LE JARDIN DE L AVENUE D EYLAO
chaussée est occupé par la bibliothèque et par la cuisine qui donnent sur Il rue. Entre ces deux pièces se trouvent une chambre servant de vestiaire et un vestibule donnant accès au salon de réception.
Au premier, les chambres à coucher, un salon et le cabinet de travail.
C'est au premier que reste le poëte pour travailler. Là, il est pour ainsi dire dans un bois. D'un côté, il a vue sur les arbres de l'avenue; de l'aulre, sur le jardin de l'hôtel : un coquet et délicieux jardin, plein de beaux arbres, avec un tapis vert, des corbeilles de fleurs, un ruisselet dans lequel barbotent les canards blancs de M"= Jeanne et une petite fontaine d'où l'eau tombe en cascade.
On descend dans le jardin par un perron, auquel on arrive après avoir traversé le grand salon et une véranda qui s'étend derrière le salon, laissant voir le jardin.
A l'une des extrémités de cette galerie vitrée, le magnifique buste, en marbre blanc, de Victor Hugo, par son ami David d'Angers; à l'autre extrémité, l'ii faisant face, le ravissant tableau de Voillemot, représentant Jeanne et Georges. La petite fille lit l'Art d'être grand-pire- à droite son frère s'appuie sur le fauteuil où elle est assise.
Le salon est semblable à celui de la rue de Clichy, que nous avons décrit. Il n'en diffère que par le meuble, qui est en tapisserie d'Aubusson; au fond, à droite, une haute cheminée faite d'un devant d'autel Renaissance en velours rouge brodé d'or. Près de cette cheminée s'ou^Te la porte de la bibliothèque, où l'on remarque d'abord l'admirable portrait du poëte, peint par Bonnat. A ce sujet,- un mot des portraits du maître, qui a fort peu souvent posé et dont les traits ont presque toujours été reproduits de mémoire avant l'invention de la photographie. On ne connaît que cinq ou six portraits peints de Victor Hugo : celui d'Auguste Châtillon, fait en 1856, et dont nous avons parlé; celui de Louis Boulanger, daté de 18i2; un petit portrait de Heim, dans son tableau, aujourd'hui à Yersailks : Uiis lecture au Théâtre-Français et le portrait que le peintre Chiffart envoya, de Guernesey, au Salon de Paris de 1868. Les autres doivent être passés sous silence, et l'œuvre de Donnât sera, croyons-nous, l'œuvre définitive.
Le plafond de la bibliothèque est garni d'une tapisserie Renaissance très rare, sur fond rouge, représentant Narcisse se mirant dans la fontaine. Les murs sont recouverts de velours rouge d'Utrecht, de l'époque de Louis XIV. A gauche, près de la porte d'entrée du grand salon, le petit salon, séparé du premier par deux portières chinoises en satin rouge, brodé de fleurs, étolTe qu'on dirait prise à des manteaux d'empereur chinois.
Les tentures murales sont en cuir de Cordoue, époque Louis XV, fond jaune, avec figures chinoises, trouvées et achetées en Belgique par M. Charles Hugo. Pour les poser, il a fallu donner à la pièce une forme ovale, qui ne manque pas d'originalité. 11 n'existe des panneaux pareils que chez la Aimille de Rothschild, au château de Ferrières.