GARIBALDI
Il descendit de la tribune, emprunta la plume d'un sténoij,raphe et écrivit debout, sur le bord d'un bureau, sa démission an président de la Chambre, M. Jules Grévy.
.M. Jules Grévy, aujourd'hui président de la République françjùse , s'efforça, avec sa loyauté, avec son habituelle noblesse de sentiments, de faire revenir Victor Hugo sur sa résolution. Celui-ci demeura inébranlable, il résista aux repri-seulations les plus afiectueuses et les plus touchantes, et après vin.itquatre heures de démarches incessantes, le président de l'A-ssembléc déclara combien il regrettait prufondémeiit de .se trouver contraint de lire publiipicment la démission d(î l'illustre représentant du peuple d • l';iris.
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en voyant l'homme de génie dont la France était fière réduit à donner sa démission de membre d'une Assemblée française.
Louis Blanc, avec une émotion poignante, qualifia ce fait un malheur ajouté à tant d'autres malheurs, se plaignant qu'une voix si puissante eût été étouffée au moment où elle proclamait la reconnaissance de la patrie pour d'éminents services, exprimant, applaudi par Schœlcher, les sentiments de tous ceux qui chérissaient et rêvaient alors le génie combattant pour la liberté.
Garibaldi écrivit à son défenseur :
« Sans manifestation écrite nos âmes se sont cependant entendues, la vôtre par le bienfait, et la mienne par l'amitié et la reconnaissance que je vous consacre depuis longtemps. Le brevet que vous m'avez signé à Bordeaux suffit à toute une existence dévouée à la cause sainte de l'humanité dont vous êtes le premier apôtre. »
Le 1 3 marSj le poète s'apprêtait à revenir à Paris; il avait réuni pour dîner quelques amis dans un restaurant, lorsque soudain on vint lui apprendre la mort de son lils Charles, foudroyé dans un fiacre par une congestion, en venant au repas d'adieu.
Ainsi après dix-neuf années d'exil et de luttes, après la perte de sa femme bien-aimée, après six mois de guerre et de siège, le proscrit n'était rentré en France que pour ensevelir son fils à côté de sa fille et pour mêler ses larmes de patriote à ses larmes de père.
Il couvrit de baisers le cadavre de son enfant et le ramena à Paris pour l'inhumer dans le caveau du Père-Lachaise où dormaient déjà le général Hugo, la mère de Victor Hugo et son frère Eugène.
Derrière le corbillard marchèrent le poëte, son dernier fils François-Victor, puis MJL Paul Meurice, Auguste Vacquerie, Paul Foucher, etc. Les obsèques eurent lieu le 18 mars. Le corbillard, sans passer par aucune église, se dirigea vers le cimetière du Père-Lachaise, et d'instant en instant, écrivit alors un rédacteur du Rappel, le cortège grossissait.
Place de la Bastille, il y eut une chose touchante. Trois gardes nationaux, reconnaissant Victor Hugo, se mirent aussitôt aux côtés du corbillard et l'escortèrent, fusil sous le bras. D'autres gardes nationaux suivirent cet exemple, puis d'autres et bientôt ils furent plus d'une centaine et formèrent une haie d'honneur qui accompagna le mort jusqu'au cimetière.
Un moment après un poste de gardes nationaux, très nombreux à cause des événements de la journée, apprenant qui l'on enterrait, prit les fusils, se mit en rang et présenta les armes ; les clairons sonnèrent, les tambours battirent aux champs et le drapeau salua.
Ce fut la même chose surtout le parcours. Rien n'était touchant comme de voir, sur le canal, dans les rues et le long du boulevard, tous les postes accourir et spontanément, sans mot d'ordre, rendre hommage au fils de Victor Hugo.