CHAPITRE XI
SouuAiRE : Le Cénacle. — Apparition de Sainte-Beuve. — M. Taylor. — Une conversation avec Talma. — Cromwell (1827). — Préface de cette œuvre; les polémiques qu'elle soulève. — L'ouvrage analysé par son auteur. — Jugements divers. — Mort de M'"' Foucher. — Mariage d'Abel Hugo. — Mort du général Hugo (28 janvier 1828). — Amy llobsart.
Sainte-Beuve figure au nombre des principau.x critiques qui, dans les journaux datant de la fin de la Re.stauration, étudièrent et apprécièrent les premières œuvres de Victor Hugo.
Ses comptes rendus relatifs aux productions de la nouvelle école furent remarqués et lui ouvrirent les portes du Cénacle, nom donné par les fervents du romantisme à une réunion dont le poëte des Odes et Ballades était le chef incontesté. Les membres du Cénacle, dans leur ferveur enthousiaste, se considéraient comme les apôtres de l'art nouveau ; ils s'étaient d'abord groupés autour du recueil intitulé la Muse française, et se réunissaient fréquemment. C'étaient Alfred de Vigny, Jules de Rességuier, Emile et Antony Deschamps, Ulrich Guttinger et vingt autres.
On s'appelait par son nom de baptême; l'hiver on se donnait rendez-vous, ici ou là, pour se lire des vers; l'été on allait se promener en bande à la campagne, ou bien l'on montait au haut des tours de Notre-Dame pour contempler le coucher du soleil, pour admirer ses derniers feux et les voir s'éteindre dans . la Seine.
Le Cénacle se dispersa après la chute politique de Chateaubriand, mais on continua de se voir isolément, jusqu'au moment où triompha le romantisme et où Victor Hugo fut absorbé par les préoccupations du théâtre.
Cette réunion, qui avait toutes les ardeurs généreuses de la jeunesse, ne pouvait guère vivre qu'une saison, mais celte saison fut une magnifique aurore littéraire.
Sainte-Beuve, dans ses Portraits contemporains, s'est souvenu de ce temps, des illusions charmantes et des travaux féconds des jeunes gens du Cénacle,