CHAPITRE XXXV
Sommaire : L'Art d'être grand-père (1877). — Victor Hugo et les enfants. — Comment il parle aux mères. — Le côté touchant de son génie. — Georges et Jeanne. — Lœtitia rerum. — La Noël. — Le jour des Rois. — Bons points et mauvais points. — Un grand-père priyé de dessert. — Quelques mots de M"» Jeanne. — Ce que c'est que le paradis. — L'Histoire d'un crime (1877).
Quelques mois avant la seconde série de la Légende des siècles, en 1877, avait paru un livre qui est la manifestation la plus éclatante du génie de Victor Hugo, l'Art d'être grand-père, sorte de suite au Livre des Mères ou Livre des Enfants, trésor épars dans l'ensemble des œuvres du poëte et pieusement recueilli par Hetzel.
Ce recueil, publié il y a longtemps, est unique en son genre. — Cela a été en effet, a bien dit l'éditeur dans une préface, cela a été un don particulier au poëte de pouvoir peindre, de pouvoii- chanter les enfants. Victor Hugo, contraste étrange, si l'on songe à ses qualités robustes, Victor Hugo restera comme l3 plus tendre, comme le plus aimable, comme le plus véritablement sensible de nos poètes. Sur le doux terrain de la famille, il est sans rival. Nul n'a su dire comme lui aux mères heureuses : « Voici vos joies ; » nul aux mères désolées : « Voici vos larmes. » Ce livre est plein de cris joyeux, de bruits d'oiseaux, de tous ces gais et charmants ramages qui sont la chanson de l'enfance. Hélas ! il est plein de douleurs aussi.
Victor Hugo a chanté les petits d'une voix qui jamais ne s'oubliera; il a toujours aimé ceux qui sont désarmés. Sans cesse il s'est penché souriant et bon sur ces deux faiblesses, la femme et l'entant; il a réclamé pour eux des droits. Alors que Musset s'est contenté de célébrer en strophes ardentes un seul amour, l'amour des sens, l'amour passionné, Hugo a envisagé l'amour comme le plus sacré des devoirs. C'est aux mères qu'il s'adresse, c'est à leur cœur qu'il parle. Il a cherché à faire de la femme une compagne digne de l'homme ; il a cherché à relever celles qui tombent victimes de la misère ou des lois sociales. II leur a tendu la main, prononçant des paroles de pardon, leur laissant espérer la réhabililation.