CHAPITRE IV
personne, et peut-être se fùt-il ennuyé si quelqu'un ne fût venu lui tenir compagnie.
Une fillette de treize à quatorze ans venait parfois jouer dans le jardin, et, CCS jours-là, le cœur du jeune homme battait plus fort que de coutume.
Victor Hugo commença alors d'aimer d'un amour profond, sérieux et sincère celle qui devint sa femme.
Le récit de cette pure et exquise tendresse, il l'a fait dans un de ses livres émouvants, terribles, dans le Dernier jour d'un rondamnc. Sans doute en face des angoisses d'un homme qu'attend la guillotine, il s'est demandé quels avaient été ses bonheurs les plus profonds et quels regrets épouvantables l'assailliraient s'il fallait mourir de la sorte.
Jusqu'en ISiS la politique pouvait mener à l'échafaud aussi aisément que le crime.
Il s'est donc mis en présence de la mort pour regarder les joies de la vie ; il s'est retrouvé enfant, écolier rieur et frais.
Il s'est rappelé l'apparition, dans le solitaire jardin, de la petite Espagnole avec ses grands yeux et ses grands cheveux, sa peau brune et dorée, ses lèvres rouges et se^ joues roses, l'Andalouse de quatorze ans — Pépita. Il a dit comment elle s'appuyait sur son bras et qu'il était tout fier, tout ému. Ils marchaient lentement dans les allées et se parlaient bas. Elle laissait tomber son mouchoir, il le ramassait. Leurs mains tremblaient en se touchant. Elle lui parlait des petits oiseaux, de l'étoile qu'on voit là-bas, du couchant vermeil derrière les arbres, ou bien de ses amies de pension, de sa robe et de ses rubans.
Ils disaient des choses innocentes et ils rougissaient tous deux.
Jamais il n'a oublié ce temps.
Le logis des Feuillantines tient une large place dans son cœur, et l'on comprend qu'il ait grondé en vers mélancoliques ce jardin qui auparavant s'était prêté à d'autres jeux et avait abrité d'autres amours.
Le meilleur de sou enfance s'est écoulé là entre la mère et le précepteur, sous les grands arbres où jouait sa fiancée enfant.
Cette jeune fille se nommait M" Adèle Toucher ; elle fut la Pépita si tendrement chantée.