‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 40 sur 198 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

du talent, celle qui se recueille au sein d'un monde brillant, et que dans son langage figuré il appelait la gloire argent compUml, cette gloire-là devait toujours manquer à Rabbe.

La maladie l'avait ruiné, et, tout en désirant la mort, il écrivait pour vivi'e ; mais Rabbe fut un grand cœur, et ce n'est pas sans émotion que Victor Hugo se souvient de son all'ection.

Han d'Islande, devenant l'objet de polémiques ardentes, ne tarda pas à être réédité, et l'auteur, dans un avis plaisant, remercie les huit ou dix (?) personnes qui ont eu la bonté de lire son ouvrage en entier, comme le constate le succès vraiment prodigieux qu'il a obtenu. 11 témoigne également toute sa gratitude à celles de ses jolies lectrices qui, lui assure-t-on, ont bien voulu se faire, d'après son livre, un certain idéal de l'auteur de Han d'Islande. Il est infiniment flatté qu'elles veuillent bien lui accorder des cheveux rouges, une barbe crépue et des yeux hagards; il est confus qu'elles daignent lui faire l'honneur de croire qu'il ne coupe jamais ses ongles; mais il les supplie à genoux d'être ])ien convaincues qu'il ne pousse pas encore la férocité jusqu'à dévorer les petits enfants vivants. Du reste, il assure que tous ces faits seront fixés lorsque sa renonnnée sera montée au niveau de celles des auteurs de Lolotte et Fan fan ou de Monsieur Botte.

L'ironie de la défense indique la violence de l'attaque. Los classiques disaient que les journaux où pouvait être jugé par hasard Ilan d'Islande étaient l'édigés par des maçons, des chaudronniers et des perruquiers.

Une belle réponse fut faite à ces furibonds critiques. Les libraires Lecointre et Durey achetèrent dix mille francs la seconde édition de Han d'Islande.

La fortune souriait au poëte; c'était pour les jeunes époux une véritable pluie d'or. A la même époque, le roi doubla la pension qu'il faisait à Victor Hugo et le jeune ménage, qui depuis quelque temps s'était mis chez lui dans un petit appartement de la rue du Cherche-Midi, s'installa définitivement au numéro 90 de la rue de Vaugirard.

C'est là que Nodier vint sans façon pendre la crémaillère avec sa femme et sa fille Marie.

Nodier, désigné à la fois par son royalisme et par sa valeur littéraire, était sur le point d'être nommé bibliothécaire de l'Arsenal. Cet écrivain aimable et ingénieux savait ménager sa réputation et sa gloire. Il était en relation bienveillante avec tous ceux qui se firent un nom pendant la grande période littéraire de la Restauration. Il fut, de son vivant, entouré des amitiés les plus illustres.

Dans son salon de l'Arsenal, écrivit Jules Janin, « dans ce somptueux appartement qui avait abrité M. de Sully lui-même, il recevait tous ceux qui tenaient honorablement une plume, un burin, une palette, un ébauchoir. En cette capitale du bel esprit, de l'agréable causerie et des amusements littéraires, venaient chaque dimanche les poètes tout brillants de leur fortune naissante.

11 était l'ami de Lamartine, il était le confident de Victor Hugo, jeune homme, il encourageait le jeune Alexandre Dumas et le jeune Frédéric Soulié. »

A ce moment oîi Victor Hugo, qui l'appelait son maître, allait devenir le chef de la nouvelle école, Charles Nodier réunissait chez lui les classiques et les romantiques, les libéraux et les royalistes.

Celui qui a été surnommé un des pà-es de l'àglise romantique, qui avait

PORTRAIT DE Cil. NODIER.

prévu et annoncé le romantisme et qui lui resta fidèle, témoignait également une grande amitié à Alfred de Musset.

Souvent nous rendions matinal L'Arsenal...

a écrit le poëte des Nuits.

Mais Nodier montrait à l'auteur de Hnn d'Islande une préférence particulière ; il fut un des premiers qui s'inclinèrent devant son œuvre, et il ne cessa de témoigner au poëte son estime et sou admiration.

Un souvenir terminera l'histoire anecdotique de Han d'Islande.

En 1832, le 25 janvier, un mélodrame en trois actes et en huit tableaux, à grand spectacle, tiré de ce roman, fut représenté pour la première fois sur le théâtre de l'Ambigu-Comique. Les auteurs responsables de cette adaptation se nommaient Palmir, Octo et Rameau. La musique était de M. Adrien, les décors de M. Desfontaines, et le divertissement de M. Théodore. Le divertissement consistait en une fête villageoise qui ne fait pas grand honneur à l'imagination de M. Théodore.

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