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CHAPITRE XXXI

SoMUAiRE : Les élections à l'Assemblée nationale (8 février 1871). — Arrivée à Bordeaux. — Garibaldi. — Discours de Victor Hugo pour la guerre dans le présent et la paix dans l'avenir (1" mars 1871). — Proposition concernant les représentants d'Alsace et de Lorraine. — La question du retour à Paris. — Séances orageuses. — • Victor Hugo ne parle pas français. — La démission (8 mars). — Mort de Charles Hugo — Ses obsèques (18 mars). — M. Xavier de Montépin demande que Victor Hugo soit e.vclu de la Société des gens de lettres.

Après avoir obtenu, quoiqu'il eût refusé toute candidature, plus de i,000 suflrages dans le quinzième arrondissement aux élections des maires et adjoints de Paris, le 5 novembre 1870, Victor Hugo fut élu représentant de la Seine, le second sur quarante-trois, aux élections générales du 8 février 1871, qui suivirent la signature de l'armistice, par 214,169 suffrages.

Le 14 février, le lendemain de son arrivée à Bordeaux, où siégea d'abord l'Assemblée, deux jours après le départ de Garibaldi, il fut invité, à la fin de la première séance, à monter sur un balcon qui domine la grande place pour parler à la foule qui l'entourait. 11 refusa de prononcer un discours; mais il dit à ceux qui l'en pressaient qu'il ne devait plus, à cette heure grave, s'adresser au peuple qu'à travers l'Assemblée, parce que la prudence faisait alors partie du dévouement. Entre la guerre désespérée et la paix plus désespérée encore , entre le désespoir avec la gloire ou le désespoir avec la honte, il ne pouvait faire un choix terrible que du haut de la tribune.

L'élu du peuple de Paris siégea dans les rangs de l'extrême gauche. Lorsqu'il eut à parler devant l'Assemblée présidée par M. (ji'évy, il s'éleva, le 1'^' mars, contre les préliminaires de paix dans un discours plein de grandeur et d'énergie. 11 dit que Paris combattant avait fait l'étonnenicnt du monde; que Paris, en cinq mois de République, avait conquis plus d'honneur qu'il n'en avait perdu en dixneuf ans d'Empire ; que Paris acceptait les mutilations, mais n'en voulait pas pour la France. Il ajouta que l'Alsace et la Lorraine voulant rester France devaient rester France et s'écria :

« Dans la glorieuse Strasbourg écrasée sous les bombes prussiennes il y a deux statues : Gutenberg et Kléber. Eh bien, nous sentons en nous une voix

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qui s'élève et qui jure à Gutenberg de ne pas laisser étouffer la civilisation et qui jure à Kléber de ne pas laisser étouffer la République! »

Il termina, au milieu des applaudissements de la gauche, sa harangue par un éloquent appel à la République universelle, à la fraternité qu'il appela sa vengeance, et vota pour la guerre dans le présent et pour la paix dans l'avenir.

Après la ratification du traité de paix les représentants d'Alsace-Lorraine envoyèrent leur démission à l'Assemblée.

Victor Hugo annonça aussitôt le jeudi 12 mars, dans la réunion de la gauche radicale, qu'il proposerait à la Chambre la déclaration suivante :

« Les représentants de l'Alsace et des Vosges conservent tous indéfiniment leurs sièges à l'Assemblée. Ils seront, à chaque élection nouvelle, considérés comme élus de droit. S'ils ne sont plus les représentants de l'Alsace et de la Lorraine, ils restent et resteront toujours les représentants de la France. »

Il voulait, dit-il à la tribune, que si, en regardant du côté de l'Allemagne, la Lorraine et l'Alsace apparaissent mortes, en regardant dans l'Assemblée on les sentît vivantes; il voulait aussi qu'on niât implicitement le traité qui, pour lui, n'existait pas et devait être répudié, comme étant imposé par la force, et parce que les hommes de la République ont pour devoir étroit de ne jamais accepter le fait qu'après l'avoir confronté avec le droit.

Victor Hugo tâcha vainement de faire avec la parole ce que son père avait lait avec l'épée. Sa proposition ne fut pas adoptée.

Bientôt l'Assemblée élue en des jours de malheur, et qui, en ratifiant le traité de paix, avait disposé de la France, disposa également de Paris en décrétant qu'elle irait siéger à Versailles.

Victor Hugo protesta énergiquement.

L'Assemblée réactionnaire de Bordeaux ne le voulut point écouter.

Quelques jours après la proposition de décapitalisation de Paris, un rapport fut fait sur l'élection- d'Alger dont le général Garibaldi avait été nommé représentant. On proposa l'annulation de cette élection. Victor Hugo intervint :

« La France, dit-il, vient de traverser une épreuve terrible, d'où elle est sortie sanglante et vaincue.

« De toutes les puissances européennes aucune ne s'est levée pour défendre cette France qui, tant de fois, avait pris en main la cause de l'Europe,... pas un roi, pas un État, personne ! Un seul excepté... Cet homme, qu'avait-il? son épée. Cette épée avait délivré un peuple ; elle pouvait en sauver un autre. Il l'a pensé, il est venu, il a combattu »

Un tumulte effroyable, indescriptible, se déchaîna à ces mots, auxquels répondirent d'inqualifiables injures. Le vicomte de Lorgeril s'écria que Victor Hugo ne parlait pus français !

Un curé, l'abbé Jaffré, représentant du Morbihan, député pour la première fois, fort ignorant des usages parlement-aires, ne comprenant pas le sens des

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cris : A l'ordre! à l'ordre! poussés par la majorité furieuse, et n'écoutant que ses passions de fanatique, l'abbé Jaffré se leva et l'œil en feu, le poing levé, hurla : A mort Victor Hugo, à mort, à mort!

A ces rumeurs, l'orateur, calme, répondit :

« Il y a trois semaines vous avez refusé d'entendre Garibaldi, aujourd'hui vous refusez de m'enlendre. Cela me suffit ! Je doime ma démission. »

11 ne lui semblait pas permis de rester plus longtemps dans une (.Ihambre qui, selon lui, était animée d'un plus mauvais esprit que les plus détestables Chambres françaises qui avaient existé .uipar.iv.nit.

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