CHAPITRE XXXVII
Sommaire : Le théâtre de Victor Flugo combattu par l'ordre moral. — Reprise i'flernani à la Comédie française (1877). — Un sou|ier de centième. - Reprises de Buy Blas, de Notre-Dame de Paris et des Misérables. — Quelques strophes de Théodore de Banville. — Les noces d'or d'Hernani (25 février 1S80). — Vers de François Coppée. — Fête du cinquantenaire à l'Hôtel Continental. — Un mot de M. Sarcc}'. — Toast d'Emile .Augier. — Au père! — Réponse du poëte.
Justice a été rendue à Victor Hugo de son vivant. Exception mémorable, il aura connu avant d'entrer dans cet infini, auquel il croit si fermement, la gloire de l'immortalité. Son labeur a été recompensé.
Les haines se sont éteintes autour de lui ; il plane maintenant au-dessus de nospassions, de nos discordes et de nos colères. Chaque année ajoute un rayon à son front. Ses adversaires les plus impitoyables se sont inclinés devant lui. M. de Falloux, le fougueux catholique, lui a demandé pardon avant de mourir. Il est entouré de l'universel respect.
Cependant son œuvre ne cessa pas d'être poursuivie après la chute de l'Empire, et les hommes de l'ordre moral continuèrent la persécution commencée par Napoléon III. Pendant l'état de siège, si longtemps maintenu par r.\ssemblée de Bordeaux, les drames de Victor Hugo furent presque tous interdits; les théâtres officiels obéissaient à la consigne soldatesque.
M. le général Ladmirault, son sabre à la main, s'opposa aux représentations du Bot S(i7nuse, qui, on le sait, n'a pas encore été remis à la scène.
Le général, nous apprend une note de Pendant l'exil, ne se donna même pas la peine d'expliquer en quoi Triboulet mettait Marie Alacocque en danger. Gela lui a paru évident, et cela lui a suffi ; cela doit nous suffire aussi.
Vers la même époque, un autre fonctionnaire, un sous-préfet, fit effacer le Revenant de l'affiche d'un théâtre de province, en déclarant que, pour dire sur un théâtre quoi que ce soit qui fût de Victor Hugo, il fallait une permission spéciale du ministre de l'intérieur, renouvelable tons les soirs.
Cependant, au mois de novembre 1877, eut lieu la reprise d'/Iernani à la Comédie française. Cette reprise fut accueillie avec enthousiasme.