‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 191 sur 198 · CHAPITRE XXXIX. kkl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX. kkl

sont vieux. 11 faut pour gouverner les générations nouvelles des hommes nouveaux.

Ils représentent le dix-neuvième siècle ; l'avenir appartient au vingtième, qui résoudra enfin la question sociale.

Or, la question sociale est tout simplement ceci : d'un côié, ceux qui possèdent, et de l'autre, ceux qui ne possèdent pas.

Quelle en sera la solution? il ne la faut point chercher en dehors de l'instruction, universellement répandue, et de la création des nouvelles écoles, dans lesquelles on donnera un enseignement salutaire.

Jusqu'ici l'instruction a été absolument mauvaise, puisque le père, après avoir mûrement réfléchi, se voit presque toujours dans l'obligation de dire à sou fils : « Oublie ce que je t'ai fait apprendre. »

Le seul but est donc l'unité et la vérité de l'instruction. On fera pour cela les livres nécessaires, livres qui remplaceront la littérature de ce siècle, laquelle est en avance et a commencé à éclairer l'humanité.

Une fois qu'on sera en mesure de donner l'instruction à l'enfant, on donnera la possession à l'homme, et l'on agira, par une répression sévère, sur quiconque alors résistera au bien, parce qu'il n'y aura plus d'excuse.

La possession donnée à l'homme, est-ce donc une utopie? Non, certes. Quand on songe au progrès de la science et aux immenses forces de la nature, aux courants des fleuves qui sont, jusqu'à présent, en partie inutiles à cette colossale puissance de la marée qu'on méprise aujourd'hui , mais dont on saura se servir un jour ou l'autre, on demeure convaincu que l'efl'ort humain s'est épuisé inutilement et dépensé en travaux stériles.

Un grand pas a été fait déjà, et lorsque, pour produire et pour récolter, l'homme n'aura plus besoin de dépenser aussi vainement son temps et sa sueur, que lui manquera-t-il pour être heureux, autant que l'homme peut être heureux? De la terre à cuhiver.

— Eh bien ! on dira à l'homme : « Prends de la terre, nous t'en donnons qui sera bien à toi. » Les distances à parcourir ne sont plus un obstacle : des continents utiles, tout le centre de l'Afrique, par exemple, ne tardera pas à être conquis à la civilisation.

Bientôt, au siècle prochain, les frontières auront pour ainsi dire disparu, car l'idée de la fraternité fait son chemin à travers le monde. Ici, le territoire est possédé par un petit nombre; là-bas, il ne l'est par personne. Tu te déplaceras sans hésiter, toi qui ne possèdes rien dans le pays où tu es né, pour devenir propriétaire dans une contrée deveiuie voisine. Toute la terre est à tous les hommes.

11 n'y aura plus de malheureux que ceux qui s'obstineront à vouloir no rien faire, et ceux-là diminueront grâce aux sains enseignements qui leur seront donnés.

Aussi l'avenir apparaît rayonnant, car il est impossible que les tentatives

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et l'immense labeur des siècles passés demeurent éternellement improductifs.

— Telle est, sans la magie de l'expression, la ferme croyance de Victor Hugo en l'avenir de l'humanité.

Il se peut que quelques-uns qualilient cette foi d'aveugle et traitent do rêverie cette espérance superbe.

Tant pis, à notre avis, pour ceux-là! Que sert de vivre si l'on ne rêve point pour ceux qui nous survivront un avenir meilleur, et si Ton ne travaille pas de toutes ses forces au bonheur des enfants qui naissent ou qui vont naître?

Quelle croyance peut subsister si ce n'est celle à l'émancipation, à l'honnêteté, au bonheur futur de ses semblables!

Il faut l'entendre les défendre dans ce salon de l'avenue d'Eylau oîi, chaque soir, se réunissent ses amis.

Mais avant de faire la description de ce dernier salon , disons quelques mots de la demeure qui est habitée par le poëte depuis la fin de l'année 1878.

L'avenue d'Eylau est située à l'une des extrémités de Passy, près du bois de Boulogne, dans un quartier qui n'est pas encore construit, qui ne ressemble pas à Paris, mais qui cependant n'est plus la campagne. De tous côtés, des terrains à bâtir.

Le petit hôtel porte le n" 130; il est continu et fait pour ainsi dire corps avec un autre petit hôtel portant le n" 132 et dans lequel demeurent M. et M"" Lockroy, Georges et Jeanne. Ces habitations communiquent à l'intérieur par des portes placées au rez-de-chaussée et au premier étage et de la sorte Victor Hugo vit au milieu de ses enfants.

L'hôtel de Lusignan, situé avenue d'Eylau, est voisin de celui qu'occupe Victor Hugo. Les deux immeubles appartiennent à la famille des anciens rois de Chypre. Les jardins sont contigus et le poëte quitte quelquefois sa chambre pour entendre la voix de sa charmante propriétaire.

Victor Hugo connaît d'ailleurs la princesse depuis longtemps. 11 lui adressait, le jour du centenaire d'/Jcniani , une des plus jolies lettres qu'il ait écrites :

n Mercredi, 25 février.

« Entre nos deux âges , madame , il y a la place d'un cinquantenaire à'Hcrnani. Mes quatre-vingts ans offrent leurs respects à vos trente ans, et mes vieilles lèvres baisent vos jeunes mains.

La maison de Victor Hugo est connue dans le quartier sons le nom de « maison de la grande marquise « ; une marquise vitrée la fait en effet remarquer, et c'est là que les passants, surpris par la pluie, trouvent à s'abriter un moment dans ce quartier désert : • — Ma demeure sera toujours un lieu d'asile, dit en riant Victor Hugo.

L'hôtel se compose d'un rez-de-chaussée et de deux étages. Le rez-de-

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