CHAPITRE V
Plusieurs de ses traductions ont été reproduites ; on en peut lire des fragments daiis le Victor Hugo raconte' et dans Littêrraturc et philosophie mêlées.
Nous avons retrouvé un passage inédit de \' Enéide et nous en citons quelques vers qui montreront suffisamment les qualités du traducteur. C'est le portrait de Cacus :
Vois sur ce mont désert ces rochers entassés, Vois ces blocs suspendus, ces débris dispersés; Là, dans un antre immense au jour inaccessible. Vivait l'affreux Cacus, noir géant, monstre horrible. A ses portes pendaient des crânes entr'ouverts. Pâles, souillés de sang et do fange couverts. Ses meurtres chaque jour faisaient fumer la terre. De ce monstre hideux Vulcain était le père ; Sa gorge vomissait des tourbillons de feux Et son énorme masse épouvantait nos yeux.
Ce Cacus effroyable, ce personnage de l'Enéide, n'est-il point un type romantique comparable à Han d'Islande? Mais Victor Hugo ne songeait alors qu'aux classiques, et, ce qu'il faut remarquer dans ses premières pièces originales, ce qui domine dans ces bégaiements charmants et remarquables, c'est l'amour des Bourbons qui, lui disait-on, voulaient la liberté. II les aimait, de bonne foi, à quatorze ans.
Tous ces essais sont en quelque sorte l'écho de l'enseignement maternel, le résultat de la vénération pour la mère, qui, muse adorée, dicte, non pas les rimes, mais les idées.
Le fils n'avait ni le droit, ni le pouvoir de raisonner; il obéissait avec respect. Il ne pouvait pas supposer alors qu'on lui apprît autre chose que la vérité. Un enfant ne discute pas, il obéit. Sa pensée est l'image de la pensée de ceux qui l'instruisent et le conseillent.
CIIAriTRE VI
SoMMAtRE : On pamphlétaire de treize ans. — Premiers rapports avec l'Académie française. — L'enfant sublime. — Chateaubriand a-t-il fait sien ce mot réclamé par Soumet? — Un roman écrit en quinze jours. — Bug-Jargnl. — l'bauche des grands types créés par le poëte.— Remaniement et publication de l'œuvre. — La pièce qu'on en a tirée en 18S0.
E la sorte inspiré, ne voyant le monde qu'à travers l'esprit de sa mère, Victor Hugo ne pouvait pas franchir le cercle dans lequel on l'avait enfermé. Ses passions étaient les passions de ses instituteurs; mais, écho retentissant, il grandissait le bruit perçu. Ainsi dans les montagnes la caisse frappée par la main d'un enfant produit un bruit comparable au fracas du tonnerre.
On lui avait dit justement : Napoléon est un despote; aussitôt il voua ses haines à ce tyran, et, pamphlétaire , de treize ans, il cria, indigné, parlant à l'empereur vaincu, quelques jours après la bataille de Waterloo :
Tremble! voici l'instant où ta gloire odieuso Subira du destin la main victorieuse.
Sombre, inquiet, en proie aux remords déchirants, Aux remords qui toujours poursui\ent les tyrans, Tu voulus tout dompter dans ton brûlant délire. Et pour mieux l'affermir, lu perdis ton empire; Mais, du sang dos Français cimentaiU tes malheurs, Ta chute mOme, holas I nous fit verser des pleurs. 0 champs de Waterloo! bataille mémorable! Jour k la fois pour nous lieureux et déplorable!