‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 30 sur 198 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

faits le lendemain même ; c'était le dernier délai fixé par le règlement du concours.

Le jeune homme avoua que ses préoccupations l'avaient empêché de travailler. Il fut doucement grondé et la bien-aimée malade s'endormit triste.

Profilant de ce sommeil il se mit sans tarder à l'reuvre, travailla toute la nuit et, lorsqu'au matin elle s'éveilla, elle eut pour bonjour l'ode superbe. La feuille de papier qui fut adre'îsée à Toulouse était mouillée de douces larmes.

Au concours suivant une nouvelle composition, Moi.se sur le I\il, valut à Victor Hugo le grade de maître es jeux IlorauK. Le directeur de l'académie de Toulouse lui écrivit : a Depuis que nous avons vos odes, monsieur, je n'entends parler autour de moi que de votre beau talent et des prodigieuses espérances que vous donnez à la littérature. Vos dix-sept ans ne trouvent ici que des admirateurs, presque des incrédules. Vous êtes pour nous une énigme dont les Muses ont le secret. »

Cependant le jeune homme devait franchir le seuil de l'École polytechnique pour laquelle ses études l'avaient suffisamment préparé. Cet avenir ne lui sembla point répondre à sa vocation. Il sollicita, ainsi que son frère, la permission de ne se pas présenter à l'examen et le général Hugo accorda cette faveur, non sans regret. Les soldats ne croient pas volontiers aux rêves littéraires de leurs enfants, et, d'ordinaire, ils ont raison.

Le général, se heurtant à un parti pris, à une volonté fermement exprimée, se résigna; mais il supprima la modique pension qu'il faisait à ses deux plus jeunes fils et les abandonna à leurs propres forces.

Victor quitta donc la pension, prit ses inscriptions de droit, et retourna habiter avec sa mère, qui, depuis le changement de position de son mari, mis en demi-solde, avait dû, par économie, quitter, pour un logis plus modeste, l'appartement de la rue du Cherche-Midi.

Elle s'était d'abord logée rue des Vieilles-Tuileries, dans un rez-dechaussée. M"" Lucotte occupait le premier étage de la maison. De là déménagement et nouvelle installation rue des Vieux-Augustins, dans une demeure depuis longtemps démolie, faisant corps avec le musée des Petits-Augustins, qui était jadis un couvent, sur l'emplacement aujourd'hui occupé par la cour du palais des Beaux-Arts.

C'est là que M'"'' Hugo tomba malade. Comme sa chambre à coucher se trouvait au troisième étage, elle attribua la lenteur de sa convalescence à la privation d'air, et, au commencement de l'année 1821, elle s'en fut habiter rue de Mézières, n" 10. II y avait un jardin!

Cette maison n'existe plus qu'en partie. Nous avons dit que les démolitions ne respectèrent pas les demeures du poëte enfant.

En 1821 Victor Hugo commença d'être connu. Déjà depuis deux ans il s'était mis au travail avec ardeur.

Les années 1819 et 1820, est-il dit dans la biographie Rabbe, furent sans

doute les plus remplies, les plus laborieuses, les plus décisives de sa vie.

Il entreprenait à ce moment, avec une volonté de fer, la lutte contre le sort. Dans son âpre jeunesse vouée au labeur quotidien, il songeait à la gloire future, gloire qu'il voulait mériter par des efforts incessants.

il fil alors à de courts intervalles les odes royalistes et religieuses qui formeront son premier volume de poésies.

« On sait comment son royalisme lui était venu. Quant à la religion elle lui élait entrée dans le cœur par l'imagination; il y voyait avant tout la plus haute forme de la pensée humaine, la plus dominante des perspectives poétiques. Le genre de monde qu'il fréquentait alors et qui raccuelUait avec toutes sortes de caresses entretenait journellement l'espèce d'illusion qu'il se faisait à luimôme sur ses crovances. Mais le fond de sa doctrine politique était toujours

l'OaiRAlT DE LASIAUTINE

l'indépendance personnelle; etle philosophisme positif de sa première éducation , quoique recouvert des symboles catholiques, persistait obscurément dessous." »

11 collabora alors à un recueil périodique intitulé le Conservateur littéraire. IN 0U5 avons feuilleté à la Bibliothèque nationale ce recueil aujourd'hui presque introuvable et qui se compose de trois volumes in-8°, édités par Boucher de 1820 à 18-21.

Cette revue fut fondée par les frères Hugo : Victor avait dix-huit ans; Eugène y a donné de nombreuses études et l'aîné, Abel, fournit quelques ariicles au troisième volume. Les autres collaborateurs étaient Ader, Théodore Pavie, J. Sainte-Marie, Jules de Saint-Félix, M'"" Tastu, Alfred de Vigny, Éinile Deschamps, Alexandre Soumet, etc. ; mais la bonne moitié des trois volumes revient aux trois frères Hugo, et un entier au plus jeune.

Sous le titre de Journal des idées, des opinions et des lectures d'an jeune jacobi te, Victor Hugo a composé, en 183i, la première partie de son

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