‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 42 sur 198 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

chassés du temple... Nous avons entendu dire que son livre austère attristait la vie, que ce prêtre morose arrachait les fleurs du sentier de l'homme. D'accord. Mais les fleurs qu'il arrache sont celles qui cachaient l'abîme. »

Avant cette appréciation sur Lamennais, son ami, le jeune critique juge Walter Scott, et aflirme que Quentin Durivard est un livre qui montre combien la loyauté, même dans un être obscur, jeune et pauvre, arrive plus sûrement à son but que la perfidie, fût-elle aidée de toutes les ressources du pouvoir, de la richesse et de l'expérience.

Ensuite, en juin 182Zi, il exprime sa pensée sur lord Byron, qui vient de mourir victime de la noble ambition qui s'était emparée de lui, la régénération de la Grèce.

Le poëte de France salue noblement le poëte d'Angleterre. Il rappelle avec fierté comment les portes orgueilleuses de Westminster s'ouvrirent comme d'elles-mêmes afin que la tombe de Byron honorât le sépulcre des rois, et il s'indigne que Paris montre du dédain pour ce cercueil.

L'école de Byron était, au commencement de ce siècle, qualifiée une école satanique. A cette appréciation, Victor Hugo, dans une note, répond spirituellement que par les mots littérature d'un siècle, on doit entendre non seulement l'ensemble des ouvrages produits durant ce siècle, mais encore l'ordre général d'idées et de sentiments qui — le plus souvent à l'insu des auteurs mêmes — a présidé à leur composition.

Cet article sur Byron contient des déclarations importantes. A vingt-deux ans, l'auteur des Odes et Ballades, heureux d'avoir noué de poétiques amitiés avec les principaux esprits de son époque, regrette de n'avoir point connu lord Byron, à qui il adresse ce beau vers, dont un poëte de son école saluait l'ombre généreuse d'André Chénier :

Adieu donc, jeune ami que je n'ai pas connu.

Et puis il s'étonne que des esprits faux continuent à croire que la littérature nommée classique soit considérée comme existant encore; il déclare que les littératures antérieures, tout en laissant des monuments immortels, ont dû disparaître et ont disparu avec les générations dont elles ont exprimé les habitudes sociales et les émotions politiques.

Là est le commencement de la guerre. A ce moment précis, le Rubicon est franchi, le javelot est lancé, et nous allons maintenant raconter les batailles dont le poëte sortit vainqueur et glorieux.

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