‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 161 sur 198 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

un pouce au-dessus de sa tète et roula à ses pieds en le couvrant d'éclats de verre. En même temps se firent entendre ces cris : A mort Victor Hugo ! à bas Victor Hugo ! à bas Jean Valjean ! à bas lord Chambarlie !

Ces clameurs furieuses réveillèrent la maîtresse de la maison, M'"^ veuve Charles Hugo, qui accourut en larmes avec ses deux enfants. Les pierres ne cessaient de pleuvoir; on entendait crier encore : A la potence, S la lanterne, le brigand ! à Cayenne ! à Mazas ! enfonçons la porte !

Soudain les clameurs se turent et les habitants de la maison assiégée, croyant que le danger avait disparu, se recouchèrent.

Une demi-heure après une nouvelle pierre retomba sur le lit de Victor Hugo. L'assaut recommença ; les cailloux criblaient la fenêtre. M™ Charles Hugo, épouvantée, monta, au risque de se tuer, sur le châssis de la serre du jardin et parvint en marchant sur les vitres qui se cassaient sous ses pieds, en s' accrochant au mur, à atteindre la fenêtre d'une maison voisine. Là, d'une voix désespérée, elle appela au secours. Personne ne répondit. Les voisins avaient peur.

Une seconde fois encore l'attaque cessa. Victor Hugo s'efforça de rassurer sa bru, de faire taire les sanglots du petit Georges qui avait deux ans et demi et qui s'écriait : « C'est des Prussiens, dis papapa ! » Prenant dans ses bras Jeanne qui, âgée de vingt mois, était alors très malade, il rentra dans sa chambre. Aussitôt un caillou aigu et tranchant, lancé avec une grande force, passa à travers la fenêtre déjà défoncée et effleura la tête de l'enfant. Puis, pour la troisième fois, l'assaut recommença et, la porte résistant, quelques-uns des bandits tentèrent l'escalade en poussant des cris sauvages.

Heureusement on était à la fin du mois de mai et le jour paraissait de bonne heure. C'est à cette circonstance que le noble vieillard et ses enfants durent probablement la vie. Deux honnêtes ouvriers passèrent par là, allèrent chercher la police, et la bande se dispersa. On trouva non loin de la barricade une poutre énorme qui sans nul doute était destinée à enfoncer la porte.

Que fit le gouvernement belge en présence de cettte attaque nocturne à main armée, de cette tentative d'assassinat ? H publia, le 30 mai, l'arrêté suivant, signé du roi Léopold et de son ministre de la justice :

« Il est enjoint au sieur Victor Hugo, homme de lettres, càgé de soixanteneuf ans, né à Besançon, résidant à Bruxelles, de quitter immédiatement le royaume, avec défense d'y rentrer à l'avenir, sous les peines connninées par l'article 6 de la loi du 16 juillet 18(5.t. »

Le mêmejour, au sénat belge, le ministre des affaires étrangères déclara que la lettre de l'illustre poète pouvait être considérée comme un défi, comme un outrage à la morale publique, comme une bravade, comme une provocation au mépris des lois; la tranquillité publique étant menacée par la présence de Victor Hugo sur le territoire belge, l'arrêté devait être exécuté sans retard. La majorité approuva cette résolution, d'accord avec M. le comte de Ribaucourt qui

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trouvait excellentes les mesures prises « contre riudi\idu dont il s'agissait! »

En vain, à la Chambre des représentants, M. Defuisseaux s'éleva contre l'inqualifiable arrêté,

La Belgique, qui peu auparavant tolérait les menées bonapartistes, qui, il y avait quelques mois, offrait, sous prétexte d'hospitalité, les hoimeurs d'un train spécial à l'homme du Deux Décembre, à l'homme de Sedan, la Belgique saisissait avec empressement l'occasion de chasser l'illustre auteur des Châli- ??2f«/s qui, frappé dans ses affections les plus chères, contraint de donner sa démission do député, était venu, au milieu des derniers membres de sa famille, demander l'hospitalité à une nation libre.

Son âge, son génie, ses malheurs, son courage, sa loyauté devaient lui attirer toutes les sympathies. Et on le chassait d'un pays dans lequel il ne croyait pas pouvoir se considérer comme un étranger, d'un pays auquel toujours il avait rendu hommage.

Cette mesure laissait justement supposer qu'on voulait par avance donner des gages aux idées catholiques et réactionnaires qui menaçaient dors de gouverner la France. La tranquillité publique n'avait été troublée que par des malfaiteurs oublieux de toute .générosité et de toute convenance, par des insulteurs d'un hôte vénérable. La presse entière, c'est-à-dire toute la presse libérale, blâmait énergiquement l'acte du gouvernement. M. Couvreur joignit sa protestation à celle de M. Defuisseaux.

Mais le gouvernement ne tint pas compte de ces protestations. 11 s'obstina et signifia l'arrêté d'expulsion de Victor Hugo.

Toutefois il ne tarda pas à réfléchir et l'attentat de Bruxelles eut ce résultat : la Belgique n'osa point proscrire tous les réfugiés de la Commune; elle offrit asile à Tridon qui mourut à Bruxelles.

La justice belge, n'ayant pu donner le change à l'opinion, se décida au bout de trois mois à poursuivre les criminels auteurs de l'assaut du 27 mai. Les témoins étaient dispersés; les traces matérielles avaient en partie disparu. On acquit cependant la preuve qu(A M. Kervyn de Lettenhove, fils du ministre de l'intérieur, était un des principaux coupables de l'attentat dans lequel un vieillard et un petit enfant avaient failli être tués. JL Kervyn de Lettenhove, qui refusa de nommer ses complices, fut condamné à cent francs d'amende !

Ceci, est-il écrit dans les notes du livre intitulé Depuis l'c.vil, ceci est /(/ fin de l'incident belge.

Victor Hugo chassé de Belgique alla faire un voyage dans le Luxembourg. 11 se rendit d'abord à Vianden.

Le bruit de son arrivée se répandit aussitôt, et il parait qu'un curé, montant en chaire, le dénonça comme l'assassin de l'archevêque de Paris, et prédit à ses paroissiens qu'il allait attirer sur leurs têtes les plus ellVoyahles miiliieurs.

Ce sermon eut un résultat inattomlu. l ne société musicale de Vianden. la Lyre omirii''re. vint lui donner une sérénade sous ses fenêtres. Le poêle re-

L'ATTAntE NOCTURNE DE En'JXELLIS

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