CHAPITRE XVIII
pour les voulgiers, qui étaient des fantassins armés do la voulgc ou rouge, lanrie à un seul tranchant emmanchée à l'extrémité d'un long bâton; pour les craacquiniers, arbalétriers qui se servaient du cranequin pour bander les plus fortes arbalètes; ainsi pour \q galUmard taché d'encre, qui n'est autre qu'un encrier; ainsi pour le hasteur dont on trouve aisément, comme pour tant d'autres mots, la signification et l'étymologio dans le dictionnaire si connu de Ducange, dans le Glossarhim mediœ et infimœ lulinitatis. Le « hasteur » est tout simplement un rôtisseur.
Le poëte, ainsi que l'ajustement fait remarquer un des correspondants du curieux recueil intitulé l'Intermédiaire, le poëte ayant à employer des expressions du moyen âge, afin de donner une couleur archaïque au style de Notre- Dame de Paris, a puisé aux sources et (\m\9.\' Histoire des Français des divers états de Monteil et dans l'Histoire des a)itiquités de Paris de Sauvai, et dans le Glossaire roman de Roquefort, des expressions et des documents. Le grand promoteur du mouvement archéologique auquel sont dues tant d'admirables études sur le moyen âge a trouvé ailleurs encore des expressions et des particularités que les textes justifient.
Suivant une expression d'Alfred Delvau, si nous avons bonne mémoire, les commentateurs, chercheurs et ergoteurs de tout poil ont tort de s'amuser, ainsi que des singes, à « éplucher la vermine de la peau du lion ».
Ils ne se sont pas contentés cependant d'accuser Victor Hugo de pédantisme, ils lui ont encore reproché de ne pas savoir la grammaire.
En 18^2, toujours à propos de Notre-Dame de Paris, un membre de l'Université remarquait avec indignation que le poëte, contrairement à toutes les règles, faisait féminin le mot amulette qui est du masculin, et ajoutait que Victor Hugo, en fait de langage, n'avait aucune autorité.
Nous pourrions nous contenter de faire observer qu'un mot employé par Victor Hugo a force de loi pour la langue française. Mais si le membre de l'Université est encore vivant, il lui suffira d'ouvrir la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie française pour voir que maintenant, conformément à l'analogie des désinences et ainsi que l'a voulu Victor Hugo après d'Aubignc et Chateaubriand, amulette est du féminin.
Ces exemples sufTîsent, croyons-nous ; un travail complet sur le glossaire de Victor Hugo prouverait aisément que l'illustre écrivain s'est servi de mots qui tous ont leur explication et auxquels il a prêté, par la façon dont il les a employés, une signification précise et une valeur particulière.
Malgré les craintes que manifesta au début l'éditeur de Notre-Dame de Paris, ce livre admira'ole eut un succès immédiat. Dès 1832, il avait atteint sa huitième édition dans laquelle les eaux-fortes de Célestin .N'anteiiil ' rem-
1. Ces caux-fortes, au nombre de quitro, ont Ole payées 60 francs, au total, à Célestin Nantcuil. Cela donne une idée de la "énérosilc des éditeurs en 1832.