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CHAPITRE XVII

« Nous qui avons prêché autrefois plus d'une croisade, et pas toujours des plus orthodoxes assurément, comnieuce-t-il, nous qui avons ])oussé, je le crains, à de trop vives aventures, au rapt d'Hélène et à l'imprudent assaut, nous venons conseiller comme urgent, opportun et pas trop difficile, un acte de seconde union, une espèce de mariage de raison, pour tout dire, entre les talents mûris. »

Cette union entre romantiques et classiques est une aimable pensée ; la proposition signifie ceci, en termes clairs : Les romantiques n'ont point tenu leurs promesses ; la littérature française n'a de ressource qu'en leur alliance avec les classiques.

Et après avoir exalté Chateaubriand, qu'il considère « comme le premier en date et en rang, comme le plus durable, comme l'aïeul debout, qui a vu naître, passer et choir bien des fils et des petils-fds devant lui » ; après cet éloge pompeux, Sainte-Beuve loue également Guizot, Cousin, Villemain luimême, et M. Augustin Thierry, et M. Thiers et M. Jouffroy ! 11 flatte Lamennais et Lamartine ; puis, arrivé à Victor Hugo, il blâme sa raideur singulière que rien n'a fléchie, et il s'écrie : « Eu ces dix ans qui s'achèvent, M. Hugo a donné à la fois les plus belles marques de son génie lyrique dans les Feuilles d'automne et de son talent de prosateur dans sa Notre-Dame de Paris... Mais, on est tenté d'oublier ces promesses magnifiques quand on songe citant d'aunes récidives simplement opiniâtres, à cette absence totale de modification et de nuance dans des théories individuelles que l'épreuve publique a déjà coup sur coup jugées, à ce refus d'admettre, non point en les louant au besoin (ce qui est trop facile), mais en daignant les connaître et en y prenant un intérêt sérieux, les travaux qui s'accomplissent, les idées qui s'élaborent, lesjugements qui se rassoient et auxquels un art qui s'humanise devrait se proportionner. On peut dire que le genre de déviation propre à M. Hugo depuis dix ans, c'est sa persistance. Est-il disposé à le sentir aujourd'hui? Ces sortes de natures si entières se corrigent-elles jamais et ne mettent-elles pas leur point d'honneur à être ou à paraître jusqu'au bout invincibles ?... Dans ce mouvement de retour, dans cette combinaison modérée que nous invoquons, M. Hugo, jusqu'à présent inaccessible, demeure naturellement en dehors; il reste un de ces grands exemples qu'on admire en partie, qui édixirent par réflexion, à distance, et qui hâtent la maturité de ceu.c qui en sont capables. Ceux-ci, par bonheur, sont assez nombreux »

Le trait du Parthe est-il assez habilement lancé? La flèche a-t-elle assez amoureusement été trempée dans le poison ? — Victor Hugo n'est plus un chef d'école, ce n'est plus celui dont Sainte-Beuve disait, dix ans auparavant : « Il y a, dans tous les livres de notre grand jioëte, progrès d'art, progrès de génie lyrique, progrès d'émotions approfondies »

Non, le grand poète n'est plus qu'un homme éclairant à distance, pouvant hâler la maturité de ceux qui sont capables de maturité.

Voilà à quel point un esprit clairvoyant d'ordinaire peut être aveuglé par la haine et à quel degré d'abaissement peut tomber un écrivain dont le cœur n'est point haut placé !

Victor Hugo répondant à Sainte-Beuve, qui remplaçait Casimir Delavigne, cela excita, comme on se l'imagine, la curiosité publique. Les cartes d'entrée pour la séance se disputèrent avec acharnement, mais satisfaction ne fut pas donnée à la malignité des spectateurs. Il n'y eut pas, dans le discours du poëte, une seule allusion, si ce n'est peut-être cette phrase qu'on peut diversement interpréter : « Vous savez, vous poëte, que ceux qui soulTrent se retirent et se cachent avec je ne sais quel sentiment farouche et inquiet, qui est de la honte dans les âmes tombées et de la pudeur dans les âmes pures... »

Achevons d'un trait la silhouette de Victor Hugo académicien.

11 se montra, pendant les dix premières années qu'il siégea, de 1841 à 1851, un académicien sérieux, assistante toutes les séances. Il eut, comme ses confrères, à étudier les volumes dont les auteurs sollicitaient des prix, à distribuer des piix de vertu, mais il ne consentit pas à faire des rapports écrits. Il se contenta de dire ce qu'il pensait.

11 était quelquefois, au sein de la vénérable assemblée, tout seul de son avis, mais presque toujours son avis était le bon.

Un jour qu'on parlait du fameux dictionnaire historique que prépare depuis si longtemps l'Académie, il dit : « Au train dont on marche, il faudra trois mille ans pour l'achever. »

M. E. Renan, à qui on avait répété le mot, et qui devait devenir le colègue du poëte, M. Renan lui dit : « Je croyais votre calcul un peu exagéré, mais je viens de le vérifier, il est strictement juste! »

L'enchaînement de notre récit nous a fait laisser de côté l'œuvre intitulée ISotrc-Damc de Paris, que nous allons maintenant étudier.

NOTBE-DAME DK PARIS

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