer au moment où la patrie était envahie, à l'heure fatale oii l'étranger souillait notre sol.

.\ cette France qu'il a toujours aimée d'un si ardent amour, il apportait du moins un noble conseil. Il revenait pour lui dire comment on résiste, comment on lutte ; il voulait sa part de souffrances, sa part de douleurs, sa part de résistance.

Paris était assiégé ; sa place était dans Paris assiégé. II ne lui convenait pas que la grande ville, redevenue libre en dépit des armées allemandes, pût mourir sans qu'il fût là.

Ses enfants et ses petits-enfants étaient revenus avec lui. Le triomphe impérial avait eu leur dédain ; le deuil de la nation devait avoir leur amour.

Alors que les jolis jeunes gens du second Empire se hâtaient de passer la frontière pour se mettre à l'abri des balles et des boulets, le poëte de France se venait placer là où il y avait péril et là où il y avait honneur. Aux canons

A la.mi!LI.am;i:, au tiii;\ïhk- i i; a n..;a is (Croquis J"Andricj.x.l

Page 1