CHAPITRE XXMV
montra traître, la haine est restée vivace et s'exprime par des explosions indignées, mais sans troubler la sérénité impérieuse de la pensée de Victor Hugo. Un moi immense plane sur ces passions, un moi qui n'a rien d'orgueilleux et qui semble être simplement l'expression de l'humanité.
Quant aux attaques qui se sont récemment produites contre lui, il n'en parle jamais. Ceux qui de leurs bras débiles ont essayé, ces années dernières, d'ébranler le piédestal sur lequel se dressa la statue gigantesque du potte de France, ceux-là ont amusé la galerie aux dépens de leur orgueil démesuré. Ils opposent à l'œuvre du génie des œuvres qui se complaisent dans l'étude approfondie des vices sociaux, dans des peintures obscènes. De tout cela, l'on ne parle déjà plus ; déjà le naturalisme a accompli ses destinées. Il a voulu vainement recommencer à son profit cette ridicule querelle de mots qui doit pour toujours disparaître du domaine littéraire. Le plus fameux parmi les écrivains de cette école a attaqué le romantisme avec une fureur plaisante. Il n'a voulu y voir, soit par ignorance, soit par mauvaise foi, que le coup de folie d'un groupe. Aux yeux de ce critique étrange, classiques et romantiques sont des produits delà scolastique et de la théologie! Pour lui, les grands littérateurs de 1830 n'ont point réformé la langue et n'ont pas élevé de nouveau, vers les cimes de l'art, les pensées des générations qui avaient désappris jusqu'au nom de la liberté et de la poésie. Il ne comprend pas lord Byron courant à la défense de la Grèce, il ne comprend pas Hugo chantant sur sa lyre d'or les gloires du passé, les espérances de l'avenir, tout ce qui est beau et tout ce qui est grand. Que notre littérature se transforme soit, parce que ne pas se transformer, avons-nous dit dtjà, c'est périr. Mais l'œuvre de Victor Hugo n'en sera pas moins impérissable et nier son action est folie.
Le poëte, tout en combattant certains livres et certaines tendances à cause des raisons que l'on connaît, n'en professe pas moins pour tous les écrivains de talent, à quelque école qu'ils appartiennent, une admiration sincère.
Il a écrit parlant de Gustave Flaubert, ce réaliste incomparable, ce maître en l'art d'écrire, auquel on vient d'élever un monument : « Toutes les hautes passions, aucune passion inféi'ieure, c'était là Flaubert, ce grand CBur, ce nobleesprit. »
L'auteur de Madame Boiunj professait pour Victor Hugo, dont il n'était point le disciple, l'admiration la plus sincère. Quand il mourut foudroyé par une attaque d'apoplexie, une seule pensée persista dans son cerveau et lui donna la force d'ai-ticuler ces deux mots qui furent les derniers : Avenue d'iîylau.
Sa suprême pensée avait été pour le maître.
Égale était l'admiration de Balzac, le chef incontesté de l'école moderne, qui s'est écrié : « Victor Hugo, mais c'est un monde, n'en parlons plus! »
De semblables hommages devraient faire rélléchir les disciples de Balzac et de Flaubert.