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CHAPITRE XXXVIII

Sommaire : Victor Hugo dessinateur. — Premiers essais. — Ce que le poète entonJ par un dessin. — Ses procédés et ses maîtres. — Une plume qui peint. — Étude de la nature et de l'architecture. — Un album publié pour les enfants pauvres. — Caricatures et croquis. — Catalogue des portraits et des charges de Victor Hugo, de 1827 à 1880.

A mesure que se poursuit le récit de l'e.xistence de Victor Hugo, les faits prêtent un plus grand intérêt à ce livre; la vie du poëte devient de plus en plus superbe ; sa vieillesse est une apothéose ; il est entré vivant dans l'immortalité.

Nous avons à raconter encore les fêtes dernières, les ovations faites à sa vieillesse, les hommages rendus à son génie, qui a en quelque sorte grandi avec les années. Mais nous devons consacrer un chapitre à la surprenante faculté de Victor Hugo pour le dessin. Le public, nous lui eu avons donné la preuve, sait qu'il existe à côté du poëte un artiste original. Les reproductions de ses dessins ont montré dans cet ouvrage la manière du maître.

Dans un remarquable article publié par l'Art en 1875, M. Ph. Burty rappelait comment M'"'' Victor Hugo avait trouvé en tète d'un cahier contenant des essais de poésie le premier dessin de l'Enfant du génie.

Cette ébauche amusante ne saurait être considérée comme la preuve d'une irrésistible vocation : un oiseau s'échappe d'un œuf; mais la forme du volatile est si imparfaite, que le dessinateur a cru devoir expliquer son œuvre en écrivant au-dessous : Ceci est un oiseau.

De même, à l'époque où les décors des théâtres ressemblaient à ceux de l'Opéra actuel, comme un polichinelle ressemble à une statue de Phidias, on plaçait, sur la scène, des poteaux, avec dos inscriptions explicatives disant: Ceci est un palais, ceci est une forêt.

Victor Hugo dans sa jeûnasse n3 s'occupa en aucune façon do dessiner.

U n'eut point au début de sa carrière l'intention de devenir un peintic comme Théophile Gautier, qui, tout en esquissant une acadéinio, songeait

k3k VICTOR HUGO ET SON TEMPS.

certes bien plus à la poésie qu'à son modèle, mais qui, du moins, reçut des leçons sérieuses et vécut longtemps à l'atelier.

11 ne songea pas d'abord à se consacrer aux arts, ainsi que fit Goethe, qui, à la vérité, n'y réussit guère, si l'on s'en rapporte à ce qu'il a avoué lui-même dans ses Èpigrammes de Venise :

it J'ai essayé bien des choses; j'ai beaucoup dessiné, gravé sur cuivre, peint à l'huile ; j'ai aussi bien souvent pétri l'argile, mais je n'ai pas eu de persévérance, et je n'ai rien appris, rien accompli. Dans un seul art je suis devenu presque un maître, dans l'art d'écrire en allemand. »

Victor Hugo n'apprit le dessin que comme nous l'apprenons tous, au collège ; il était un écolier studieux et attentif, et, sans doute, s'appliquait exactement à reproduire les nez et les bouches, que l'on plaçait devant ses yeux ; mais la plume le tentait autrement que le crayon, dont il ne songeait point qu'il pût se servir utilement un jour.

— La première fois, nous a-t-il raconté, que je pris un croquis d'après nature, j'avais déjà l'âge d'homme. J'étais en excursion aux environs de Paris. J'accompagnais une dame et nous voyagions en diligence. Dans un village voisin de Meulan, si j'ai bonne mémoire, la patache s'arrêta pour relayer. Je descendis aussitôt. Près de nous se trouvait l'église; j'y entrai, et je fus i frappé de la beauté gracieuse de l'abside que je m'efforçai d'en retracer quelques détails. Mon chapeau me servit de pupitre. Je n'avais que dix minutes à moi. Quand on vint me chercher en hâte à l'heure du départ, ma note était prise, le dessin était suffisant pour fixer nettement mon souvenir. C'est la première fois que je compris bien de quelle utilité pouvait être pour mes travaux littéraires la copie de la nature. Ma compagne de voyage se moqua de moi : « Allez- vous donc devenir dessinateur? » me dit-elle. Nous rîmes; mais cette aventure me fut profitable, et depuis, ainsi que je l'écrivis plus lard, j'ai toujours aimé à noter les originalités des architectures locales, quand l'architecture est naturelle et non frelatée par les architectes. Le climat s'écrit dans l'architecture : pointu, un toit prouve la pluie; plat, le soleil; chargé de pierres, le vent. »

Peu à peu le dessin devint pour Victor Hugo, non une préoccupation, mais une distraction.

Crayonnant à tout propos, pour passer le temps, ou pour fixer une impression, ou pour distraire ses enfants, ce dessinateur d'occasion est devenu, depuis longtemps, un artiste merveilleux.

Victor Hugo dans son dessin est un visionnaire servi par une main singulièrement obéissante, reproduisant l'image entrevue, la modifiant, l'animant, rendant la pensée comme le clavier rend les sons sous les doigts d'un musicien inspiré.

M. Méaulle, dont le grand talent est justement estimé par le poète, et qui a reproduit par la gravure les compositions ici reproduites, M. Méaulle nous a

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