CHAPITRE XXXIV
Sommaire : Qiiatieving'.-treize (1874). — La critique. — Un article deM. Esconier dans le Petit Journal. — Trait de mémoire. — Mes fils (1874). — Actes et Paroles : Avant, pendant et après l'exil. — Pour un soldat. — La seconde période de la Légende des siècles (l.s77). — Le salon de la rue de Clichy. — Les soirées de Victor Hugo. — Une Ifçon de littérature. — Le réalisme et le naturalisme. — Leur but, leurs conséquences. — Le mur de M. Courbet. — Le plus misérable des mots. — .4ppréciations politiques.
Qiiatrevingt-lrcize, le dernier roman publié par Victor Hugo, parut en 187Û, et, de même que les Misérables, fut aussitôt traduit dans presque toutes langues.
La Révolution est à son apogée. Le maître glorifiant la sanglante année révolutionnaire a choisi l'heure de la crise suprême. La Convention est décimée; elle a abdiqué entre les mains de Robespierre et de Danton, et les royalistes, essayant de profiter des discordes civiles, engagent en Vendée une lutte désespérée. Ce que veut prouver le livre, c'est que de cette atmosphère de sang, de cette bataille sans merci, entreprise au nom de la liberté contre le despotisme, au nom de la loi contre l'arbitraire, le progrès et l'hiimanité se sont dégagés triomphants.
L'œuvre a pour sous-titre lu Guerre cicile, et c'est en Vendée que se déroulent les péripéties du drame entremêlé d'épisodes gracieux, de scènes charmantes, d'admirables descriptions des paysages de cette vieille terre, dernier asile de la foi royaliste.
L'immortel écrivain, créant, avec sa puissance habituelle de conception, des types personnifiant l'époque de 1793, a résumé, à l'aide de ses héros |)rincipaux, toutes les passions du temps, les vertus stoïques, le courage indomptable, la résistance inflexible.
Dans un chapitre magnifique il ressuscite, pour ainsi dire, le Paris de quatrevingt-treize ; il le fait revivre tel qu'il était alors, remuant, passionné, bouillonnant ; il lui rend sa physionomie pittoresque et terrible, et les descriptions sont à ce point exactes et vivantes qu'on les croirait extraites des Mémoires d'un contemporain, des dépositions d'un témoin. .\ux yeux du lecteur apparaît
de même le tableau de la Convention, telle que la représentent la tradition et l'histoire, telle qu'elle était avec ses drapeaux, ses tribunes, avec l'autel de la loi, avec ses gradins où chaque député à son banc revit, vêtu de son costume, faisant le geste qui lui était familier ; toutes ces physionomies, tous ces caractères sont caractérisés par un mot, fixés par un trait.
La grande Assemblée qui accomplit tant d'actions superbes se dresse tout entière, évoquée par le génie de l'historien.
QUATBEVINGT -TREIZE.
Puis vient le récit de l'insurrection formidable, récit entraînant, d'un intérêt sans égal, animé par des élans sublimes et rempli de pages d'une exquise sensibilité.
Cette œuvre, pleine de contrastes comme toutes les œuvres du maître, éclaire d'un jour nouveau l'histoire de la Révolution française ; elle la complète et la glorifie.
Quatrevingt-treize fut accueilli comme il convenait par la critique et pour ainsi dire universellement loué. L'habituelle querelle fut cependant cherchée; on reprocha à l'auteur son vocabulaire, prétendant qu'il avait eu tort de se servir, pour décrire des faits maritimes, du répertoire technique. Nous