‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 4 sur 198 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

« Non, celui qu'on fêlait le 27 décembre 1880 est un vivant, un militant

dont la verte vieillesse annonce de longs jours et de nouvelles œuvres Nous

avons mieux que sa statue, nous l'avons lui-même ; il est présent au milieu de nous par l'aflection qu'il garde à sa ville natale, par M. Paul Meurice, l'ami qu'il nous a délégué pour le remplacer auprès de nous.

« Lettrés, saluons en lui une des plus grandes gloires littéraires de la France; travailleurs, que notre labeur soit celui de la main ou celui de la pensée, saluons en lui un des plus grands travailleurs de ce temps, un infatigable ouvrier du progrès; républicains, saluons en lui le vaillant citoyen qui a combattu cinquante ans pour la liberté, trente ans pour la République; fils de la Franche-Comté, fils de Besançon, saluons en lui un compatriote dont cette cité a le droit d'être fière, car — on peut reporter à Victor Hugo l'hommage que Dante rendait à Homère, et Victor Hugo à Dante — il est le poëte roi de son siècle, un poêle souverain. »

11 est impossible de mieux exprimer la grandeur et la signification de la fête célébrée à Besançon.

H importait d'honorer de la sorte celui qui, suivant l'expression d'un poëte, est depuis longtemps « entré vivant dans l'immortalité ». Otez ce nom de Victor Hugo au xix' siècle, la lumière de ce siècle diminue, son éclat s'aflaiblit, sa gloire disparaît en partie.

Nous voulons dans cette œuvi'e consacrée à Victor Hugo et à son siècle, car ce siècle portera son nom, témoigner humblement, comme il convient, notre admiration et notre respect à l'homme dont les actes et les paroles sont des exemples, au prosateur qui infusa un sang nouveau à la langue française vieillie, au poëte qui purifia nos âmes en les charmant, à l'auteur dramatique dont l'admirable théâtre est dédié en quelque sorte aux déshérités, à l'historien qui marqua d'un fer rouge les crimes politiques de notre temps, au satirique, vengeur des consciences outragées, à l'orateur, défenseur de tous les droits et avocat de toutes les nobles causes, à l'exilé toujours debout pour la revendication de la justice, au Maître enfin, dont le génie a jeté sur la France un rayonnement de gloire.

Lourde est notre lâche, mais nous l'accomplirons avec soin et avec modestie, aidé par ceux ([ui vécurent de la vie de Victor Hugo et qui ont bien voulu nous confier leurs souvenirs.

Maintes fois nous avons eu le grand honneur d'entretenir le poëte chez lui. Dans ces conversations familières nous avons recueilli les plus curieux récils, des anecdotes inédites. C'est cette menUe monnaie d'une grande histoire que nous avions pieusement amassée et que nous offrons à nos lecteurs. Faire des fouilles dans cette gigantesfjue existence n'est-ce point tenter l'œuvre la plus intéressante qui se puisse imaginer?

Si les contemporains d'Homère et de Dante vivaient encore, avec quelle curiosité, avec quel empressement, avec quel respect nous les interrogerions

pour savoir quoi que ce soit les concernant! Rien de ce qui touche de semblables hommes ne saurait, être indifférent à personne. L'enthousiasme de ceux qui ont assisté aux fêtes de Besançon prouve à quel point le peuple a souci de ce qui concerne Victor Hugo.

Les maisons ont une âme, a écrit uu de ses fils ; de la maison de la place Saint-Quentin est sortie la plus grande âme de ce temps et c'est pour cela que son histoire devait servir de prologue à notre œuvre.

Le destin l'a faite digne de celui dont elle entendit les premiers cris, dont elle abrita les premiers sourires. Les restes d'un théâtre romain semblent être sortis de terre auprès d'elle pour saluer le créateur du théâtre moderne. Les ruines du passé rendent de la sorte hommage au génie franrnis.

>ORTn.\IT DU GÉNliRAL IIOGO, PERE DE VICTOll HUGO

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