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CHAPITRE XXXVI. Û

de lumière, qu'il voyagera de planète en planète, transformé, meilleur.

Malgré cette foi ardente, il s'est trouvé des évêques qui l'ont appelé athée. lUhée, entendons-nous, a-t-il répondu dans des vers inoubliables :

S'il s'agit d'un bonhomme à longue barbe blanche,

D'une espèce de pape, ou d'empereur, assis

Sur un trône qu'on nomme, au théâtre, un châssis,

Dans la nuée, ayant un oiseau sur la tête,

A sa droite un archange, à sa gauche, un prophète,

Entre ses bras son fils, pâle et percé de clous,

Dn et triple, écoutant des harpes, dieu jaloux.

... Sacrant tous les bandits royaux dans leurs repaires, Punissant les enfants pour la faute des pères. En colère et faisant la moue au genre humain. Comme un Père Duchéne, un grand sabre à la main; Dieu qui volontiers damne et rarement pardonne, Qui, sur un passe-droit, consulte une madone, Dieu qui, dans son ciel bleu, se donne le devoir D'imiter nos défauts, et le luxe d'avoir Des fléaux, comme on a des chiens, qui trouble l'ordro, Lâche sur nous Nemrod et Cyrus, nous fait mordre Par Cambyse, et nous jette aux jambes Attila, Prêtre, oui, je suis athée, à ce vieux bon Dieu-là.

Mais s'il s'agit de l'être qui personnifie le juste, le vrai, le beau, que no font ni ne défont les religions, qui n'a pas de visage et pas de fils, qui est invisible, impalpable et qu'on aperçoit dans tout sans le saisir dans rien, qui est suprême, immuable, qui représente la raison, le droit, la justice, principe éternel, immense et simple, qui est notre conscience et que faute d'un nom plus grand on appelle Dieu, c'est Victor Hugo qui est le croyant, et c'est le prêtre qui est l'athée.

Ainsi se peuvent résumer la foi du poëte, ses croyances. Ainsi expliquée, sa religion est la plus pure, la plus noble, la plus belle des religions.

Ses pensées, ses espérances, il a fini de les développer et de les affirmer dans sa vieillesse. Il leur a consacré plusieurs de ses livres. Dans le Pape, il a peint le caractère d'un pasteur idéal qui, tandis que les autres princes baissent, se contente d'aimer, qui affirme sa bonté et a pour règle le pardon dans son royaume humain. Ce pape tâche d'être doux ; il ne maudit pas, il veut partager toutes les douleurs humaines; il appelle à lui tous ceux qu'on méprise et qu'on déteste; Une connaît point les religions méchantes, funestes, implacables, avides de châtiments; pour lui aimer tous les hommes, c'est servir Dieu.

11 dédaigne l'infaillibilité; il secourt les brebis tondues; il pénètre daiis les greniers ; il sourit aux nourrices; il embrasse les petits enfants; il combat les échafauds et les guerres; il s'écrie : Paix à tous, et Dieu lui répond : Fils, sois béni !

Le pape réel, le pape qui règne sur la chrcaicnté pense un se réveillant,

Zil8 VICTOR HUGO ET SON TEMPS.

après que des voix ont murmuré ces vérités à son oreille : « Quel rêve affreux je viens de faire! »

Les catholiques de France, après avoir lu ce livre , ne purent faire taire leur indignation. Ils se répandirent dans leurs journaux en injures chrétiennes, en saintes apostrophes répondant à des paroles de paix et d'amour par des cris de colère et des invectives.

Un pieux satirique, M. Alfred de Brigny, publia aussitôt un volume de poésies qui est mentionné dans le Catalogue des éditions originales des livres de Victor Hugo, par un bibliophile cévenol. Ce volume s'intitule : Pape contre Pape, ou le Pape de Victor Hugo et le Pape de l'Église.

M. de Brigny n'y va pas de main morte. Il appelle Victor Hugo le poëte de la décadence et ses pièces principales portent des titres modestes : Coups de massue, l'Êreintement, etc.

Il dit son fait à l'auteur du Pape :

Poëte, vante-toi d'i'tre un homme loyal; Tu fus, dès ton enfance, un anti-clérical!

M. de Brigny ne s'en tient pas là. Il ajoute parlant à la lyre de Tanticlérical :

Lyi'e, \ibre toujours.

Oui, dans des flots d'encens, dans des flots de prière. Mêle tes cris plaintifs; mais, surtout de saint Pierre Savoure la douleur, abreuves-en tes jours.

Le style est à la hauteur de sa pensée. Elle nous rend rêveur cette lyre qui, mêlant ses cris dans des flots d'encens et de prières, trouve moyen de savourer la douleur de saint Pierre et d'en abreuver ses jours. Théophile Gautier disait : Mes métaphores se tiennent; tout est là. Les métaphores d'Alfred de Brigny se tiennent, elles aussi ; nous les devions à la postérité .

Victor Hugo, qui jamais ne se consolera d'avoir été « éreinté » de la sorte, fit paraître en 1879 la Pitié suprême. Ce fut sa réponse à la haine; pardon, pitié pour tous, pour les tyrans, pour les monstres qui sont victimes de leur ignorance et de leur éducation. Panser la puissance, laver le crime, il considère cela comme un devoir, Jean Huss, en voyant s'approcher le bourreau chargé de mettre le feu à son bûcher, a dit au bourreau : Pauvre homme !

Il faut, au nom du ciel, délivrer

Le bourreau du supplice et le tyran du trône.

Quelle [thilosophie pourrait être comparée à celle-là? Quel Syllabus pourrait être mis en regard de la Pitié suprême? Qui, des prêtres et du poëte, prêche véritablement le pardon et la miséricorde?

La tolérance est la règle, le Credo de Victor Hugo. ^Jon seulement il la professe, mais il la pratique; de même qu'il l'enseigne dans ses œuvres, ainsi chez lui il la prouve.

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