‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 33 sur 198 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Sommaire : Les brochures de 1819. — Une séparation cruelle. — Apparition des premières odes

— Labeur acharné. — Mort de la mère. — Touchantes fiançailles. — La demande en mariage

— Duel avec un garde du corps. — Une pauvreté fièrement supportée. — Le budget d"uii poète de vingt ans. — Publication des Odes et Ballades (1822). — Leur succès. — Ce qu'eu pense l'auteur. — Différentes préfaces. — Le logis de la rue du Dr.igon. — Histoire d'une pension royale.

Les ébauches lyriques qui datent de 1819 n'ont été réimprimées qu'en partie; on les retrouve seulement dans les revues littéraires du temps et elles n'offrent d'intérêt qu'aux lettrés. Les morceaux publiés en brochure sont devenus si rares que seuls les gourmets de littérature sont parvenus à se les procurer. Charles Monselet a découvert en 1880 une satire sur le Télégraphe, brochure in-8° de douze pages, terminée par des notes en prose, datée de 1819 et signée V.-M. Hugo. Monselet a vainement offert au libr;iire de payer celte brochure au poids de l'or, mais il l'a lue et il a jugé que si le ton au début était un peu suranné et que, si les premières pages pouvaient être signées Ancelot, en revanche, dans la seconde partie, le souille s'élève, et les images colorées commencent à faire pressentir l'auteur des Odes et Ballades. Le jeune poëte travaillait alors avec une énergie croissante. Toute sa joie était d'accompagner sa mère chez M. Foucher et de regarder en silence pendant de longues soirées celle à qui appartenait tout son cœur. Ces tendres regards furent à la fin surpris par les parents ; cette grande passion leur apparut dangereuse; comme il était vraiment impossible d'unir des enfants de cet âge, les deux familles, d'un commun accord, se séparèrent momentanément. Victor Hugo exprima la douleur que lui causa cette absence dans une pièce empreinte d'une fierté douce et triste et intitulée : Premier soupir.

Sois heureuse, ô ma douce amie, Salue en paix la vie et jouis do tes beaux jours; Sur le fleuve du temps, mollement endormie,

Laisse les flols suivre leur cours.

Bientôt tu peux m'tHro ravie; Peut-être, loin de toi, demain j'irai languir. Quoi ! déjà tout est sombre et fatal dans ma vio.

J'ai dû t'aimer, je dois te fuir!

Page 1