CHAPITRE IV. W
Cet enseignement inocule aux jeunes intelligences la vieillesse des préjugés. »
Oui, certes, tous les cerveaux d'enfants s'imprègnent des idées de ceux qui les élèvent. Les parents ou les précepteurs sèment, dans ce terrain fertile, des préjugés, graines que l'éducation développe, que l'affection fait mûrir et qui deviennent des plantes gigantesques dont l'homme, devenu grand et raisonnant tout seul, arrache péniblement les racines.
« Se tirer de l'éducation qu'on a reçue, ce n'est pas aisé. Pourtant l'éducation cléricale n'est pas toujours irrémédiable. Preuve Voltaire. »
L'enseignement périlleux du père. Larivière était heureusement tempéré par la tendre et haute raison de la mère.
Le fond de la philosophie de cette mère, a écrit un de ses contemporains, était le voltairianisme, et, en femme positive, elle ne s'inquiéta pas d'y substituer une croyance pour ses fils.
Tous deux, le jeune Victor surtout, avaient rapporté de l'Espagne, outre la connaissance pratique et l'accent guttural de cette belle langue, quelque chose de la tenue castillane, un redoublement de sérieux, une tournure d'esprit haute et arrêtée, un sentiment supérieur et confiant, propice aux grandes choses. Ce soleil de la Sierra, en bronzant leur caractère, avait aussi doré leur imagination.
Non contente de soigner l'éducation morale et littéraire de ses enfants, .M™' Hugo, voulant développer leurs forces physiques, les contraignait à jardiner, ce dont ils se plaignaient.
Mais ils jouissaient du bonheur de vivre libres et de s'instruire librement lorsqu'ils furent menacés d'être de nouveau enfermés dans un collège.
Cet attentat à leur liberté commis « par le proviseur d'un collège quelconque », le jH'Oviseur du lycée Napoléon, révolta le poète qui, vingt-six ans après, maudit, dans les Rayons et les Ombres, cet homme « chauve et noir, effrayant, qui apportait des avis », qui disait qu'il fallait enfermer les jeunes gens pour les faire travailler.
Et qu'enfin il fallait aux enfants, — loin des mères, — Le joyg, le dur travail et les larmes amères, Là-dessus, le collège, aimable et triomphant, Avec un doux sourire offrait au jeune enfant Ivre de liberté, d'air, do joie et de roses Ses bancs de cliiJno noir, ses longs dortoirs moroses, Ses salles qu'on verrouille et qu'à tous leurs piliers Sculpte avec un vieux clou l'ennui des écoliers, Ses magislers qui font, parmi les paperasses, Manger l'heure du jeu par les pensums voraccs, El sans eau, sans gazon, sans arbres, sans fruits mûrs Sa grande cour pavée entre quatre grands murs.
Toutes les douces choses qui étaient dans les (leurs, Ic.^ marronniers, le
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\ciit, parl.-rent à la mère et lui dirent tout bas : « Laisse-nous ces enfants. »
La mère garda ses fds.
Elle continua de les faire travailler. Ils collaient eux-mêmes, au besoin, pendant les heures de récréation, du papier sur les murs.
On leur apprit de bonne heure à se servir de leurs mains. La littérature n'enrichit pas toujours ceux qui l'aiment; plus d'un de ceux qui l'ont culiivce ne serait point mort de faim, si on lui avait appris à tapisser ou à faire de la menuiserie.
Enseignement salutaire et prudent. Instruits de la sorte, les jeunes gens sont bien armés pour la bataille de la vie. Ils ne regardent point avec mépris ceux qui exercent de durs métiers; ils n'ont pas, ainsi que la plupart des collégiens dont le cerveau seul travaille, un souverain dédain pour les professions dites non libérales, et leurs forces physiques se développant en même temps que leurs forces morales, ils sont à la fois plus agiles et plus réfléchis, plus intelligents et plus vigoureux. C'est dans la tête et dans les bras en même temps, disait Jean-Jacques, que l'enfant robuste doit faire des provisions pour l'avenir.
Victor exerçait volontiers ses bras, n'ayant, comme on sait, de dégoût que pour le jardinage. Rares cependant étaient ses distractions; sa mère ne voyait