‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 20 sur 198 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Lui-même a raconté avec modestie celte savante et stratégique expédition qui se termina par la capture et l'exécution du chef des guérillas.

Sa femme et ses enfants s'installèrent dans la résidence préparée pour eux au palais Masserano, magnifique construction du xvir siècle, meublée avec magnificence, mais dans laquelle les hôtes étrangers comprirent vite quelle était la haine des Espagnols pour leurs vainqueurs. Dans toute l'Espagne Napoléon n'était appelé que Napoladron (napo-larron).

Les dorures du palais, les sculptures, les verres de Bohême frappèrent vivement l'imagination du jeune Victor. Il se rappela plus tard ces splendeurs et l'on sait comme il les a chantées.

Mais les enfants quittèrent vite ce plaisant séjour. Quand leur père revint il fit entrer l'aîné Abel dans les pages du roi Joseph, et, destinant les deux autres au même emploi, il les envoya au séminaire des nobles où ils restèrent un an, en compagnie de quelques petits gentilshommes d'Espagne. Ce séminaire est aujourd'hui transformé en hôpital.

Eugène et Victor s'ennuyèrent là mortellement, et n'y apprirent pour ainsi dire rien ; leurs compagnons plus âgés en étaient encore aux éléments du latin. Ils avaient affaire en outre à un moine hypocrite et méchant dont ils eurent fort à se plaindre.

Cette année d'emprisonnement fut seulement marquée par quelques batailles. Les jeunes Espagnols n'aimaient point les jeunes Français ; cela amena de petits duels. Dans l'un d'eux Eugène reçut une blessure au visage. Le poëte a fait quelque part mention de ces combats d'enfants pour le grand empereur.

— Ils avaient raison ces jeunes fils d'Espagne, dit-il plus tard à un de ses amis; ils défendaient leur pays... mais les enfants ne savent pas cela!

A la fin de 1812 et pendant les premiers mois de 1813 les événements devinrent menaçants. C'était le contre-coup des désastres de Russie. Les trônes échafaudés dans les capitales d'Europe commencèrent à s'écrouler.

M'°' Hugo, par prudence, dut quitter.Madrid. Laissant près du général l'aîné déjà sous-lieutcnant, elle ramena à Paris les deux collégiens heureux de redevenir libres, et, après un voyage semblable au premier, reprit son logement de la rue des Feuillantines qu'elle avait gardé à tout hasard.

On retrouva tout en place, le nid était toujours plein d'ombre et de lumière; les fleurs s'épanouissaient au soleil. Le fidèle Larivière, toujours vêtu de sa longue redingote, vint chaque jour donner ses leçons.

— Ce nom, a dit il y a peu d'années Victor Hugo, doit être prononcé avec respect.

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Avoir été enseigné dans sa première enfance par un prêtre est un fait dont on ne doit parler qu'avec calme et douceur ; ce n'est ni la faute du prêtre, ni la vôtre. C'est, dans des conditions que ni l'enfant ni le prêtre n'ont choisies, une rencontre malsaine de deux intelligences, l'une petite, l'autre rapetissée, l'une

qui grandit, l'autre qui vieillit. La sénilité se gagne. Une âme d'enfant peut se rider de toutes les erreurs d'un vieillard.

Cet enseignement a cela de lugubre que tout ce qu'il fait pour

l'enfant est fait contre l'enfant ; il donne lentement on ne sait quelle courbure à l'esprit; c'est de l'orthopédie en sens inverse; il fait torse ce que la nature a fait droit; il lui arrive, alTreus chef-d'œuvre, de fabriquer des âmes difformes, ainsi Torquemada; il produit des intelligences inintelligentes, ainsi Joseph de Maistre; ainsi tant d'autres, qui ont été les victimes de cet enseignement avant d'en être les bourreaux.

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