‹ Victor Hugo et son tempsChapitre 8 sur 198 · EXTRAIT DE NAISSANCE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE NAISSANCE

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M"" Delelée figure là comme témoin; les femmes avaient alors ce droit. M"" Hugo se releva si rapidement de ses couches que, vingt-deux jours plus tard, elle assista à son tour, à la mairie de Besançon, à la rédaction de l'acte de naissance du fils d'un compagnon d'armes de son mari, acte qui porte sa signature. Elle avait alors vingt-cinq ans et le commandant Hugo vingt-huit. A la première page des Feuilles d'automne le poëte a on quelque sorte écrit la magnifique paraphrase de son acte de naissance. Ces vers sont dans toutes les mémoires :

Ce siècle avait deux ans. .

Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,

Jeté comme la graine au gré do l'air qui vole,

Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois

Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix,

Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,

Abandonné de tous excepté de sa mère.

Et que son cou ployé comme un frêle roseau

Fil faire en mtîme temps sa bière et son berceau.

Cet enfant que la vie elTjrail de son livre,

Et qui n'avait pas mémo un lendemain à vivre,

C'est moi. — Je vous dirai peut-être quelque jour

Quel lait pur, que de soins, que de vœux, que d'amour

Prodigués pour ma vie en naissant condamnée, îl'ont fait deux fois l'enfant de ma mère obstinée; Ange qui, sur trois fils attachés à ses pas Épandait son amour et ne mesurait pas!

Ces vers doivent être commentés, mais il importe de dire quelle est la signification de ce nom superbe : Victor Hugo.

En vieil allemand le mot hugo est l'équivalent du mot latin spiritiis, souffle, âme, esprit. Les parrains ajoutèrent les prénoms de Victor-Marie ; ce dernier était celui de la marraine ; l'autre celui du général Victor Faneau de Lahorie. H Hugo étant un mot du Nord devait être adouci par un mot du Midi; il fallait compléter le germain par le romain. »

Or, Victor, en latin, voulant dire vainqueur, Victor Hugo ne saurait se traduire autrement, d'après un commentaire d'Alexandre Dumas père, que par ces mots: « Esprit vainqueur, came triomphante, souffle victorieux! »

Oui, il est l'âme triomphante de ce siècle et l'on comprend la fierté des Bisontins au milieu desquels il a vu le jour, par hasard, pour ainsi dire.

Ceux-ci disent que s'il est né d'un sang breton et lorrain à la fois il dut la vie non seulement aux soins de sa mère, mais encore à la salubrité du climat; ils veulent qu'il soit Franc-Comtois aussi, affirmant que c'est à l'air pur de leur pays qu'il doit son salut, air qui fait les constitutions solides, les caractères bien trempés et les âmes fortes.

Ils ajoutent que Besançon n'eut jamais d'espagnol que les apparences; qu'elle avait, avant de se donner à la France, vécu indépendante pendant des siècles, conservant intactes ses institutions municipales et transmettant de génération en génération, à ses enfants, avec le sang de leur race, et l'air de ses montagnes, ces principes d'égalité et de liberté que Victor Hugo suça avec le lait de sa nourrice.

M. Grandmougin, dans de belles strophes, lues au banquet du 27 décembre 1880, a exprimé ces sentiments; et pourtant, s'écrie-t-il, parlant à Victor Hugo,

Et pourtant, vous n'avez fait que naître en passant Dans noire Besançon tout plein de vieilles gloires, Qui fourmille, joyeux, sous ses murailles noires Et dont ses fils, partout, gardent toujours l'accent I

Oui, votre enfance vagabonde Ne put rêver au bord de nos grands fleuves clairs. Votre père, liéros qui parcourait le monde. Au lieu d'une cité vous offrait l'univers! Mais qu'importe? à voire àme il reste quelque cliose De ce qui l'entoura dans ses premiers moments, Do nos monts solennels au pro."iI grandiose Et de nos bois debout sur leurs escarpementsi

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