LA CHAMBRE DE LA RUE DU DRAGON
VICTOR HUGO ET SON TF.MPS.
sèrent aussitôt de se voir; mais Victor Hugo n'avait pas oublié son camarade d'enfance, et, sans hésiter, quand il apprit le danger qui le menaçait, il lui offrit asile.
Il écrivit à la mère de Delon, femme du lieutenant du roi à Saint-Denis, lui disant : « J'habite rue du Dragon; mais j'ai une chambre encore disponible rue iMézières ; que votre fils s'y vienne cacher; on me sait trop dévoué aux Bourbons pour le venir chercher dans cette retraite. »
■* Et, croyant au secret des lettres, il mit à la poste sa missive adressée à la mère d'un homme qui avait toute la police à ses trousses! Victor Hugo, pendant plusieurs soirs, alla se poster dans la rue, près de l'asile qu'il offrait avec une candeur généreuse; il croyait voir son ami dans chaque passant qui rasait les murs; mais l'ami ne vint pas et fit bien.
Sa lettre, naturellement décachetée dans le cabinet noir de l'époque, avait été mise sous les yeux de Louis XVIII qui dit en souriant : « Ce jeune homme a un grand talent et un bon cœur; il se conduit en ceci avec honneur; je lui donne la prochaine pension qui vaquera. »
Cela peut passer pour un beau trait de générosité royale ; mais la lettre remise, toujours naturellement, à la poste, parvint à son adresse, et si Delon avait accepté la proposition, il eiit été arrêté, jugé, et sans nul doute exécuté.
Victor Hugo apprit plus tard cette histoire de la bouche même du directeur général des postes, M. Roger, auteur dramatique tout à fait oublié, non sans raison, et qui joignit à ses fonctions administratives le titre d'académicien. « Les Postes et l'Académie, disait-on alors, en plaisantant, ont fait de M. Roger presque un homme de lettres. »
Le poëte s'enfuit du cabinet du directeur des postes, jetant un cri d'effroi k la pensée que sa pension aurait pu être considérée comme le prix du sang.
Delon, plus au courant des habitudes policières, n'avait eu garde de quitter le sol étranger. Il était en sûreté. Mais Victor Hugo commença alors à douter de la loyauté des princes.
, Cependant la pension lui permit d'être heureux et de quitter l'humble logis de la rue du Dragon pour contracter l'union si longtemps désirée.
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