CHAPITRE PREMIER
SoMMAïuK : Les ancêtre»!. — Uu arbre généalogique. — Les armes de la famille. — L'évoque de PtuléniaîJe. — Le comte Léopold-Sigisbert Hugo, père du poète — Sa mère. — Parenté maternelle. — Les parrains. — Acte de naissance de Victor Hugo. — Signification de son nom.
Quelques commentaires sur les vers des Feuilles d'automne : « Ce siècle avait deux ans. » — Aflirmation des Bisontins. — Une poésie de .M. Grandmougin. — Victor Hugo n'est jamais retourné à Besançon.
La famille Hugo, illustrée de nos jours dans les armes et dans les lettres, est originaire de Lorraine. Au siècle dernier, d'Hozier, dans le quatrième registre de l'Armoriai de France, a pris soin de dresser l'arbre généalogique de cette famille.
Georges Hugo, fils de Jean Hugo, capitaine dans les troupes de René H, duc de Lorraine, demeurait à Rouvroi-sur-Meuse, lorsqu'il obtint le 14 avril 1535, du cardinal Jean de Lorraine, archevêque de Reims, des lettres d'anoblissement, pour lui et pour sa postérité, datées de Lilleboniie en Normandie; Antoine, duc de Lorraine, frère du cardinal, confirma cet anoblissement le 1(5 octobre 1537, par autres lettres patentes datées de Nancy.
Ces lettres du prince de Lorraine attestent que Georges Hugo était jeune lorsqu'il les obtint, mais qu'il avait déjà fréquenté les guerres et qu'il s'était allié à une noble demoiselle de Blamont.
Leurs armes portent : d'azur, au chef d'argent, chargé de deux merlcttes de sable. L'écu est sommé d'un vol banneret d'azur chargé d'une fasce d'argent. Trois merlettes d'argent figurant dans les armes de la maison de Lorraine, le duc ne pouvait faire davantage pour son capitaine.
Charles-Hyacinthe Hugo, issu de Georges au cinquième degré, obtint d'autres lettres patentes, et son petit-fils, Sigismond Hugo, entra au service en 1788.
Certains généalogistes ont contesté cette descendance et prétendu que le grand-père du général Hugo avait exercé un métier manuel, ce qui est possible, les plus illustres familles ayant eu des revers à subir; mais il n'en est pas moins exact que Victor Hugo, qui n'en tire point vanité, t^ui ne rougirait pas.
16 VICTOR nUGO ET SON TEMPS.
bien au contraire de la, plus Immble extraction, qui estime qu'un homme ne vaut que par ce qu'il fait, que Victor Hugo, disons-nous, appartient à une famille de vieille noblesse, de cette noblesse vénérable devant ses titres aux services rendus au pays.
Au nombre de ses ancêtres célèbres on compte Charles-Louis Hugo, historien français, mort en 1739, qui se fit recevoir docteur en théologie, se livra pendant quelque temps à l'enseignement, et établit une imprimerie dans son monastère de l'ordre des prémontrés où il s'attacha à faire fleurir les études savantes.
Ce fut à la suite d'un assez long démêlé avec l'évêque de Toul que le pape Benoît Xni, se prononçant en sa faveur, lui donna le litre d'évêque de Ptolémaïde.
Charles-Louis Hugo, également connu sous le nom d'abbé d'Estival, publia plusieurs ouvrages, entre autres, sous le pseudonyme de Dalcicourt. un traité historique et critique sur l'origine et la généalogie de la 7)iaison de Lorraine, ouvrage qui parut à Nancy en 1711 ; et sous le pseudonyme de Jean-Pierre- Loiiis P. P., un autre ouvrage consacré à l'histoire de la Lorraine.
Le père du poëte avait du reste, par lui-même, étant donné son grade de général du premier Empire, le droit de prendre le titre de comte et de le rendre héréditaire en constituant un majorât; mais il n'usa point de ce droit, quoique Louis XVUI l'ait confirmé dans le grade de maréchal de camp, par ordonnance du 21 novembre 1814, pour prendre rang du 11 septembre 1813.
Le comte Hugo, fils de la Révolution, déposa son épée en 1815. Plus d'un de ses compagnons resta au service jusqu'en 1830 et même jusqu'en 1848; lui n'était point de ceux qui transigent avec leur foi.
Voilà pour le sang lorrain. Les pères
Avaienl donjon sur roche et fief dans la campagne.
Quant à la mère, achevons cette brève généalogie, elle était fille d'un riche armateur de iNantos, petite-fille d'un des chefs de la grande bourgeoisie de cette province si vaillamment fidèle pendant longtemps à la royauté catholique; en outre elle était cousine germaine de Constantin François, comte de Ghassebœuf, dont le pseudonyme est connu.
Le comte de Chassebœuf, historien et littérateur, signa Volneg le livre intitulé : Les Ruines, livi'e vieilli et un peu oublié de nos jours, mais qui contient cependant de remarquables appréciations sur le sort des empires. M"'« Hugo était également cousine germaine du comte Cornet, qui avant et pendant le premier Empire joua un rôle politique assez important.
Ce qu'étaient le père et la mère du poëte il le faut dire en peu de mots.
Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, né à Nancy, s'engagea comme cadet, en 1788, à l'âge do \li ans. 11 avait sept frères; cinq furent tués dès le début des guerres de la Révolution. Race de héros. Le sixième devint major d'infanterie ;