CHAPITRE IV
Sommaire : De Paris à Bayorne. — Amour d'enfant. — Dante, Byron, Goethe, Chateaubriand, Lamartine ont chanté de semblables amours. — De Savonne à Madrid. — Le trésor et le convoi. — .arrivée à Madrid. — Séjour au palais Masserano. — Le collège des nobles. — Combats d'écoliers. — Retour aux Feuillantines (1813). — L'enseignement de Larivière. — Dangers de l'éducation cléricale. — Tentative d'un proviseur u chauve, noir et effrayant u. — La petite Espagnole Pépita.
Partir pour Madrid, c'était une entreprise grave, périlleuse. 11 fallait (l'abord traverser la France de Paris à Bayonne. Aujourd'hui quelques heures suflisent, mais, en 1811, le trajet demandait neuf jours. 11™° Hugo loua la diligence tout entière, une diligence qui, comme toutes les autres à cette époque, était peinte en vert, la couleur impériale, et contenait six places à l'intérieur et trois places dans le cabriolet de cuir placé à l'avant.
Victor demanda à s'installer dans le cabriolet pour le voyage, qu'il acheva à partir de Poitiers en compagnie de deux étrangers pressés dont l'un, nommé Isuel, grâce à ses attentions, a laissé au poëte un souvenir que le temps n'a pu altérer.
En arrivant à Bayonne les voyageurs apprirent qu'il fallait séjourner un mois dans cette ville pour attendre le convoi, c'est-à-dire le trésor destiné au roi Joseph et protégé pendant son passage à travers l'Espagne par une nombreuse escorte.
Victor Hugo n'a point oublié ce séjour à Bayonne. Il revoit encore le théâtre où sa mère le conduisit plusieurs fois de suite écouter la même pièce. C'est dans cette ville que son cœur battit pour la première fois. H y fit connaissance d'une petite fille dont il devint profondément amoureux.
Sans doute presque tous les hommes pourraient raconter de semblables idylles, mais celles dont les illustres ont été les héros sont plus attachantes que les autres.
Ainsi Byron, à l'âge de neuf ans, s'éprit de belle passion pour Mary Duff, une fillette de son âge, et il s'étonna plus tard de l'étrangeté de cet attachement si tendre, alors qu'il ne pouvait ni connaître l'amour, ni même comprendre le sens de ce mot. Étrange chose que l'histoire de cette liaison, a-t-il écrit ; nous n'étions à cette première époque de la vie, elle et moi, que de vrais petits enfants; je me suis depuis ce temps énamouré plus de cinquante fois et